La rubrique « La Bouteille de la semaine » fait assez peu souvent honneur au bordelais, encore moins aux châteaux de grande notoriété et encore moins à des vins de millésimes qui commencent déjà à dater. Rien, donc, ne prédestinait ce vin à entrer dans cette rubrique, si ce n'est le fait que sa dégustation a été un vrai bonheur, un coup de cœur et c'est bien là finalement le critère essentiel du choix d'un vin pour cette rubrique.
Le château Gazin est une magnifique propriété de 26 hectares dont 24 constituent le vignoble d'un seul tenant sur le plateau argilo graveleux de Pomerol. Deux vins y sont produits : Château Gazin et sa seconde étiquette l'Hospitalet de Gazin, créée en 1986 permettant ainsi une sélection rigoureuse pour le premier vin qui représente tout de même 80 % de la production.
L'encépagement est traditionnel pour cette appellation et fait la part belle au merlot puisque ce cépage représente 90 % de la surface plantée alors que les cabernets sauvignon et franc en représentent respectivement 7 et 3 %. La densité est de 5500 pieds à l'hectare pour des rendements de l'ordre de 40 hectolitres par hectare. L'âge moyen de vignes est de 35 ans.
Les vinifications sont, somme toute, assez traditionnelles : macérations longues (de 20 à 30 jours, thermorégulées, en cuves béton et inox, élevage 18 mois en barriques renouvelées par moitié chaque année. La fermentation malolactique s'effectue en fûts et le vin est collé au blanc d'œuf après une éventuelle filtration. 80 % de la production est réservée à l'export.
Derrière ces données brutes, on entrevoit assez mal la beauté de ce que peu être un beau Pomerol, belle synthèse de féminité et d'élégance avec la force toute masculine d'un vin puissant et charnu. Gazin, c'est bien cette interface, un vin archétypal dans le bon sens du terme qui fait rentrer totalement dans la magie des grands Bordeaux : très « classe » sans être « classieux ».
Commentaires de dégustation:
La robe affiche une belle concentration. Le vin est marqué par un début d'évolution, mais cela se tient encore très bien, sanguin et profond, très sombre.
Les arômes sont nobles, alliance d'un beau fruit et d'un élevage soigné, très bordeaux rive droite dans l'âme, cerise griotte et cacao, avec une touche florale qui apparaît.
La bouche présente une texture au soyeux superbe, un volume dans l'onctuosité sans que le vin ne soit jamais lourd. Les saveurs fruitée sont bien présentes relayées en finale par une touche de violette très fraîche. Les tannins sont encore bien présents et très enrobés, la longueur est excellente.
Une bouteille tout à fait accessible, de haut niveau et pétrie d'élégance et de raffinement : ces 99 ont vraiment beaucoup de charme.
Jérôme Pérez
-L´abus d'alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération