Tout commence une nuit sur une route déserte. David Vincent....Je m'égare! Il est 10h du matin et c'est loin d'être désertique, il y a encore pas mal de gens sur la côte en cette saison.
Première étape:
Le Château de Ricardelle. Le domaine est situé à la sortie de Narbonne, sur la route de Gruissan. Grosse propriété rachetée il y a 11 ans par un passionné hollandais, de mémoire. Son accueil est très sympathique. Les vendanges sont terminées depuis quelques jours. Selon lui, le millésime 2003 ne sera pas inoubliable mais, du fait de la présence proche de la mer, le terroir n'a pas trop souffert de la canicule estivale. Le Maître de chai, lui aussi hollandais, est arrivé au Château en 1998, ce après avoir bourlingué d'Australie à Bordeaux en passant par l'Afrique du Sud. Depuis, il cherche à développer un style propre au domaine en supprimant peu à peu le caractère trop boisé des vins précédents.
Ricardelle, Rosé 2002:
Beaucoup de vivacité en bouche, arômes de fruits et de fleurs mais pas une grande amplitude. Un vin simple, trop simple.
Ricardelle, Rouge 2001:
Ce vin manque d'ambition. Peu expressif en bouche, on note quelques notes de fruits rouges et de grillé mais cela manque de matière. La finale est courte mais n'est pas désagréable sur des arômes de fraise et de mûre.
Ricardelle, Closablières Rouge 2000:
On monte dans la gamme. Le nez est relativement puissant. Bouche onctueuse et équilibrée, fortement marquée par les épices. Le boisé reste discret et les tannins sont fins. La finale reste moyenne mais à nouveau portée sur les épices, le poivre et la vanille. C'est plutôt sympa comme cuvée.
Ricardelle, Closablières Rouge 1999:
Joliment structuré, toujours porté sur les épices, on reste dans le même registre avec ce millésime. Les tannins sont souples, le boisé bien intégré. Ceci dit, il n'est pas nécessaire de conserver plus loin cette cuvée. Elle est à point.
Ricardelle, Blason de Ricardelle Rouge 2000:
Nous sommes maintenant dans le haut de la gamme et cela est net. Le vin montre une bien belle finesse. De la matière, une jolie structure, arômes puissants sur les fruits noirs, les épices, le cuir. Le boisé est bien intégré et les tannins bien présents et sans astringence. Belle persistance et finale vraiment correcte.
Ricardelle, Blason de Ricardelle Rouge 1998:
Au nez, le vin dégage un fort parfum de bois et en bouche, cela se confirme. Le vin est déséquilibré par ce boisé mal intégré et dominant la cuvée. Une planche de bois en bouteille! Après discussion sur ce 98, le propriétaire m'explique que, en collaboration avec le Maître de chai, il désire aujourd'hui gommer cet effet boisé prédominant dans les cuvées du domaine et, à mon avis, si on oublie ce 98 qui n'est pas son ouvre, il est en passe de réussir.
Ricardelle, Vigne Fontaine 100% Merlot 2000:
Une curiosité produite sur 3 hectares. La première vinif du domaine et ma foi, c'est pas mal du tout! Beaucoup de finesse, un vin assez harmonieux avec des tannins mûrs et fondus sur des notes de cassis, de framboise, d'amandes grillées avec un boisé assez vanillé. Finale longue et prometteuse.
Deuxième étape:
Le Château de la Négly. Lors de la prise de RDV, Jean Paux Rosset m'explique qu'il n'aura pas beaucoup de temps à me consacrer, le domaine est en phase de finalisation des vendanges 2003 (il lui restait les grenache et les Mourvèdres) mais, m'invite malgré tout à passer le voir. Début d'après midi, me voilà. La vue du domaine sur la Méditerranée, à quelques km en contrebas, est exceptionnelle. Effectivement, Jean Paux est en pleine effervescence. Il bouillonne, trépigne et la fatigue se lit sur son visage. Les vendanges arrivent à son terme, il faut faire vite. Il est un des derniers et aura préféré retarder au maximum le ramassage. A l'étage, les tries s'effectuent sans lui. Il prend le temps tout de même de me faire découvrir un peu de sa production. Pour info, les vendanges sont manuelles et si la cuvée La Côte est triée sur pieds, les autres cuvées font l'objet de 4 tries successives. Les grandes cuvées que sont la Porte du Ciel et le Clos des Truffiers sont issues de vignes situées dans l'hérault. 3 hectares de terres à Saint Pargoire.
