Par ailleurs, je fais régulièrement des semis de céréales et de légumineuses à l'automne afin d'augmenter la porosité du sol, de ne pas le laisser nu l'hiver et de profiter de l'effet allélopathique des graminées.
Au printemps, un épamprage très rigoureux (donc très long) me permet de garantir une structure parfaite de la vigne.
Cinq à six rameaux sont conservés sur la souche afin de garantir une excellente aération de la végétation et des grappes, et de réguler naturellement le rendement. Le soleil et le vent sont les meilleurs produits de traitements.
En général, je ne fais pas d'écimages. Je me contente, lorsque la végétation a atteint 2 m de haut de plier les rameaux sur le palissage.
Cette opération me permet de ne pas perturber le cycle hormonal de la plante. La plupart du temps l'arrêt de végétation intervient vers la mi-juillet.
En 2010, j'ai écimé car la réserve en eau étant importante, c'était préférable.
J'effectue ce travail moi même, et je me déplace sur la parcelle tous les deux jours afin de ne pas couper le lien avec ma vigne. En période végétative la vigne a besoin de toutes les formes d'attention. La vigne est un être vivant!
Les vendanges manuelles se font à maturité optimale. C'est à dire en aucun cas en surmaturité. J'ai remarqué qu'avec la surmaturité on perd le côté gourmand du fruit frais. On est sur des fruits beaucoup plus mûrs....beaucoup trop mûrs à mon avis.
Le raisin est systématiquement trié selon l'adage: "on ne récolte que ce que l'on a envie de manger".
Le rendement s'élève à 15-25 hl/ha selon les années.
Le raisin est ensuite égrappé puis encuvé. Seul le millésime 2008 est levuré (température extérieure très basse).
Aucun sulfitage n’est effectué en cours de vinification.
La macération se réalise tout en douceur, sans pigeage ni délestage. L’extraction est très lente pour essayer de ne collecter que les meilleurs tanins. Sa durée oscille entre 3 semaines et 1 mois.
L'élevage se fait en cuve, avec pour seul objectif de "nourrir" le vin en oxygène.
Je n’ai pas effectué de collage ni de filtration jusqu'à aujourd'hui.
La mise en bouteille est effectuée au début de l'été en jour fleur. (Et oui pas en jour fruit!)
Sur le millésime 2008 un seul sulfitage la veille de la mise en bouteille a été réalisé.
En fait il ne se passe pas grand chose en cave car le raisin se livre tout de suite. Pas besoin d'œnologie. L'œnologie est comme la médecine: c'est une science qui s'adresse aux malades et.....aux dopés!
La viticulture n'est pas une production agricole comme les autres. Je pense que le respect des équilibres naturels et la "stimulation du vivant" sont les conditions indispensables pour parvenir à un haut niveau de complexité, d'intensité et d'expression.
C'est d'ailleurs le sens du nom le champ d'Orphée. Au delà du jeu de mot champ/chant, il y a la référence au personnage d'Orphée. Voila pourquoi:
Je distingue deux modes de pensées différentes, selon que l’homme se situe dans un rapport d’hostilité à la nature ou qu’il se place lui-même comme une partie de celle-ci.
Dans la mythologie, la première attitude est incarnée par Prométhée qui dérobe à Zeus le secret du feu pour améliorer la vie des hommes. La seconde est symbolisée par Orphée, dont le chant et la lyre sont censé pénétrer les secrets de la nature en épousant le rythme et l’harmonie.
L’homme prométhéen fait violence à la nature. Sa science des machines force par la ruse, la nature à produire des effets qui satisfont ses buts pratiques (engrais chimiques, pesticides, OGM …). Dans ce cas l'univers n'est qu'un outil!!
A l’inverse la posture Orphique n’assimile pas l’univers à une machine mais à un poème dont il convient de s'imprégner pour en percer les secrets.
re Orphique, le vigneron apportera un souffle nouveau à la vigne et au vin. On découvrira alors que la voie du progrès ne passe pas forcément par l'agronomie et l'œnologie moderne. Ces deux domaines ne sont que des outils. Il faut faire attention de ne pas leur donner plus d'importance qu'ils n'en ont.
Le problème, c'est que quand on en est là, on ne peut plus s'appuyer sur l'autorité du savoir académique des "grand centres de recherches".
Il faut alors avoir du courage et de la modestie pour avancer dans le brouillard....mais la nature sait récompenser ceux qui la considèrent et qui la respectent.
Cordialement,
Stéphane LUCAS |