Château Beauséjour (Duffau Lagarrosse) 2005

 
           
 
 
 
 

.Situé sur les coteaux de la rive droite de la Dordogne, à l’Ouest de Saint-Emilion, entouré de propriétés plus prestigieuses les unes que les autres, le Château Beauséjour fait sans conteste partie des grands noms de cette appellation. Confirmé premier grand cru classé B dans ce classement révisable tous les 10 ans (dernier : septembre 2006), il a produit à la fin du siècle dernier des vins d’anthologie avec notamment le 1990 qui est entré dans la légende. Les vins de cette propriété de 7 hectares d’un seul tenant ont pourtant subit des critiques récentes. J’ai lu des commentaires sur ce qui était encore le Bettane Desseauve/RVF, peu élogieux sur la netteté des 2001 et 2002 alors que l’on trouve également des commentaires laudatifs sur ces vins. C'est toujours intéressant de lire les conseils oenologiques prodigués par des critiques à des hommes de l'art.

Le vignoble a une moyenne d’âge de 35 ans et se développe sur un sol typique de l’appellation argilo calcaire à astéries, complanté de 70% de merlot, 20% de cabernet franc et 10% de cabernet sauvignon. La cueillette est exclusivement manuelle et le tri est sévère et minutieux.

La vendange est éraflée, légèrement foulée pour fermenter en cuve béton. Cette cuvaison est longue afin d’obtenir une extraction optimale. Le vin est élevé en barriques de chêne merrain pendant deux ans avant la mise en bouteilles qui donne 36000 cols en moyenne.

Ce millésime 2005 a titillé ma curiosité parce que les avis étaient partagés sur ce vin : personne pour le trouver mauvais, bien au contraire, mais certains le déclaraient sublime alors que d’autres le trouvaient très bon mais finalement dans la moyenne des vins de ce qui est qualifié comme le plus grand millésime récent à ce niveau qualitatif de production. Comment expliquer que des dégustateurs professionnels puissent ainsi avoir des jugements si différents avec des notes qui varient de 6 ou 7 points sur cette fameuse échelle de notation sur 100 ?

Commentaires de dégustation:

Superbe robe burlat, sanguine qui confine au pourpre, sans noirceur, sans opacité avec beaucoup de profondeur et de plénitude.

Le nez est très réservé à l’ouverture : il s’ouvre doucement sur des arômes épicés (cumin), musqué où l’on décèle un peu de cuir, du moka et un fruit discret, cerise noire. Minéralité marquée, humus, terre chaude. C'est distingué mais austère.

On sent une grande cohérence entre le nez et la bouche : C'est un vin un peu rétif mais tellement prometteur de force contenue, pétri de classe. La trame est très serrée, le corps imposant, les tannins marqués un peu sévères pour l’heure. Il ne se livre guère, mais il impressionne par son potentiel. Longueur exceptionnelle et parfumée sur des saveurs rappelant le cuir de Russie et le santal.

Ça ne frime pas, c’est juste grand et à attendre absolument.

Une affaire de style à mon avis qui pourrait expliquer ces écarts : ce vin n’est pas un séducteur en ce moment  ; il est d’un classicisme hors du commun. Il ne bluffe pas, ne triche pas : c’est un vin pour lequel il faut imaginer l’avenir : personnellement cet avenir me semble plus que radieux. Dans 10 ans, nous en saurons un peu plus, mais je me positionne quand même du côté de ceux qui le trouvent très grand.

 

 
   

Jérôme Pérez