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En cette belle journée ensoleillée de décembre, fraîchement remis des abus de consommation de Noël, ma mère, mon beau-père (de visite) et moi partons pour ce qui promet être un bon moment de dépaysement et de passion: la route des vins de Colchagua.
Colchagua est une sous-zone de la vallée du Rapel, elle-même étant inclue dans la région de la vallée Centrale qui s’étend au sud de la capitale Santiago.
L’Octavia chargée (enfin pas trop car il faut laisser la place pour les cartons au retour …), nous empruntons la route dite « standard » qui relie la cité jardin de Viña del Mar (sur le Pacifique) à Santiago via la vallée de Casablanca, elle-même réputée pour ses vins blancs de qualité. Nous passons devant les domaines d’Indomita (quelle bodega moderne !), Veramonte (belle bâtisse de type colonial) et les vignobles des plus grands domaines nationaux.
100 km plus loin, à l’entrée de la capitale, nous empruntons la route de contournement sud, puis connectons la fameuse « Panamerican 5 » qui relie l’Alaska à Puerto Montt, si l’on fait abstraction de 250 km jamais construits entre Panama et la Colombie.
Direction sud en suivant les panneaux « Rancagua ». Ici, nous sommes en plein milieu de la vallée du Maipo et les sorties d’autoroute aux noms de « Alto Jahuel » ou Isla de Maipo » nous font tout de suite saliver en pensant aux crus qui y proviennent : Carmen Gold, Almaviva, Santa Rita Casa Real …..
Rancagua derrière nous sous un beau soleil et une chaleur agréable (32º), nous continuons notre voyage climatisé vers San Fernando, le portail de départ de la région de Colchagua.
Les paysages se font de plus en plus verts et de plus en plus remplis car Colchagua, c’est pas seulement la Mecque chilienne des grands vins, mais aussi le centre névralgique de la culture maraîchère du pays. Et cela se voit !
Sortis de l’autoroute à San Fernando, nous empruntons la nationale se dirigeant vers l’océan pacifique et représentant la colonne vertébrale de la vallée. Les paysages commencent à évoluer vers une succession de petites collines entourées de plaines qui font part belle à la culture tous azimuts.
Nous traversons successivement Nancagua, puis Cunaco pour arriver enfin a Santa Cruz, la ville principale de cette région, après 4 heures et 270 km de voyage sans arrêt. Toutefois, quelques 10 minutes avant d’arriver dans le chef-lieu de cette partie de la vallée de Rapel, nous avons admiré sur notre droite la colline d’Apalta, celle-la même qui produit parmi les meilleurs crus du pays (Clos Apalta, Montes M et Floresta Apalta pour ne nommer que les plus connus).
Santa Cruz est une bourgade d’une trentaine de milliers d’habitants et axée sur la vitiviniculture et le petit commerce de détail. C’est aussi le pays des « huasos », ou cow-boys chiliens qui s’adonnent au plaisir du rodéo jour après jour. Cela nous surprend donc de trouver un hôtel 5 étoiles (dans lequel nous avions une réservation) niché sur la place centrale. Renseignements pris (je croyais au départ que sa construction était liée aux touristes de la route du vin), sa construction a été financée par le magnat Carlos Cardoen, bourgeois de Santa Cruz qui s’était rendu fameux il y a une vingtaine d’année pour avoir, sous embargo, organisé un trafic d’armes à l’intention de l’Iran et de l’Irak alors que les 2 pays étaient en guerre …. Fin de parenthèse.
Ayant pris nos quartiers, nous profitons de la température estivale pour plonger dans la piscine et admirer, à ses côtés, le cellier de l’hôtel qui propose les vins de la vallée à bon prix.
20:30, nous sommes quasiment les premiers à arriver au restaurant « Los Varietales » pour prendre l’apéritif. Ce restaurant a été élu comme un des meilleurs du pays « hors Santiago », la capitale qui est aussi le chef-lieu de la haute gastronomie.
Il était bien clair que nous n’allions pas prendre un soda ou un gin tonic, alors « attaquons » les vins du coin !
CASA SILVA, Carmenère Reserva 1999 produit par le domaine du même nom
A la robe violette très foncée succède une forte intensité aromatique de petits fruits noirs, de prune et de café.
L’aspect gustatif nous plaît beaucoup avec un fruité de belle facture, une rondeur charmeuse, un équilibre et une finale de grande beauté.
Un excellent représentant de Carmenère récolté à maturité et vinifié sur le fruit. Il illustre bien ce que l’on peut produire de bon en mono-cépage pour ce revenant mondial.
