Les Vacances d'Eric, sur les chemins de La Passion du Vin Jour 10 9h55 : nous arrivons à Léoville Las Cases. Nous ne savons pas trop où nous garer… Le domaine est indiqué à droite et à gauche de rue… Nous allons finalement à droite où sont déjà garées quelques voitures. Nous frappons à une porte : personne. A une deuxième… Ca ne répond pas. Un employé arrive alors. Nous lui disons que nous avons un rendez-vous pour une visite. Il nous dit que c’est de l’autre côté de la route, dans la cour commune avec Léoville-Poyferré. Nous allons donc en face. Nous frappons. Là, un homme nous ouvre. Nous lui expliquons l’objet de notre visite. Il nous répond « Ah oui! Le maître de chai sera là dans 5 minutes » et repart dans son bureau. Nous patientons dans l’entrée, lisant la documentation qui y est déposée. Nous constatons alors que c’est « l’executive manager » qui vient de nous parler… Nous trouvons malgré tout le temps un peu long, car j’ai un pris un rendez-vous dans la foulée à 11h00 à Léoville Barton. Ca risque de faire court… 10h10 : un homme jeune et souriant en tenue décontractée ouvre la porte d’entrée. Il se présente « Michaël Georges, maître de chai »… Nous sympathisons rapidement et faisons une visite passionnante des lieux. Les questions fusent, les réponses sont claires et précises. En raison de l’histoire et de la géographie des lieux (nous y reviendrons plus loin), ils ont un certain nombre de contraintes techniques. La plus grosse est que le chai de vinification se trouve d’un côté de la D2 (du côté Gironde) et les chais à barriques, ainsi que la chaîne d’embouteillage, de l’autre côté. Résultat : ils sont obligés de faire les assemblages des vins avant la mise en barrique. Toutes les barriques dédiées à un vin contiennent donc au départ le même vin, même s’il évoluera par la suite différemment. Voulant mettre en avant le fruit et le terroir, le 1 er vin n’est actuellement entonné que dans 50% de barriques neuves, ce qui est rare dans les grands châteaux. Le 2 nd vin (le Clos du Marquis) est essentiellement élevé dans des barriques de 1 ou 2 vins. L’appellation deuxième vin n’est d’ailleurs pas vraiment justifiée. Le clos du Marquis correspond à une parcelle spécifique de 40ha qui compose l’essentiel de ce vin (80%). N’y sont rajoutées que les jeunes vignes du grand vin et les quelques cuves n’étant pas jugées suffisamment qualitatives certaines années. La chaîne d’embouteillage est franchement impressionnante et très perfectionnée. La machine tient en compte en permanence de la température du vin afin de mettre le niveau de vin adéquat (il change de volume selon la t°). Chaque bouteille est identifiée grâce à un gravage laser, qui permet de retrouver l’origine de celle-ci en cas de problème. 10h50 : ouf, on devrait être dans les temps. Il ne reste plus que la dégustation… Deux vins, certainement… Michaël sort de la cave réfrigérée 6 bouteilles !!! Bigre… Il ne me reste plus qu’à appeler Léoville Barton pour dire que j’aurais un peu de retard… Au menu : Fugue de Nénin 99 (90% merlot, 10% cabernet franc) : nez fruits rouges, épices, cannelle. Corps soyeux, charnu, fruité. Très agréable. Nénin 99 (75% merlot, 25% cabernet franc, 25% barriques neuves) : nez sur les épices et les fruits noirs, bouche plus charnue, tannins plus présents mais bien fondus, épices très dominants, belle persistance. Bon vin. Chapelle de Potensac 2002 (1 er millésime de ce vin, 60% merlot, 40% cab. Sauvignon, 8% barriques neuves) : nez très frais, fruité, bouche charnue, fruitée, épicée. Fin correcte. Sympa. Potensac 99 (50% Cabernet sauvignon, 25% merlot, 25% cabernet franc) : nez cassis, cèdre, épices, bouche assez puissante, tannins présents mais plutôt doux, belle matière ; riche, épices, assez complexe. Beau vin. Clos du Marquis 99 : nez sur le moka, pain grillé, épices. Bouche puissante, riche, très belle matière. Plus que bon ! Léoville Las Cases 99 : nez plus en finesse mais plus intense (cèdre, cassis), bouche séveuse, très riche, aussi large que longue, fin superbe sur des notes de cacao. Très beau vin !... Et sur ce, nous disons rapidement au revoir, car la madame de Barton nous attend. Nous nous garons sur ce qui semble être le parking de Léoville Barton. Nous frappons à plusieurs portes… Personne… Diantre… Un jardinier arrive. Il nous dit d’aller à la grille du château et de sonner à la cloche : une femme va apparaître (!!!). Nous sonnons, donc, guettant le bosquet le plus proche… et soudain une femme sort de celui-ci, sympathique, souriante… Mais comment font-ils ??? Notre guide nous fait l’historique des propriétés. L’ancêtre de Monsieur Barton a acheté dans un premier temps Langoa Barton (au XVIIIème siècke), puis le siècle suivant un bout de la propriété de Léoville (divisée ensuite en deux parties), devenu alors Léoville Barton. Les deux vins sont vinifiés dans les mêmes lieux. Nous visitons d’abord le premier chai à barrique, qui ressemble à ça :
Il n’y a rien d’extraordinaire dans chai, sinon une chose, devenue rare dans le Bordelais : toutes les barriques proviennent du même tonnelier, Maury. Monsieur Barton ne comprend pas cette mode actuelle d’avoir un nombre important de fournisseurs de barriques et d’en changer tous les ans. D’après lui, pour garder un même style au vin, il faut rester fidèle à un même tonnelier… La porte suivante nous mène au chai de vinification. Toutes les cuves sont en bois et proviennent également de chez Maury. La plus vieille a une cinquantaine d’année et la plus jeune 2 ans. Sur chacune sont indiquées la date de fabrication et la contenance. L’on s’aperçoit alors que c’est du travail artisanal : si elles font toutes autour de 200hl, aucune n’a exactement la même contenance (ça va de 190 à 210hl). Malgré un aspect traditionnel, les cuves sont toutes thermo-régulées. Il existe une grosse cuve en inox pour l’assemblage, mais elle est cachée pour ne pas jurer avec les autres cuves… Nous sortons du chai et nous retrouvons dans la cour de départ. Nous allons dans les jardins, superbes, entretenus à l’année par 4 jardiniers.
