Visite au château de Pibarnon
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La route est longue et sinueuse pour monter à Pibarnon. Les contours, les détours, les croisements de ce petit chemin pas toujours goudronné, constamment en pente, nous amène vers ce lieu unique et quasi mythique de cette appellation Bandol. Il pleut à torrent, et nous devinons au dernier moment les panneaux qui nous indiquent le changement de direction, toujours plus haut toujours plus loin. Puis on devine le sommet de la colline, ce ne doit plus être très loin. Nous y sommes, la pente devient un tertre où est posée une très jolie demeure ; à droite j'aperçois le fameux théâtre d'Epidaure que j'avais vu en photographie seulement. Même sous la pluie, c'est très impressionnant : un amphithéâtre naturel retaillé à coup de bulldozer pour reformer les restanques typiques de l'appellation : un terroir exposé au nord pour les blancs. |
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Nous sommes ici sur le point le plus élevé de l'appellation sur un sol très particulier qui s'individualise puisqu'il est plus vieux de 150 millions d'années que les autres terroirs de l'aire de Bandol, résultat d'un bouleversement géologique. Altitude, sol, voilà qui peut expliquer en partie la singularité de Pibarnon, qui représente aujourd'hui 50 hectares pour trois vins. On ne cherche pas ici la micro cuvée de luxe : un blanc, un rosé et le rouge, celui qui nous a amené ici, celui qui évoque pour nous la grandeur de ce lieu. |
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Nous entrons dans le hall et nous croisons ce jeune homme qui nous salue ; c'est bien lui, si jeune et pourtant aux commandes de ce prestigieux domaine : réservé, réfléchi, attentif, sans doute des qualités utiles pour faire du bon vin. Alexi Cornu travaille depuis peu à Pibarnon; il a eu en charge le millésime 2004: un beau cadeau pour ce jeune homme. Aujourd'hui, Pibarnon, c'est aussi10 personnes qui travaillent à plein temps et malgré l'attention qui nous est accordée, on sent que le travail ne manque pas et que ça fourmille dans la maison, même en ce jour de pluie. |
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Nous commençons la dégustation par les vins que nous ne connaissons pas et sans doute pour lesquels nous avons habituellement le moins d'attention dans cette appellation, nous amateurs, bien que le rosé soit la couleur favorite des touristes estivants, une sorte de fond de commerce du Bandol. Le blanc et le rosé sont élevés en cuves, ne connaissent pas le bois et n'effectuent pas de fermentation Malo lactique. |
Blanc 2001 : Majoritairement composé de clairette et de bourboulenc, avec une petite proportion de viognier, de marsanne et de roussanne. Le nez évoque le miel d'acacia, la pêche. En bouche, le vin présente du gras, de l'ampleur avec une belle vivacité et une très légère amertume en finale. Le thé et la verveine marquent le fond de verre. C'est pas mal mais nous ne sommes pas conquis. Rosé 2003 : Mourvèdre et cinsault à parité. Le nez est très fruité, sur la framboise et la cerise. En bouche retrouve du gras de l'ampleur, la finale est souple ; j'ai l'impression que le millésime 2003 se caractérise ici aussi par des acidités basses, bien que ce vin n'effectue pas la fermentation Malo lactique. Rosé de 2000 : La robe soutenue saumonée. Le nez est superbe : fraise écrasée, noyau de cerise. Une légère oxydation lui va à ravir et évoque un léger rancio. Le vin est très beau en bouche, avec du gras et de l'ampleur mais cette fois-ci la fraîcheur est au rendez-vous et à longueur est très importante. Je suis peu habitué à déguster des rosés, âgés qui plus est et j'avoue être agréablement surpris. |
Une pause dans la dégustation pour faire quelques mètres et se retrouver dans le coeur du domaine, le lieu secret dans lequel on élabore ce si beau vin provençal. Les vins rouges du château de Pibarnon sont des Bandol traditionnels, qui sont élevés en foudres de cinquante hectolitres. Le raisin est traité avec respect et les processus de vinification respectent les lois de la gravité. Une partie de ce raisin est érafflée pour enlever une certaine rudesse des tannins et faire en sorte que le vin soit accessible dès sa jeunesse. Les macérations ont lieu en cuves inox, pendant 3 à 4 semaines où le pigeage est régulier et les températures contrôlées autour de 28 degrés. Nous sommes donc dans le coeur de cette cave prestigieuse et nous goûtons le rosé 2004 qui vient de finir sa fermentation. Les arômes sont bien entendus très fermentaires, mais le volume et l'équilibre sont très prometteurs. |
Des foudres traditionnels de 50 hectolitres. Les barriques sont réservées au marc. |
Le rouge 2004, quant à lui, attend la fermentation Malo lactique en cuves, mais d'ores et déjà il présente un nez sauvage, presque violent et se caractérise en bouche par une très grande fraîcheur sur une belle matière très dense. Nous goûtons ensuite une autre cuve, celle du terroir de Bel Air, qui possède les mêmes qualités sur une assise tannique époustouflante, énorme. Nous restons sidérés. Il ne faudra pas rater ce millésime à Bandol, et à Pibarnon en particulier. Pibarnon 2001 : Nous avons déjà beaucoup parlé de ce vin ; ils conjuguent les qualités essentielles qui feront de lui un grand vin : puissance, élégance, équilibre. Pibarnon 2000 : La robe est moins dense, présentant une légère évolution. Le nez est animal, avec des notes de cuir. La bouche est plus svelte, elle évoque la griotte, les épices. La finale est souple. Pibarnon 1997 : Le nez est embaume l'olive noire et la truffe. Le vin en bouche est très frais avec des saveurs d'olive, sur une assise tannique importante. La finale est réglissée. Que voilà un Bandol typique, issu d'un bon millésime de l'appellation. Pibarnon 1993 : La robe porte la trace des ans, une belle évolution. Le nez est admirable, d'une folle complexité : des notes de cèdre qui confinent au bois de santal. La bouche est magnifique et confirme ce côté envoûtant, velouté, charmeur. Voilà ce que donne un grand Bandol si on prend la peine de l'attendre. Nous finissons au notre dégustation au château de Pibarnon par le marc de Bandol 1989 : Des notes de café et d'amande émanent de ce liquide ambré. À l'aération la cerise apparaît ainsi que des notes de chocolat, de cacao. Le gras en bouche est impressionnant pour une eau de vie de raisin. C'est bien entendu très long bien que je ne sois pas à même de juger ce type d'alcool. |
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Cette visite au château de Pibarnon fut comme un point d'orgue de ce beau voyage à Bandol, le sentiment d'être dans un lieu chargé d'émotion, d'amour du vin et du travail bien fait, de rigueur et d'attention. Nous étions quelque peu intimidés finalement, presque autant que notre hôte si dévoué et respectueux de nos avis. Ce jeune homme vinifie ici ses premiers millésimes et sur la base de ce que nous avons goûté, nous pouvons d'ores et déjà le rassurer. Les vins qui sommeillent seront de grands Bandol. Gageons aussi qu'ils évolueront comme ces millésimes anciens à la matière si fine et si distinguée qui fait le charme des Bandol mûrs, matures bien que la dégustation des vins jeunes apporte elle aussi son lot de plaisir. Merci au Comte de Saint Victor d'avoir délégué cette belle visite à ce jeune homme talentueux et émouvant qui a su si bien nous accueillir et nous faire toucher l'âme de Pibarnon. Jérôme Pérez |
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