Les Secrets de Château Palvié rouge 2002

 

Le château Palvié est un domaine récent de Gaillac puisque son premier millésime rouge remonte à 1999. Ce n’est pas un château à proprement parler mais une acquisition de Jérôme Bézios, de douze hectares, sur la rive droite du Tarn. Cependant, le domaine familial de ses parents est situé quant à lui à Montans sur la rive gauche (domaine La Croix des Marchands).

Dragendorf 31

Montans est connu des historiens spécialistes de l’Empire Romain car il s’y trouvait un très important centre de fabrication de poteries à l’époque gallo-romaine. Les vases et autres vaisselles d’argile se retrouvent dans tout le bassin méditerranéen et sont des aides précieuses aux archéologues pour dater les strates des fouilles avec précision. En effet, ces vases sont signés (sigillées) par les potiers qui les ont fabriqués et l’on connaît les dates exactes auxquelles ces artisans travaillaient à Montans. La plus célèbre typologie des vases de Montans a été réalisée par H. Dragendorf et le plus célèbre et sans doute le plus beau de ces vases est connu sous le nom de Dragendorf 31.

On a coutume d’opposer ces deux terroirs qui, effectivement, sont de nature très différentes : galets roulés et graves pour la rive gauche, coteaux et plateau argilo-calcaire pour la rive droite. Par convention, bien que cela ne soit pas constamment vérifié et même parfois infirmé, on entend souvent que la rive gauche serait plus propice aux vins rouges alors que la rive droite serait davantage propice aux vins blancs ; là encore, toute vérité est fragilisée par de nombreux contre-exemples.

Les vignes du château Palvié sont situées près de Cahuzac-sur-Vère sur un terroir argilo-calcaire des premières côtes du Tarn, non loin du domaine de Tres Cantous de Robert et Bernard Plageoles ou encore du château de Salette. C’est un terroir remarquable, au sujet duquel Jean-Marc Balaran m’avait un jour confié que c’était l’un des plus qualitatifs de toute l’aire de l’appellation. Sur ces douze hectares, Jérôme Bézios récolte de la syrah et du braucol pour les cépages rouges et du loin de l’œil, de la muscadelle et du mauzac pour ce qui concerne les cépages blancs.

Cette cuvée, « Les Secrets du Château Palvié 2002 » rouge, est issue à 100% de syrah dont l’âge des ceps est de 30 ans. Jérôme Bézios m’avait expliqué que cette syrah avait la particularité de posséder des grappes aux grains de petite taille et peu serrés, faisant immanquablement penser à la serine du Rhône nord. Le raisin est récolté à maturité optimale, les macérations sont longues et l’élevage est réalisé en fûts de chêne pendant un an.

J’avais goûté ce vin alors qu’il était en fût et j’avais alors été impressionné par sa robe d’encre, son volume et sa qualité de fruit. Une deuxième dégustation avait confirmé le fort potentiel de ce vin que j’avais hâte de regoûter achevé. Je ne boude donc pas mon plaisir à vous la faire partager.

La robe est très foncée, presque noire, avec des reflets violines. Le nez est d’une grande distinction et marie un fruit gourmand à un boisé luxueux : la framboise et la mûre se lovent dans un écrin de santal. A l’aération, quelques notes minérales crayeuses apparaissent.

En bouche, le vin se montre svelte, élancé et racé, au travers de saveurs épicées caractéristiques. Il se livre peu encore, monobloc, avec un corps bien dessiné, sans puissance excessive. La finale reste sur le registre des épices mais laisse apparaître une pointe florale de violette. Les tanins sont serrés, encore marqués : belle fraîcheur et longue persistance.

Avec ce vin, on n’est pas loin de l’excellence ; sans doute le millésime est responsable d’un très léger manque de chair qui aurait permis de l’atteindre. C’est une expression de la syrah qui n’est pas sans rappeler celle des vins de Côte Rôtie.

 

Jérôme Pérez

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