Nous visitons le chai souterrain, plus moderne, dédié à la mémoire du fils d’Anthony Barton, mort dans un accident il y a une quinzaine d’années. La succession est en bonne voie avec sa sœur qui prend des responsabilités de plus en plus importantes sur le domaine. Nous dégustons dans une très jolie salle
pourvue d’un crachoir XVIIIème auto-lavant qui donne envie de cracher :
Le bon goût dans les moindres détails… et surtout dans les vins : Langoa Barton 2004 : robe sombre, nez mûres et myrtilles, touches d’épices. Bouche moelleuse, riche, très belle matière, tannins très doux, longue finale. Très bon vin ! Léoville Barton 2004 : robe encore plus sombre, opaque. Nez plus mûr, plus riche (fruits noir, cèdre, boite à cigare), plus grande ampleur en bouche, matière superbe, tannins plus présents mais polis et bien fondus. C’est ma-gni-fi-que ! Je n’ai pas besoin de vous dire de l’acheter… Je pense que c’est déjà fait… Après cette superbe et courte dégustation, nous fonçons à Cordeillan-Bages pour casser la croûte… Le temps nous est compté… Nous ne sortons pas vraiment de l’élégance de Léoville Barton en rentrant dans ce Relais et Châteaux appartenant à Jean-Michel Cazes. C’est simplement plus moderne, à l’image de Lynch-Bages. Lumière tamisée, œuvres d’art très présentes, tenues très sobres du personnel : tuniques amples et pantalons noirs. Nous prenons avant le repas un p’tit verre de blanc sur la terrasse : Villa Bel-Air 2003, Graves (appartenant lui aussi à Jean-Michel Cazes) : robe or pâle, nez de pêche, mangue et vanille, bouche alliant gras et fraîcheur, belle persistance aromatique. Bien ! Retour en salle. Se succèderont quelques mises en bouche, et ce qui m’a le plus marqué : un chariot de beurres ! Vous aviez le choix entre beurre, beurre demi-sel, beurre de brebis, et pré beurre (étape entre beurre et crème fouettée). Curieux de nature, j’ai pris les deux derniers. Le beurre de brebis est magnifique !… mais introuvable dans le commerce… Les pains sont d’un excellent niveau, eux aussi. Arrivent les deux premiers plats : Saucisson virtuel, craquant de lentilles au lard : ce plat à base de lapereau et d’huîtres était accompagné d’un Tris de la Chapelle 2002 du Château Fosse-sèche (Saumur). C’est une vendange tardive de chenin vinifiée en sec. Nez exceptionnel et totalement indescriptible, bouche soyeuse, d’une très grande amplitude, sensation de liquoreux malgré l’absence de sucre, finale somptueuse. Le plus grand blanc sec de Loire que j’ai pu boire ! Foie gras chaud simplement poêlé sur des pêches confites par nos soins : ce foie gras cuit à la perfection était accompagné d’un Haut Bergeron 2001 bien connu des LPViens. Cette bouteille n’avait aucun défaut : splendide liqueur, fraîcheur cristalline… un bijou ! Deuxièmes plats : Spaghetti au ris de veau, cépes et truffes : la présentation est très soignée puisque les spaghetti ne sont pas servis en « vrac » mais forment une timbale en forme de dôme sous lequel se nichent les autres ingrédients. Accompagné d’un Orme de Pez 95 (JM Cazes…) : robe rouge sombre légèrement évoluée. Nez puissant, bien mûr, avec pas mal de notes tertiaires : humus, tabac, feuilles mortes. Il truffe un peu, ce qui se marie bien avec le plat. La bouche est bien mûre elle aussi, les tannins parfaitement fondus. C’est un vin complet, riche, fort agréable, en deux mots : à point ! Agneau de lait de Monsieur Reyes cuisiné de 3 façons, légumes en cocotte : ce délicieux plat était accompagné d’un Lynch-Bages 97 : robe rubis aux reflets d’évolution, nez de prune, d’épices et de cuir, bouche ronde, plutôt soyeuse, agréable. Bon vin à son apogée. Ne gagnera pas à vieillir. Le plateau de fromage : Peu de fromages, mais de belle qualité. Nous décidons de prendre d’un côté des fromages qui iront avec un verre de vin rouge (Saint-Nectaire, reblochon…), et de l’autres des fromages qui iront avec un blanc (brebis, très vieux comté…). Le rouge proposé est un Léoville Las Cases 94. Daniel le décrit parfaitement