La Négly, Brise Marine Blanc 2002:
Le 2001 m'avait peu séduit. Court, peu fruité, sans charme. Le 2002 me plaît bien d'avantage. Elaboré à base de Marsanne, de Bourboulenc et de Roussane. Elevage en cuve sur lies fines pendant 6 mois. Belle robe or. Le nez est puissant sur des notes florales. L'attaque montre une réelle fraîcheur. En bouche, le vin est gras avec un volume plus qu'intéressant sur des arômes de fleurs et de miel. Belle persistance et longue finale.
La Négly, La Côte Rouge 2001:
Le vin se montre tel que je l'avais goûté la semaine précédent ma visite au domaine. Excellent! Composé de 50% Grenache et 50% Carignan avec élevage en cuve pour les Carignans et cuve bois de 6 mois pour le Grenache. La robe est sombre. Le nez dégage des effluves de fruits rouges et d'épices. En bouche, le fruit est à croquer. Les tannins sont soyeux, d'une belle finesse. Un vin bien équilibré avec une persistance correcte et une belle finale très fruité. Un vin bien fait, pas grand mais bien fait
La Négly, La Falaise Rouge 2001:
Syrah, Grenache, Mourvèdre. Elevage en barrique neuve ou d'un vin. Miam, miam!! C'est très bon! Le nez est fortement axé sur des notes poivrées. La bouche est toujours marquée par les épices mais aussi les fruits rouges et le cacao. Superbe de finesse. Les tannins sont ronds, mûrs et tapissent le palais. La cuvée est peu marquée par l'alcool et pourtant le vin titre 14,5%! La persistance des arômes est superbe. Légère amertume sur la longue finale pour terminer. C'est vraiment un vin gourmand.
A ce stade de la dégustation, Jean Paux Rosset, de plus en plus inquiet par ce qui se passe à l'étage et les tries qui s'y opèrent, nous entraîne dans le chai où se reposent les barriques et propose de goûter sur fût la cuvée La Porte du Ciel 2001. Après petite hésitation, j'accepte l'invitation.
La Négly, La Porte du Ciel Rouge 2001:
Un vin 100% syrah. Une micro cuvée de 4000 bouteilles par an. Elevage en barrique neuve pendant 2 ans avec un rendement de 12hl/hectare. Et là, le choc! Le grand vin! Quelle puissance mais aussi quelle finesse. La robe est noire. En bouche, du fruit noir (cassis), des épices, des notes animales, des parfums de vanille. Superbement complexe avec une grande ampleur et une belle concentration. Les tannins sont fins, bien intégrés. Aucune austérité mais que du bonheur. Le vin se goûte magnifiquement sur fût et le boisé se fait discret, présent mais d'un extraordinaire velouté. Et la persistance, elle est incroyable. J'en suis tombé sur le c..! «Ah, si j'étais riche.....didadidadidada» Il faut savoir que le 2000 se vend au domaine 80 euros. Moi, cela m'a calmé mais j'admets tout à fait que l'on puisse craquer devant ce vin.
On termine la dégustation sur cet instant de pur bonheur, on monte à l'étage et Jean Paux Rosset me permet d'assister aux tries qui s'effectuent avec 12 personnes du domaine. La table est noire de raisins. Les grenaches! On en goûte quelques uns. Ils sont superbes, gorgés de fruit. On continue nos discussions (selon lui, il ne faut pas attendre plus du millésime 2003 qu'il ne pourra donner. Sans la puissance du 2001 voire du 2000 mais globalement, le positionnement de son domaine et les entrées maritimes nombreuses dans cette région de l'Aude sauvent l'essentiel) et il ouvre la cuve où les Carignans sont en pleine macération carbonique. Là encore on goûte. Ouahh! Du kirsch sous forme de raisin. Des griottes au kirsch! Il ne manque que le chocolat et voilà les «Mon Chéri» de La Négly! J'observe les personnes affairées au tries. Elles manipulent délicatement les grappes et retirent minutieusement les raisins «non conformes». Il est temps de s'éclipser. Je quitte le domaine et son propriétaire à regret mais me promets d'y retourner. Merci Mr Rosset pour votre accueil.