Puis nous passons au repas dans un cadre pittoresque ou les bouteilles de grand format (du magnum au nabuchodonosor) trônent sur la cheminée comme une vitrine de magasin exposerait ses produits locaux.
Pour accompagner le « ceviche » (mélange de 3 poissons cuits dans du jus de citron et assaisonné de d’oignons et d’épices locales) :
CASA LAPOSTOLLE, Sauvignon Blanc, 2002
La robe est jaune pâle, limpide.
Le nez d’ananas et de papaye nous surprend non pas par son fruité, mais par sa fraîcheur.
En bouche, l’équilibre acidité / fruité est de mise. Léger côté douceâtre.
Un bon Sauvignon Blanc, même si ma préférence s’oriente de plus en plus vers ceux produits dans la vallée de Casablanca, plus froide et mieux appropriée pour sublimer ce cépage.
Avec la viande (filet de bœuf vigneron et filet d’agneau ont été choisis) :
CASA LAPOSTOLLE, Cuvée Alexandre Cabernet Sauvignon, 1999
La robe est grenat foncé et ne montre aucun signe d’évolution.
Le nez dévoile un superbe Cabernet: fruits rouges, léger cassis, grande fraîcheur mentholée, mais sur une base qui nous paraît plus bordelaise que chilienne, c’est-à-dire une finesse de la matière plus grande et moins tapageuse.
La bouche confirme la superbe matière de ce cru qui assied sa réputation internationale année après année (avec son frère d’écurie le Merlot). Les tannins sont presque fondus mais ce vin reste très droit, voir quelque peu austère. Ou quand l’œnologue bordelais conjugue le meilleur des 2 mondes !
Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil et un petit déj’ de qualité, nous traversons la place pour se rendre dans les bureaux de l’office de la Route du Vin de Colchagua.
Cette vallée a en effet été la première au Chili à se rendre compte de l’intérêt à créer un organisme qui se charge des visites aux domaines. Une quinzaine d’entre eux a alors, il y a 6 ans, crée cet organisme qui organise des tous standards ou privés, avec transport et guide parlant votre langue.
Vu que nous avons pris un tour privé, j’avais pu exprimer auparavant mes préférences quant aux bodegas que je souhaitais visiter, et c’est comme ça que nous prenons immédiatement la route pour visiter le domaine qui nous a accompagné lors du repas le soir précédent, Casa Lapostolle.
Situé entre Cunaco et Santa Cruz, Casa Lapostolle est installé dans la vallée depuis 1994, date à laquelle la famille Lapostolle-Grand Marnier (plus connue pour son alcool et son Château de Sancerre) se décidait à former une alliance avec une famille chilienne dont le nom était associé de longue date avec le vin, les Rabat.
Leur but étant de faire des vins de haute qualité, les moyens ont été à la hauteur des ambitions : investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars, engagement de Michel Rolland comme œnologue-consultant, augmentation de la capacité de production à 3 millions de litres et extension de la surface plantée à 330 hectares.
L’entrée du domaine ne laisse aucun doute du professionnalisme qui y règne. Grandes grilles protégeant une maison de style campagnard et garde de sécurité. Après avoir montré patte blanche, nous voici dans l’enceinte.
Tout de suite, nous apercevons les grandes cuves en inox, technologie dernier cri. Comme les compter prendrait trop de temps, je me tourne vers notre guide qui me signifie qu’il y en a 106. En continuant la visite, je remarque pour la première fois des cuves en bois de 9'000 litres avec intérieur inox, et qui sont utilisées pour la fermentation du fameux Clos Apalta et de la Cuvée Alexandre.
En cette période de début d’été, l’activité au domaine est quasi nulle. On nettoie ou répare son matériel en attendant les vendanges de mars.
Après les cuves, nous passons à la station d’embouteillage qui me fait curieusement penser à une machine à empaqueter les cigarettes …. Tout y est automatisé et un rendement de 3'000 bouteilles / heure est avancé. Nous continuons notre petite visite par les chais, où 3'600 barriques de bois français (à 85%)et américain sont entreposées. Le schéma suit un 25/25/25/25, soit 900 barriques neuves, 900 âgées d’une année, 900 de deux ans et 900 de trois ans.
Ce domaine est vraiment impressionnant par sa technologie et son professionnalisme, mais comme on ne juge une viña que par la qualité de ses vins, nous voici en route pour le salon de dégustation, très chic (mélange de bois noble design et de verre).
CASA LAPOSTOLLE Sauvignon Blanc 2002. Le même que nous avions bu à l’apéritif le soir d’avant. Un léger herbacé en finale est le seul élément nouveau que nous lui trouvons.
CASA LAPOSTOLLE Cabernet Sauvignon 2000.
