Le Domaine du Roc des Anges doit son nom à une vigne dont le terroir diffère de celles alentours : au milieu du schiste dominant, une veine de quartz blanc affleure ; même si ce n’est pas le nom originel de cette vigne (le Roc Blanc), l’ange en symbolise la pureté immaculée. L’originalité de ce domaine réside dans le fait qu’il est globalement exposé au nord sur les versants de la montagne Força Réal. Ce sont bien entendu les cépages méditerranéens qui dominent : carignan, grenache gris, macabeu, grenache gris, que complète un peu de syrah. Si cette veine de quartz est une originalité, la majorité du terroir est bien de schiste : la roche mère est à moins d’un mètre du sol et cette roche donne la possibilité à la vigne de s’y enraciner, et d’y trouver un second souffle dès les premières affres de chaleur estivale. Les labours engagent la vigne à y plonger.
Marjorie Gallet, œnologue qui a grandi dans la région des Côtes Rôties, s’est installée en 2001, sans beaucoup de fonds, grâce aux aides d’amis qui croyaient en son projet. Il faudrait plutôt dire leur projet : en effet, son mari, Stéphane, l’a épaulé constamment, tout en étant salarié du Mas Amiel. Il l’a totalement rejointe en 2008, en même temps qu’ils créaient un domaine à Maury, pour y produire des vins doux naturels, dont 2008 sera le premier millésime, les Terres de Fagayra. C’est à cette date que les chais, puis toute la famille (en 2009) déménagent de Tautavel à Montmer.
Entre ces deux dates, le domaine n’a cessé de s’agrandir pour arriver aujourd’hui à 25 hectares. Les rendements moyens sont très faibles, autour de 17 hectolitres à l’hectare, ce qui de l’avis des vignerons du Roc des Anges est le résultat logique d’une viticulture sage sur des vignes très âgées sur un tel terroir. Cette viticulture, justement est de plus en plus tournée vers l’agriculture biologique et c’est cette logique qui est poursuivie dans les chais : le moins d’intervention possible, la priorité donnée à des élevages en cuves béton. Le bois est réservé à certaines cuvées qui en ont besoin : les barriques sont de façon générale issue de domaines notables de Bourgognes qui ont déjà connu deux ou trois élevagess.
En 2008, le domaine s’agrandit d’une parcelle centenaire complantée de quinze cépages différents, blancs, noirs et gris, dont beaucoup de vieux cépages oubliés. Marjorie et Stéphane ont décidé de pousser ce métissage en vendangeant cette vigne en une seule fois et à en vinifier les fruits comme un blanc. Le jus a fermenté et a été élevé dans des pièces bourguignonnes de 5 vins. La couleur de ce vin oblige à le déclaré en Côtes du Roussillon rosé, mais il est blanc dans l’esprit, à mon avis : un argument supplémentaire du métissage.
Commentaires de dégustation :
La robe intrigue : rose pâle, saumonée très légère, à peine colorée.
Le nez évoque quand même des petits fruits rouges pour celui qui à la couleur sous les yeux, des agrumes également, comme le pomelo, des notes réglissées, très légère.
Mais c’est la bouche qui procure le choc ! Une très grande fraîcheur sur des saveurs salines et une forte minéralité. La texture est magnifique, l’équilibre très haut. La longueur quant à elle est vraiment remarquable. Je suis sous le choc de ce très beau vin : ils sont rares les vins qui marquent au point que l’on s’en rappelle longtemps, au point que l’on a envie d’aller voir le lieu qui les a fait naître : celui-ci en fait partie, incontestablement.
Jérôme Pérez
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