Domaine Calvet-Thunevin, Hugo 2002

Côtes du Roussillon Villages

Il a déjà été beaucoup écrit sur l’association de Jean Luc Thunevin et de Jean-Roger Calvet dans le secteur de Maury. Le net regorge d’articles qui relatent cet évènement, souvent d’ailleurs avec les mots exacts empruntés aux commentaires publiés sur le site de Jean Luc Thunevin. Achat en 2000, premier millésime en 2001. De ce point de vue, cette zone de Maury est sans aucun doute la plus excitante du Roussillon viticole, longtemps dévolue, et fort bien d’ailleurs, à la production de vins doux naturels ou le grenache régnait en maître. Mais c’était oublier que le carignan aimait à musarder sur ces coteaux à la géologie plus complexe qu’il n’y paraît puisque des zones argilo calcaires existent bel et bien et sans doute est-ce une aubaine pour la complexité des vins qui gagnent alors en fraîcheur. Si la mode est au schiste, on oublie aussi que les vins qui en sont issus sont moins acides que ceux de terroirs calcaires, fraîcheur elle aussi à la mode ; c’est encore un paradoxe de plus du monde du vin !

La syrah, quant à elle, caméléonienne, ne pouvait que se plaire dans ce paradis viticole, grand terroir renaissant.

Dans le millésime 2002, deux vins sont produits sous l’étiquette Calvet Thunevin : un vin de pays qui respecte la législation puisqu’il n’est composé que de deux cépages : grenache et carignan à parité, nommé « les dentelles » et celui-ci, qui avec la syrah s’octroie le droit de rentrer en AOC, « Hugo ». Les deux vins sont produits à hauteur de 7600 cols dans ce millésime 2002. A partir de 2003, une autre cuvée a vu le jour, nommée « Constance », en dénomination Vin de Pays des côtes Catalanes, vin de cuve, comme quoi, Jean Luc Thunevin peut aussi élever sans bois.

La fiche technique du vin qui nous intéresse, Hugo 2002, indique ceci, pour être tout à fait complet :Age moyen des vignes 40 à 50 ans, Assemblage 60% grenache, 30% Syrah, 10% carignan, Vieillissement 18 mois en barriques neuves 100% . J’ai lu d’ailleurs quelques commentaires qui m’ont amusé et qui soulignaient que Jean Luc Thunevin appliquait en Roussillon des techniques éprouvées en Bordelais et qui ont fait le succès de Valandraud ! Et bien si c’est le cas, j’ai la preuve avec ce vin que la technique employée ne standardise pas les vins ! A l’heure où même le cinéma nous fait croire à la mondialisation des goûts par l’universalité des techniques, je puis vous affirmer que j’ai bu au travers de ce vin, un très beau représentant du Roussillon : il en a assurément l’accent : Jugez plutôt !

Hugo 2002 :

La robe est noire avec des reflets pourpre violine. Tant de profondeur intrigue, suscite l’envie de tout amateur de vin sudiste !

Les premiers arômes qui émanent du verre sont d’abord ceux de l’élevage ; un boisé en avant à ce stade de l’évolution de ce vin, avec quelques notes lactiques, mais les fruits noirs ne sont pas en reste, mâtinés de notes de cacao. A l’aération, les épices font leur apparition, les fruits noirs comme la prunelle se mêlent à la guigne dans un contexte frais avec une touche additionnelle de violette. Grande complexité, c’est envoûtant, luxueux, précieux.

Ce qui frappe comme on porte ce vin en bouche, c’est sa texture quasi crémeuse. Un flot de fruit qui se déverse dans un contexte soyeux, dense et suave : la mûre et la cerise sont très perceptibles dans des saveurs de grande pureté.

En milieu de bouche, la constitution très charpentée de ce vin s’affirme, lui fait trouver son équilibre et permet qu’il ne s’écroule pas sous tant de richesse. Si la texture est admirable, les petits tannins très serrés redonnent un bel élan vivifiant, suppléant sans aucun doute l’acidité qui n’est pas la caractéristique principale de ce Côtes du Roussillon Villages.

La finale est portée longtemps par des saveurs de fruit à l’alcool et de cacao et la violette qui pointait au nez se laisse à nouveau entrapercevoir.

C’est un vin très puissant qui ne renie à aucun moment son « sudisme » bien affirmé, d’une envergure rare, sans doute chaleureux mais sans lourdeur, sans doute marqué par son élevage actuellement mais sans aucune ostentation. Ce vin s'inscrit tout à fait dans le style des meilleurs vins de la régions et dans ce millésime avec une texture somptueuse.

Jérôme Pérez

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