La robe tire sur les tons grenat-violet. Le nez est encore très emprunt de la barrique mais laisse échapper des notes de prune et de terreux.
En bouche, la matière se concrétise, les tannins sont fins et la finale se fait sur une légère amertume qui me plaît bien.
C’est le vin de base du domaine et il se comporte ma foi fort bien dans cette catégorie.
Avant de partir, je remarque un livre de visiteurs sur une table adjacente et souris en le consultant. Des voyageurs des 4 coins de cette planète. Des clubs oenophiles français, des critiques (j’ai ri en lisant le « Pas mal » du critique de Wine Spectator …) et pas mal d’amateurs …
Nous quittons le domaine et ses grandes lettres sur son portail d’entrée pour la bodega de Viu Manent, localisée à moins d’un kilomètre de là. Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher de regarder la colline d’Apalta qui surplombe le domaine de Casa Lapostolle. Le voici donc ce terroir qui produit parmi les meilleurs vins du pays !! Une cinquantaine d’hectares (si je ne fais erreur) appartenant à une dizaine de producteurs et dont les vignes sont, pour la plupart, âgées de 50 ans et plus. Les plants de vignes sont plantés à même la colline, ce qui les éloigne un peu de la nappe phréatique présente dans la vallée. Le succès d’Apalta semble résider dans le fait qu’en hiver, alors que les vignes se reposent, la nappe phréatique est assez haute mais se rétracte en été tout en laissant quelques traces d’humidité qui permettent à la plante de grandir sans irrigation.
Le domaine de Viu Manent est un domaine familial et l’un des plus anciens du pays, bien que récemment implante à Colchagua. La demeure est superbe.
J’aurais aimé vous en parler plus mais, à ce moment, notre guide se rend compte que l’on avait change son programme et que nous n’étions pas attendu ici mais à la Viña Santa Laura. Donc acte ….
Santa Laura est localisé à la sortie immédiate de Santa Cruz, sur la route de Los Boldos.
Le changement par rapport à Casa Lapostolle est flagrant ! Ici, c’est en famille que l’on s’occupe du domaine et les ambitions sont moindres, quantitativement parlant bien entendu. Une production de 250'000 bouteilles par année dont 60% sont exportées.
La maison est admirable, utilisant à bon escient le bois produit dans la région et reflétant le style de bâtisses typiques du coin. Le paysage est surprenant, avec en avant-plan, devant les rangées de vigne, une lignée de cactus qui crée un contraste étonnant.
Petite visite dans les vignes ou l’on aperçoit que les allées ne sont pas désherbées et que les vignes sont irriguées par petits canaux creusés depuis le ruisseau entourant le domaine. Attention, quand je parle d’irrigation, je parle du strict minimum nécessaire à la vigne pour se développer. 1 à 2 fois à l’année maximum et en doses homéopathiques.
On passe par les chais où les cuves en inox n’ont à rendre à celle de Lapostolle que le nombre, la technologie étant tout aussi au rendez-vous … mais au format plus familial !
La pièce d’à côté renferme les barriques et sans penser aux vins de garage bordelais, cette viña justifie la dénomination qui s’applique au Chili de « domaine boutique » ….
Puis, nous sortons de la maison pour nous diriger vers une table dressée à l’ombre ou 2 vins nous attendent bien au frais (il fait facilement 32-33 degrés sur l’heure de 13:00 …).
LAURA HARTWIG Chardonnay 1999
Une robe dorée dans les tons clairs, un nez révélant des notes de miel et de nougat et une bouche ronde, chaude, boisée, révélant une bonne matière malheureusement masquée par l’élevage.
Nous ne sommes pas Chardonnay et donc (ou à cause) ce vin ne nous laisse pas de grand souvenir …
LAURA HARTWIG Cabernet Sauvignon 1999
Belle robe dans les grenat foncé. L’année 99, chaude, a permis de sortir de beaux vins mûrs et sans dilution aucune.
L’olfactif est impressionnant d’intensité ! Fruits mûrs, matière explosive. Un archétype des Cabernets de Colchagua !
L’impression gustative, à défaut d’être une surprise, confirme le bon comportement de ce vin. Matière de qualité, très fruité, peu tannique et sans grande acidité. Un vin de début de gamme à boire dans l’année et sur un bon filet de bœuf braisé. Si je ne m’abuse, ce vin n’a pas vu la barrique.
Avant de partir pour le repas de midi, petit passage par le magasin de Santa Laura où nous achetons une douzaine de bouteilles de la cuvée Réserve 99 (qui m’avait laissé une très bonne impression en 2002) ainsi qu’un livre sur les vins de Colchagua. Sympa, les prix sont un bon 20% en dessous du marché.
