L'Amphore Etrusque, Vin de table Français, lot 2003
Je suis très heureux d'avoir l'occasion d'écrire sur ce vin pour plusieurs raisons et la première est que ce vin a été élaboré en partie par Robert Creus, fidèle lecteur et participant du forum. Cette cuvée est le fruit de son association avec monsieur Vianès, viticulteur de Saint Hilaire, coopérateur qui a décidé de réaliser un projet qui lui tenait à cœur. Pourquoi ce nom pour cette cuvée ? C'est vrai qu'a priori, « l'Amphore Etrusque », Vin de table Français, ça pourrait faire croire à du n'importe quoi, de mauvais linéaire. Mais l'explication est simple :
C'est vers le milieu du VII° Siècle que les premiers trafiquants étrusques proposent aux populations locales (autour de Montpellier) des amphores vinaires et des vases à boire en échange de métaux utilisés dans la fabrication des bronzes. Bientôt arrivent sur les mêmes bateaux des amphores de vins grecs. Cette consommation de vin marque un aspect fondamental de l'hellénisation de la Gaule. Vers l'an 600 avant J.C., la diffusion des vins grecs a pris de plus en plus d'importance et va conduire à la naissance du premier vignoble Gaulois à Marseille.
C'est en référence aux amphores étrusques retrouvées non loin de là que le nom de cette cuvée a été choisi, comme pour bien montrer, si besoin en était, que le vin en Languedoc, ce n'est pas une histoire récente, une mode, mais une longue tradition, ancrée dans la culture.
Le vin dans la région, comme aime à le rappeler Robert, c'est bien avant Ausone…
Je dois avouer que j'avais hâte de goûter ce vin achevé, c'est à dire mis en bouteille, abouti dans l'esprit de son éleveur, jugeant qu'il était prêt. Je l'ai goûté deux fois en cours d'élevage, en cours d'éducation dirais-je : une première fois alors qu'il terminait à peine sa fermentation, bourré de gaz mais déjà diablement prometteur. Puis à une deuxième occasion, l'an passé, muet comme une carpe, fermé comme une huître même si la structure, le volume étaient encore plus excitants.
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Robert Creus |
J'ai su ce jour là avec certitude ce que j'imaginais déjà : Robert est un sorcier, un génie de l'élevage, un vinificateur de grand talent ; il transmue le jus en grand vin, le laisse s'éduquer dans son écrin de bois et, visionnaire, il sait à l'avance si son poulain deviendra un pur-sang. Il sait lâcher la bride, attendre, être patient, une éducation tout en douceur. Mais il sait aussi reprendre les rênes, imposer ses choix, mais sans heurt avec conviction et persuasion. Robert, c'est un peu la force tranquille.
Il est maintenant reconnu et les vignerons locaux volontiers goguenards et dubitatifs au début de l'aventure de Terre Inconnue reconnaissent aujourd'hui sa réussite et de « fadât », il devient modèle. Monsieur Vianès, vigneron s'est intéressé plus que d'autres, moins méfiant, plus à l'écoute, avec l'envie d'apprendre et c'est ainsi que l'association est née. Mais Robert apprend lui aussi à son contact et il m'a dit la grande connaissance de ce vigneron de son terroir, de ses vignes et des pratiques culturales. Car nul doute que ce vin est issu de beaux raisins.
L'expérience menée par Hervé Bizeul avec Walden en Roussillon, même si elle est très différente possède néanmoins des points communs. Toutes les deux montrent en tout cas un chemin à suivre pour ceux qui pratiquent une viticulture qui ne fait plus vivre et qui veulent aller de l'avant ; le maître-mot : Ambition !
Que dire de ce vin de façon générale qui ne soit trop réducteur ? juste ce que m'a griffonné Robert sur la carte jointe à son envoi : 2/3 cabernet, 1/3 merlot. Rendement 25 hectolitres à l'hectare, 20% de barriques neuves... Ça à l'air simple.
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Commentaires de dégustation:
La robe est très dense, opaque, très concentrée, dans les tons burlats noirs.
Le premier nez trahit l'élevage avec des notes de banane séchée, puis arrive un cassis d'une grande pureté mâtiné de cerise noire. L'évolution se fait sur des notes de tabac.
L'attaque, comme on pouvait s'y attendre est d'une amplitude rare : une sorte de flot suave qui envahit le palais, avec un volume que peu de vins possèdent. Des saveurs de fraise confiturée sont bien présentes et n'apparaissaient pas directement au nez. Le vin évolue ensuite sur des saveurs florales. Les fruits noirs sont toujours présents. Le corps est imposant et vient équilibrer par un peu de rigueur l'extrême suavité du vin. La finale est marquée par des tannins serrés et bien dessinés qui demandent encore à se fondre et qui rappellent que le cabernet domine l'assemblage.
Si la dégustation apporte beaucoup de plaisir aujourd'hui, je pense que ce vin évoluera bien dans les années à venir. Encore monobloc, il m'a rappelé par sa fougue, sa gourmandise et sa trame, le Staglin 2001 qui nous avait enthousiasmés. C'est l'esprit de ce vin, en tout cas tel que je l'ai perçu. Une très belle bouteille.
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Jérôme Pérez
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