Domaine Charvin, Châteauneuf du Pape 2002

 
           
 
 
 
 
   
  Lorsque Laurent Charvin m'a parlé, au téléphone en février dernier, de son Châteauneuf du Pape 2002, il m'a dit, et j'espère ne pas trop déformer son discours, que ce millésime était pour lui un exercice de style et une occasion de ne pas tomber dans la monotonie: une tentative d'aller aussi loin que possible dans l'élaboration d'un bon vin quand les facteurs climatiques nécessaires ne sont pas au rendez-vous, une volonté de souligner l'importance du travail du vigneron  
       
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Il m'avait proposé, avec sa modestie habituelle, de goûter et de le tenir informé : il avait envie d'avoir des avis sur le résultat de l'expérience.

Lorsque j'ai bu la première bouteille, j'ai été subjugué : ce vin m'a fait penser au chef-d’œuvre d'un Compagnon du Tour de France. Un pari, un défi qui débouchait sur un vin spectaculaire dans un millésime dans lequel tant de vins de l'A.O.C sont «hésitants».

Les bouteilles suivantes m'ont tout autant captivées, elles ont même su avoir fière allure, en fin de repas à la suite de quelques nobles flacons. Tous ceux avec qui je les ai partagées ont adoré.

Voilà de quoi consacrer la rubrique « La Bouteille de la Semaine  » à ce vin:

 
 
 
 
       
 

La robe n'est pas très profonde, de couleur rubis à nuances prune sur le bord du disque.

Le nez est remarquable de complexité. Il livre des arômes de cerise (fruit et noyau), de prune. Derrière ces fruits, on note avec délectation des nuances florales, comme la pivoine et le pétale de rose, des touches de cuir, quelques épices, comme la muscade, et quelques touches végétales de menthe poivrée.

La bouche tient les promesses du nez. L'attaque est pleine, ronde et fraîche. La vivacité et la concentration se confirment jusqu'en finale. On a l'impression d'une matière bien présente faite de tannins ronds tapissant les muqueuses et le palais. L'ensemble se caractérise par un bel équilibre entre les tannins, l'alcool et l'acidité ; un peu ferme en milieu de bouche, il évolue vers une finale élégante, longue et savoureuse, dans laquelle persistent les notes de cerise, de prune, d'épices et de réglisse mises en évidence dès l'attaque.

 

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Le millésime 2002: un exercice de style
 
   
 

Ce vin provient, d'une propriété de 8 hectares, créée en 1851 et située à Orange (Chemin de Maucoil  -  le  « Grès »), où ont travaillé, pendant des périodes parfois difficiles, six générations de vignerons. Laurent Charvin le produit depuis 1990.

Le domaine est peu productif, planté de vieilles vignes. Le grenache domine avec 82% de l'ensemble. Il est associé à 8% de syrah, 5% de mourvèdre et 5% de vaccarèse. Ils sont cultivés selon la tradition : labours, taille en gobelet, vendanges manuelles.

Il produit le Châteauneuf et un Côte du Rhône, issu essentiellement de grenache et qui constitue, à mon avis, un excellent rapport qualité/prix.

La vinification se ferait, si mes renseignements sont exacts, sans éraflage, sous contrôle de températures avec un élevage en cuves de béton. Les vins ne sont pas filtrés. Le grenache n'est pas élevé en bois, vu son caractère naturellement oxydatif.

Ce vin provient, aussi et surtout en 2002, du talent de Laurent Charvin. Je n'ai pas le plaisir de l'avoir rencontré, mais j'ai eu deux conversations téléphoniques, dont l'une très longue, cette année avec lui. Elles ont créée chez moi un sentiment de profonde sympathie pour ce personnage hors du commun. La forme et le fond de son discours me faisaient penser que j'avais au bout du fils quelqu'un de passionné, aussi modeste que doué, doté d'une capacité d'écoute et de respect des autres.

 
   
     
 

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Il semble un peu surpris qu'on s'intéresse à lui et à ses vins. Il  cherche à leur donner un style, une harmonie : il ne veut pas à produire des vins extrêmes, il vise plutôt l'équilibre.

Il pratique des prix doux, voulant laisser ses vins accessibles à la majorité des consommateurs et les veut objets de plaisir et non de spéculation. Il évoque même son souhait de voir désacraliser le vin et le vigneron.

Je vais le décevoir, je trouve que ses vins sont grands, merveilleux d'équilibre. Ils sont le résultat du travail d'un vigneron sensible, inspiré. Que je suis impatient de rencontrer !

En attendant, je le remercie  pour le plaisir qu'il me procure lorsque je bois une bouteille de sa production.

   
 
 
       
   

Thierry Debaisieux