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Pour ce qui est du vin, là aussi, j’ai revu ma copie. Comment avoir des vins plus charnus, élégants et stables sans avoir à les assommer avec des produits œnologiques dans tous les sens (en fait, surtout le soufre) ? D’ailleurs pourquoi viser le soufre ? Parce qu’à haute quantité, son ingestion peut apporter quelques « menus » problèmes … je pense que la cirrhose aura fait son travail avant ! Parce qu’il détériorait les qualités gustatives d’un vin ?
Ma démarche fut simple : le soufre est un anti-oxydant. Faisons en sorte que la quantité de soufre présente dans la bouteille de vin soit « acceptable », i.e. : pas de risque de déviations levuriennes et autres.
Les plus gros changements dans mes élevages fut de limiter les soutirages, et de passer des fûts de 225 litres à 300, 340 et 600 litres, en fonction des cépages et cuvées. Plus on augmente le volume d’élevage, plus on augmente l’effet de réduction (l’inverse de l’oxydation) d’un vin. Du coup, j’ai mis en place un élevage sur lies sur mes rouges. La lie est aussi un très fort réducteur.
Peut-on encore baisser les soufres ? … Euh… mais pourquoi encore ???
Pourquoi ne ferais-je pas vraiment des vins sans soufre ?
Et bien, parce que je ne sais pas faire techniquement, et que je ne veux pas faire risquer à ma clientèle un risque extrêmement haut qu’un de mes vins ne se barre en sucette quelques temps après la mise en bouteille.
Dernières possibilités, pas de soufre, mais une flash pasteurisation du vin avant la mise en bouteille, ou encore une filtration stérilisante, pourquoi pas… Mais pour ce qui est de la vie dans le vin…
Alors pourquoi avoir peur du soufre ???
Pourquoi avoir peur des molécules de synthèse qui sont souvent quasiment inoffensives pour l’homme et l’environnement, dans le cadre d’une bonne utilisation, comparées au cuivre par exemple ?
Mais, au fait, un vin sans soufre est-il meilleur ? Peut-être, j’en ai effectivement goûté. Mais rares, très rares sont les magiciens capables de nous enfanter ces breuvages.
Le soufre dans le vin lui fait-il perdre de ses qualités ? De ce côté, absolument rien n’a été prouvé. De manière générale, c’est plutôt l’inverse.
Personnellement, on continue les labours, on ne met que des engrais organiques (utilisables en bio), on restreint les intrants phytosanitaires (on en a moins que les bios en 2004, 2006, et 2007 !), et respecte le vin pendant son élevage. On ne court pas après un label, une marque quelconque auxquelles se rattacher. Toutes ces notions qualitatives sont des investissements personnels, je ne ressens pas le besoin de le claironner partout, sauf si comme c’est le cas ici, on me demande de l’exposer.
Je respecte tous les courants de pensée et de travail de notre fabuleux métier, du moment qu’ils ne tombent pas dans le sectaire ou l’imbécile. Je suis en colère contre ceux qui traitent à outrance pour assurer une récolte de prix, car à l’origine de crus très connus. Je m’insurge contre ceux qui font du bio ou de la biodynamie uniquement parce que c’est porteur commercialement, ou encore par mode avec les « bobos des vignobles » pour qui tout ce qui est « naturel » est bon, voire meilleur… Il en va de même pour certaines boîtes de conseil et de vente de produits phytosanitaires qui se disent en lutte raisonnée et qui font traiter plus que les conventionnels.
J’admire les gens qui arrivent à marier viticulture et respect de l’environnement, œnologie et respect du vin et du consommateur, qui travaillent avec les tripes, par vraie philosophie, par raison, mais aussi par passion.
A mon niveau je tends plus vers une lutte raisonnée extrême, ou comme diraient certains : un « bio » raisonné, une alternative à la charte bio actuelle en somme. Le bio, dans la forme, est obsolète, il faut le revoir, il y a encore trop de non sens agronomiques. Par contre sur le fond, il faudrait que tous les agriculteurs s’y penchent plus que sérieusement.
Comme le disait une de mes profs :
« La parfaite raison fuit toute extrémité
Et veux que l’on soit sage avec sobriété »
Sans oublier un bon grain de folie quand-même!
François Dubernard
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