Troisième étape:
Après quelques petits km d'une route que les flaques d'eau rend périlleuse pour mon pur sang mécanique, je découvre le Château Mire L'Etang. Philippe Chamayrac m'accueille très gentiment, avec son grand sourire à découvrir la production du domaine. Celui ci fait 50 hectares. Le sol est rocailleux et les vignes dominent la mer. C'est splendide.
TMire L'Etang Gris 2002:
A base de Grenache et cinsault. L'entrée en bouche est vive, fraîche. L'acidité est assez marquée. Quelques notes fruitées en bouche mais le vin est très court. La persistance est faible, la matière est partie se balader et le fruité peu convainquant. Bof, bof!
Mire L'Etang Blanc de Blanc 2002:
Roussane, Grenache et Bourboulenc avec élevage sur lies de 4/5 mois. La robe jaune est plutôt agréable. En bouche, on détecte des arômes floraux avec des notes minérales et de fruits blancs. Le vin est moyennement gras mais chargé d'alcool. Cela le déséquilibre quelque peu. Petite finale.
Mire L'Etang Tradition Rouge 2001:
60% de Syrah, 30 de Grenache et 10% de Mourvèdre. Au nez, les épices dominent et en bouche, cela se confirme. Des arômes de garrigue, de thym, de poivre. Les tannins sont plutôt fins, ronds, bien intégré. Moyenne persistance et finale correcte sur les fruits rouges, la cerise. Un vin sympa, de plaisir immédiat.
Mire L'Etang Ducs de Fleury Rouge 2000:
La montée en gamme est nette. Majorité de Syrah dans cette cuvée. 1/3 de fût neufs et cela se ressent immédiatement au nez. Le boisé est évident. En bouche, cela est moins perceptible. Très fruité et sur des notes de cuir. Le vin est docile, souple, gras et les tannins sont amples et civilisés. Belle finale sur les fruits. Joli vin de moyenne garde à mon avis.
Mire L'Etang Ducs de Fleury Réserve du Château Rouge 2000:
La grande cuvée du domaine. Elevage en fûts neufs non brûlés. La couleur est sombre, opaque. En bouche, on remarque une faible acidité. Le boisé est bien intégré, assez discret même. Cigare, fruits noirs, épices, réglisse. La cuvée montre une jolie complexité, toute en finesse. Les tannins sont francs et costauds. La finale est longue et axée sur les fruits. Un vrai plaisir que de déguster ce vin. On en redemande.
Quatrième étape:
Le Domaine Ferri Arnaud. Madame Ferri me reçoit. Je tombe un peu comme un cheveu dans la soupe car sans RDV. En fait, c'est en passant devant le domaine que l'envie de m'y arrêter m'a prise. Faute avouée à demi pardonnée bien que Madame Ferri insiste sur le fait qu'en prenant RDV, elle aurait carafé les vins! Scrogneugneu! Le domaine effectue des vendanges manuelles et produit environ entre 20 et 30000 cols par an.
Ferri Arnaud Blanc de Blanc 2002:
Base de Bourboulenc et de Grenache. La robe est or clair. Le nez est floral et l'attaque en bouche vive. On retrouve en bouche les arômes de fleur blanche mais aussi la vanille. Minéralité peu marquée. Petite matière et faible persistance. J'apprécie modérément.
Ferri Arnaud Tradition Rouge 2002:
La vinification se fait en cuve. Grenache, Syrah, Cinsault. La robe est rouge rubis. Au nez, puissance aromatique des épices. En bouche, vivacité, fraîcheur, arômes de fruits rouges, des notes grillées, de chocolat et d'épices. Le vin se montre souple sans grande matière. Les tannins sont ronds et discrets. Finale correcte sans plus.
Ferri Arnaud Fût de Chêne Rouge 2002:
La cuvée reste 1 an en barrique d'un vin. Robe rouge sombre, profonde. Le nez sur les fruits noirs. L'attaque en bouche est franche, les arômes toujours de fruits noirs et d'amande. Le boisé est diffus, sans agressivité. Le vin est bien équilibré entre puissance et souplesse. Petite présence de l'alcool mais sans dénaturer les sensations. C'est sympa, cohérent. La finale reste moyenne, sur les fruits et les épices.