Avant de visiter notre troisième et ultime domaine de la journée, un « almuerzo » au club social de Santa Cruz, dans une ambiance très locale, et bien à l’ombre sous un plafond de plants de « Pais », le cépage local ! Cet endroit était historiquement réservé aux hommes qui y venaient pour jouer aux dominos et boire un coup !
Ce temps étant révolu (et oui, même à l’autre bout du monde …), nous apprécions l’ambiance et le repas sans prétention tout en sirotant un Merlot Sacromante 2000, frais et gouleyant.
15:00 et nous voici reparti pour l’ultime étape de la journée : la visite du domaine Bisquertt, celui-la même qui produit une ligne intitulée « Château La Joya » et qui commence à être reconnue internationalement.
Les quelques 15 km qui séparent Santa Cruz de Peralillo nous font admirer le paysage si vert et riche en végétation tout en étant diversifié et plein de contrastes ….
Nous passons successivement devant les domaines de Crusero, de MontGras (basé à Ninquén, une colline ou il s’essaye à réaliser un grand vin issu de vignes plantées en coteaux) et de Santa Emiliana …. Colchagua est dans ce sens très proche de Bordeaux avec ses domaines adjacents l’un de l’autre …
Lorsqu’on arrive á Bisquertt, le contraste qui nous a accompagné toute la journée prend une dimension supplémentaire. Voici un domaine géré par une des familles les plus influentes depuis la fin du 19e siècle mais dont la demeure et l’arsenal de production me font penser à Dallas et Dynasty réunis !!!
Une capacité de production de 14 millions de litres ( !), des cuves inox à ne plus compter , aux formats et marques les plus variés, certaines étant fait maison et moulées sur des socles en béton. Dans un coin sombre, nous remarquons une quinzaine de foudres en bois de 32'000 litres avec un intérieur en inox. Quand je vous disais qu’il y avait de tout …. Mais là il a fallu sortir assez rapidement, car l’odeur de soufre devenait insoutenable.
En chemin pour le salon de dégustation, nous passons par la salle de réception de la famille, puis par le petit musée privé de coches du début du siècle.
Le salon de dégustation est un endroit que les anglophones appelleraient « cousy » et qui sert aussi de magasin. Et ici, il y en a des articles ! De la planche au fromage aux divers vins du domaine en passant par les polos et les jeux de cartes, tout est à l’effigie de « Château la Joya » et ce à des prix très doux (25 à 30% de rabais pour les vins).
Nous en profitons pour déguster nos deux derniers vins de la journée :
CHATEAU LA JOYA, Chardonnay Reserva 2001. Frais mais un peu mou à notre goût !
CHÂTEAU LA JOYA, Cabernet Sauvignon Reserva 1999.
La robe est d’un grenat foncé caractéristique. Le nez nous amène sur le fruit, légèrement dominé par le bourgeon de cassis. En bouche, le cassis est prépondérant, mais le vin est d’un bel équilibre et la finale de bonne longueur.
Il est 16:10 quand nous prenons congé de notre guide (fort charmante, sympathique et avec une bonne connaissance des domaines). Comme le temps est encore au beau fixe et le soleil haut dans le ciel andéen, nous décidons de rejoindre notre cité de Viña par les petites routes intérieures et via la ville de San Antonio. Nous n’avons appris que plus tard que cela s’appelait « La route du fruit » et relation avec les cultures qui nous ont accompagné pendant les 270 km de route … après bien sûr avoir dit un dernier « hasta luego » aux domaines vinicoles de Colchagua …
Colcahgua et ses vins a beaucoup à offrir et l’effort qualitatif apporté par tous les domaines, de la vigne à la bouteille, commencent à être payants. Les locomotives telles Casa Lapostolle ou Montes ont déjà leurs lettres de noblesses acquises sur de nombreux marchés mondiaux et elles one généré une engouement sans précédent, suivi par nombreux depuis quelques années.
Colchagua a une âme, des domaines soucieux et un terroir. Que demander de plus pour cette région encore jeune et aux possibilités immenses !
Pour les inconditionnels et chanceux qui ont la chance de visiter des domaines en Europe et d’avoir un contact direct avec le vigneron, ce type de visite ne plaira pas forcément. Mais force d’admettre que tout est mis en place pour que le visiteur passe une excellente journée et se rapproche un peu plus avec la culture vinicole qui règne dans cette vallée montante. Et ceci n’est pas une sinécure dans un pays qui considère toujours le pisco comme sa boisson nationale …
Saludos de Colchagua,
Anthony Corbaz
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