Menetou-Salon, Domaine Henri Pellé, Morogues 2004
|
Menetou-Salon, quelle drôle de nom pour cette appellation qui vit, il est vrai un peu dans l’ombre de sa voisine Sancerre ! Cette appellation est née en 1959 et c’est également à cette date que le nom de Pellé, un nom de longue date attaché à ce charmant village de Morogues, va s’unir à celui de Menetou-Salon.
Le vignoble est très ancien ; Menetou-Salon proviendrait d’un monastère fondé par un certain Sarlon, descendant des seigneurs de Vèvres, eux même descendant d’un chef normand de l’ère des invasions des IX ième et X ième Siècle : dans les actes de l’an 1063 et 1097, par lesquels le Seigneur de Menetou fait dont de vignes à l’abbaye de Saint Sulpice de Bourges, il est écrit qu’un certain Sarlon Le Riche attribua des vignes (et vignerons !) à la même abbaye.
|
Ce fut, plus tard, le vin préféré de Jacques Cœur, Mais l’histoire ne dit pas si c’est avec ce breuvage qu’il empoisonna Agnès Sorel.
La vigne, ici, alors que le vignoble est proche de la limite nord de sa culture, cherche la meilleure exposition, sur les meilleurs coteaux, sur les meilleurs sols et sous-sols. Ceci explique la mosaïque que représente l’appellation qui s’étire d’est en ouest sur les seuls affleurements marneux des coteaux en pente accusée. Le vignoble est situé, en effet, sur des marnes et calcaires du kimméridgien du Bassin Parisien, facilement reconnaissable par ces milliers de restes de coquilles d’huîtres. Cette appellation jouit d’un microclimat qui atténue quelque peu la rigueur du début de continentalisation, mais qui est marqué par des amplitudes thermiques entre jours et nuits assez marquées. Si le sauvignon représente la grande majorité des plantations de Menetou-Salon, le pinot noir, quant à lui se plait également sur ces coteaux. |

Une mosaïque d'îlots d'affleurement de marnes
|
Au domaine Henri Pellé, aujourd’hui, c’est Anne, l’épouse de Eric Pellé, décédé dans un accident en 1995, qui mène la propriété, aidée de Julien Zernott, l’œnologue.
14 îlots de vignes pour 35 hectares en Menetou-Salon et 5 en appellation Sancerre, voilà comment se compose le domaine Henri Pellé.
Sur Menetou, la production de vin blanc représente les deux tiers du volume produit.
L’idée de représentativité des terroirs est très présente au domaine et c’est bien le pluriel qui est employé pour qualifier la déclinaison de la mosaïque, à l’image, d’ailleurs du profil si particulier de cette appellation. Seulement, ces terroirs ne peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes que s’ils sont respectés, et c’est la seconde philosophie qui sous-tend le travail au domaine Henri Pellé.
Commentaires de dégustation
|
|
La robe de ce vin est or pâle avec des reflets verts. C’est une robe qui possède une belle intensité et beaucoup d’éclat.
Le premier nez est essentiellement axé sur la minéralité, une minéralité crayeuse, puis, à l’aération, les agrumes apparaissent, des agrumes bien mûrs, même si l’aspect minéral reste sur le devant.
En bouche, on découvre un vin tendu, que je qualifierais presque de rigoureux dans sa constitution et dans son expression : une matière fine et d’une grande fraîcheur qui s’exprime avec beaucoup de netteté. Voilà un vin svelte et altier qui s’exprime sur des saveurs discrètes mais très élégantes avec cette minéralité qui reste toujours en trame de fond devant des notes de fougère et de pamplemousse. Les saveurs acidulées d’agrumes se fondent dans ce corps minéral, jusque dans la finale qui s’étire sur de beaux amers en laissant constamment ce sentiment de fraîcheur et de tension.
|
|
On peut se demander si c’est ce sol kimméridgien ou ce millésime précis qui donne à ce vin des allures chablisiennes, mais il est bien difficile de ne pas faire le rapprochement. C’est un vin aiguisé, pur et je dirai même, épuré : la classe sans ostentation, un vin élaboré par des vignerons rigoureux, une cuvée de haute volée.
Un vin d’auteur, certes, puisque le mot est à la mode, mais j’ai quand même le sentiment très fort que dans tel cas, les auteurs, ce sont avant tout le terroir et le millésime : le talent des vignerons étant de les faire s’exprimer au mieux.
Jérôme Pérez
|