Ferri Arnaud Cuvée Romain Rouge 2000:
C'est la grande cuvée du domaine. Composition à 80% de vieilles vignes de Carignan et 20% de Grenache. Les rendements sont de 30hecto/hectare. Robe rouge opaque. Nez puissant, boisé. On retrouve cette sensation de boisé en bouche mais sans violence. Le vin est très fruité, des petites baies des bois. On décèle aussi des notes torréfiées, de cuir, de réglisse et de cannelle. La matière répond présente. Le volume aussi. Les tannins sont loin d'être austère mais plutôt harmonieux. La persistance du boisé trouble quelque peu en finale la sensation perçue jusqu'alors d'une cuvée fort équilibrée. Le temps devrait permettre d'atténuer cette impression. Cela dit, la «Romain» est un très joli vin.
Cinquième et dernière étape:
Le Château Pech Redon. Autant le dire tout de suite, l'accès au domaine n'est pas des plus aisé, surtout quand il pleut et que la route est bondée de trous que les flaques d'eau cachent ignominieusement. Ma pauvre voiture! Enfin, j'arrive sans trop de casse mais avec une haine féroce pour la DDE. Encore une fois, je n'ai pas pris de RDV (même motif, même punition que pour Ferri Arnaud) et j'attrape Christophe Bousquet sur le départ. Ouf! Juste à temps pour une petite dégustation.
Pech Redon Les genêts Blanc 2000:
Composition à base de Chardonnay et de Viognier. Le vin reste 2 ans en barrique de 1 vin. Robe or évoluée. Le nez est puissant et aromatique. La bouche, je dois l'avouer, m'a complètement dérouté. Dès les premiers instants, je pensais être en face d'un vieux Grenache. Les arômes de fleurs, d'agrumes, de plantes aromatiques se conjuguent. Beaucoup de volume, de matière, de gras et un boisé qui prend une grande place dans les perceptions et déséquilibre quelque peu la cuvée. Finale longue avec persistance de l'arôme de noix. En dehors de cette première sensation, c'est loin d'être désagréable, certains le trouveront superbe mais, ce n'est pas ma tasse de thé.
Pech Redon Les Cades Rouge 2001:
Elevage en cuve. Les cépages employés sont le Carignan, le Grenache et le Cinsault. Nez à forte dominante de cassis et de framboise. Attaque en bouche vive. Arômes d'épices, de noix muscade, de fruits rouge. Le vin se montre rond, souple. Les tannins sont civilisés mais le volume est limité. La persistance n'est pas à la hauteur. Cela reste un vin simple, peu complexe et qui manque selon moi de «gnac».
Pech Redon L'Epervier Rouge 2001:
Les cépage employés dans sa composition sont Syrah, Grenache et Carignan avec dominante Syrah/Grenache. Belle robe rouge foncé. Nez expressif et épicé. On retrouve en bouche les épices, la garrigue mais aussi des fruits rouges, le café et le pain grillé. Le boisé est diffus et bien intégré, les tannins fondus mais puissant sur la finale. Une belle matière et une jolie persistance des notes épicées. C'est friand. Une cuvée très appréciable dès aujourd'hui mais que l'on peut attendre quelques années.
Pech Redon La Centaurée Rouge 2000:
Elevage de 18 mois en fût. 70% de Syrah et 30% de Grenache. Là, c'est superbe! Robe sombre. Nez charmeur et puissant. Bouche soyeuse évoquant les épices et les plantes aromatiques, le laurier, le cassis, le tabac. Très belle complexité. Les tannins ne trahissent aucune amertume, aucune astringence. Il y a du volume et une jolie matière et un boisé qui joue dans la finesse. L'acidité est assez présente. La finale est superbement longue sur les plantes et les épices. On en mangerait! Un vin bien élevé à tous les égards.
Et voilà, le temps est toujours bien couvert lorsque je quitte les hauteurs de Pech Redon. Bah! C'est pô grave. Le lendemain, j'irai aux escargots.
Vous pouvez réveiller votre voisin, j'ai fini!
Jean Claude
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