Madiran, Château Laffitte Teston, Vieilles Vignes 2002

La route qui traverse le vignoble de Madiran, du côté de Maumusson laisse deviner au visiteur deux bâtiments impressionnants sur la gauche, à l’architecture, certes, différente mais dont le point commun n’en reste pas moins l’aspect imposant. Le chemin qui y mène est indiqué par deux panneaux sur lesquels on peut lire « Château Bouscassé » et « Château Laffitte Teston ».

Comment ne pas établir de lien entre ces deux bâtisses, entre ces deux domaines, entre les hommes qui les dirigent ? Ils affichent tous deux la réussite, l’émergence de ce vignoble du Sud Ouest : même si l’architecture quasi mégalomaniaque de Montus Bouscassé s’oppose au classicisme élégant et aristocratique de Laffitte Teston, ces deux domaines sont la preuve, quelque peu ostentatoire, de la grandeur des vins d’ici.

On pourrait s’amuser à chercher les points communs, il y en a d’autres, mais ils ne doivent pas occulter, la particularité des vins de Jean Marc Laffitte qui se démarque de plus en plus, se créant une place à part au sein de l’élite des producteurs de Madiran.

Sagesse des prix, refus de la micro cuvée de concours et surtout un style de vin qui tranche avec les canons locaux, sans doute parce que justement ses vins ne tranchent pas, eux ! Jean Marc Laffitte a réussi à dompter le tannat sur cette cuvée Vieilles Vignes pour en assagir la finale, pour adoucir les tannins, polir la texture sans jamais perdre les caractéristiques essentielles du Madiran : puissance de la robe, de la chair et du fruit.

Ses secrets ? Il ne me les a sans doute pas tous livrés ! Mais on peut retenir qu’ici, les jus de presse sont systématiquement éliminés et que le microbullage autrefois pratiqué a été abandonné.

Alors on pourra débattre à loisir sur la typicité des vins de ce domaine, je pense d’ailleurs que ce débat ne manquera pas d’exister, mais le résultat est bien là : des vins de pur tannat sans sècheresse ni astringence, d’une souplesse remarquable ; et de ce point de vue, le 2002 confirme les qualités qui étaient celles du 2001 de la cuvée Vieilles Vignes du Château Laffitte Teston.

 

Cette cuvée est issue de vieilles vignes de tannat dont l’âge moyen est de 70 ans environ, plantées sur un sol argilo calcaire ; les rendements sont sages, autour de 50 hectolitres à l’hectare : ce sont des chiffres sûrs : il est tellement facile, en effet, d’annoncer des rendements minuscules dès lors que le vin est noir ! Les vendanges sont manuelles et le raisin est totalement égrappé. L’extraction se fait en douceur et longuement.

Les jus de goutte sont entonnés pour 13 mois en barriques neuves au cours desquels les soutirages sont effectués tous les deux mois.

Environ 50 000 bouteilles de cette cuvée sont produites.

La robe est noire violacée, quasi opaque sans aller toutefois jusqu’à la totale saturation. Les parois du verre restent imprégnées de cette couleur comme on fait tourner le vin.

Le nez est encore un peu sur la réserve, mais il laisse apparaître des notes légèrement toastées, des notes de café, mais ce sont les fruits noirs qui dominent et notamment la myrtille, fruit classique des vins de l’aire de Madiran.

L’attaque est volumineuse et le vin développe des qualités d’onctuosité rares. Ce gras permet d’enrober le palais avec beaucoup de suavité et laisse le fruit s’exprimer. La mûre et la myrtille se mêlent aux saveurs apportées par le bois, justement dosé. La finale est très longue sur le fruit ; les tannins sont présents, certes, mais serrés et juteux et nullement secs. L’ensemble est très équilibré et long.

Sans toutefois atteindre l’excellence du millésime 2001, cette cuvée en est le digne successeur, pérennisant le style si particulier de ce Madiran Haut de gamme qui se démarque de ses pairs. Un Madiran aux tannins soyeux, qui l’eut cru ?

Jérôme Pérez

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