Rasteau, Gourt de Mautens 2000  
           
 
 
 
 
   
   
       
  gourtdemautens

Proposer Gourt de Mautens 2000 comme Bouteille de la Semaine peut surprendre : on trouve dans le forum de nombreuses notes sur ce vin…
 
Les commentaires sont en majorité en faveur d’un monument, ayant une puissance hors du commun et un charme irrésistible. Certains le trouvent au contraire un peu caricatural et  trop extrait.
 
Mais en ce qui me concerne, c’est la première rencontre avec un vin de Jérôme Bressy et c’est un grand moment.
Un moment attendu également : je n’avais qu’une bouteille de ce 2000, précieux cadeau de Luc Javaux , je voulais lui laisser le temps d’évoluer un peu avant de l’ouvrir, malgré ma curiosité qui me donnait envie bien souvent de tenter l’expérience quand je la voyais en descendant à la cave.
 
J’ai acheté des 2003 en passant à Arbois chez Stéphane Planche. Il me reste quelques flacons de Jérôme Bressy en cave, cela a favorisé le passage à l’acte…

 
 
 
 
       
 

J’ai beaucoup lu sur le bouchon, « des fleurs de bouchon de six ans d’âge » comme le dit Jérôme Bressy. Il m’évoque ceux, fabuleux, qui fermaient les vieux millésimes de Figeac, comme 1959, et qui ont si bien résisté au temps.
 
La robe est restée jeune, dense, profonde, à nuances violet foncé. Elle évoque un vin concentré…
 
A l’ouverture, le nez est puissant mais, un peu fermé, difficile à décortiquer, mélange intime de bois intégré à des notes de fruits noirs, de terres chaudes et d’épices.
Le passage un bon deux heures en carafe, comme le conseille Jérôme Bressy, va m’aider : il devient séduisant, des notes de vanille et de moka viennent compléter heureusement l’ensemble et soulignent les fruits noirs, parmi lesquels la mûre s’impose.
 
La bouche offre une émotion intense et je me demande comment la traduire. Dès l’attaque, la matière s’impose par sa concentration et sa  puissance et son velouté, elle s’accompagne de saveurs fruitées. La bouche est envahie par les tannins fermes et denses qui vont tapisser les muqueuses, et par les saveurs de mûres et d’épices qui se mêlent à une impression de rondeur, due, je pense, à l’alcool. Malgré cette masse, le vin sait garder de la vivacité : l’acidité parvient à équilibrer tannins et alcool. L’ensemble me paraît plus envahir qu’assécher les muqueuses.
 
La finale complète ce plaisir gustatif en nous laissant savourer  matière, fruits et épices, sur fond de notes un peu chaudes d’alcool, encore un bon moment, trop court, subjectivement, tant on s’attend  à ce que celle d’un tel monument  n’en finisse pas de finir…

 
       
 

Je ne connais pas Jérôme Bressy, mais le compte-rendu d’entretien avec lui rédigé par Yves et Claude m’apporte une somme d’information.
 
La vigne est plantée dans des sols très secs et très compacts, d’où l’eau ne sort que par mauvais temps, ce qui explique le nom.
Le vignoble de 13 hectares est composé de sept terroirs différents, complémentaires et qui apportent, selon Jérôme Bressy, l’un, la finesse, l’autre la puissance, un autre encore la longueur… Il estime que les cépages sont les intermédiaires destinés à mettre en valeur la personnalité de ces sols complexes et complémentaires. Il est donc « en biologie » depuis plus de 15 ans. La biodynamie reste au stade expérimental.
 
70 % des vignes ont entre 40 et 85 ans. Le grenache domine ( 70 % ), complété par beaucoup de vieux carignan, du mourvèdre et une touche de syrah.
 
Les vendanges en vert sont limitées aux jeunes vignes. Il n’y a pas d’effeuillage.
 
 
Le 2000 était élevé dans un tiers de petits fûts neufs. Le fût neuf a laissé la place, ensuite aux fûts d’un vin, puis des demi-muids neufs, contenant traditionnel de la région, ont été achetés.
 
 D’après Jérôme Bressy, le terroir, sur le 2000, ne va s’exprimer qu’après six ou sept ans de garde…
J’ai donc bu cette superbe bouteille un peu trop tôt. Mais c’est un grand moment de dégustation et de plaisir !

 

   
  bressy
   
 
 
 
    Thierry Debaisieux