dans un post récent. J’emprunte amicalement son commentaire : « Robe pourpre, dense, noire au milieu du verre, le nez est fin ,complexe et d'une bonne intensité: cassis très pur, réglisse ,tabac blonc, cédre, l'entrée en bouche est encore un peu ferme,mais les tanins commencent à bien se fondre,, en milieu de bouche la matière est serrée, avec un fruité et des tannins mûrs qui contribuent à donner une bonne ampleur, la finale est persistante, très pure, avec un cassis très frais,de la canelle, et un peu de zan apportant une touche d'amertume. » Le blanc proposé est un amontillado del principe pio de Barbadillo : robe cuivrée, nez explosif de fruits secs (amandes et noisettes), noix verte, pomme tapée et d’épices (curry). Bouche intense aromatiquement et très sèche. On retrouve un côté « pierre chaude » dans la bouche. Grande persistance aromatique. Le mariage avec les fromages est top, d’autant qu’un serveur a eu la bonne idée des les accompagner de fruits secs : abricots, amandes. Les desserts : Aubergine cristallisée au sucre, crème de badiane et sorbet basilic : ce mélange a priori improbable d’ingrédients est sûrement le dessert le plus mémorable de ma vie. C’est exceptionnel et une raison suffisante pour aller dans ce restaurant. Il est servi avec un « fruit défendu 2003 » du domaine des Sablonnettes : VDT liquoreux de sauvignon, robe vieil or, nez puissant sur la pêche rôtie, l’ananas, et l’acacia. Bouche grasse, confite, bien équilibrée par une bonne acidité. Un petit bonheur ! Café fumant, crème caramel, émulsion au café torréfié : ce chaud froid se marie très bien avec le Vinsanto 2003, vin liquoreux non muté de l’île de Santorin : robe sombre aux reflets cuivrés, nez intense de fruits secs, d’orange confite, de noix fraîche, bouche puissante, riche, liquoreuse mais presque tannique, rétro incroyable en fin de bouche sur le moka (alors qu’il n’était pas détectable au nez !). Très grande persistance. Expérience rare et belle ! Nous avons juste pris des cafés, car nous devons aller de suite chez Pichon « Comtesse » pour notre avant-dernier rendez-vous dans le Médoc. Il n’y a pas grand chose à dire sur Pichon-Longueville Comtesse de Lalande, si ce n’est que notre guide était chaleureuse, sympathique et pleine d’humour. Nous avons passé un très bon moment dans ce joli château.
Pour le reste, le chai de vinification est très sobre (tout blanc et cuves inox). Itou pour les chais à barriques agrémentés toutefois d’œuvres d’art. La pièce la plus remarquable est une salle d’exposition d’objets de collection liés au vins : carafes anciennes, verres, statues, etc.. mais aussi cette étonnante barrique recouverte de cuir vert par Louis Vuitton (ou Hermes) rhhha, je sais plus !...
Nous avons dégusté sur une très belle terrasse surplombant le vignoble de Château Latour. Clin d’œil involontaire à l’année dernière où nous avions dégusté du Latour en admirant le vignoble de Léoville Las Cases… Voici cette superbe vue : La dégustation, donc : Château Bernadotte 1999: robe rouge sombre, nez de fruits noirs, d’humus et d’épices, bouche assez souple, corpulence et complexité moyennes, finale correcte. Pas mal… Pichon 98 : robe plus dense, nez très aromatique (épices, havane, cassis), bouche ample d’une belle richesse, tannins imposants demandant encore à se fondre. Belle longueur. Bon vin à attendre au moins 10 ans. Après un petit tour à la piscine, Nous faisons 2 kilomètres sur la D2 pour notre dernière étape, Léoville-Poyferré. C’est Florence Cuvelier, la propriétaire, qui nous sert de guide. La famille de son mari est propriétaire de Léoville-Poyferré depuis 1920. Pendant longtemps, les Cuvelier ne s’en sont guère occupé, laissant le vignoble et les bâtiments quasiment à l’abandon. A la fin des années 70, après un conseil de famille qui devait décider du devenir de la propriété, Didier Cuvelier se porte volontaire pour redresser le château. Le programme de rénovation se fait avec l’aide d’Emile Peynaud et touche autant les vignes (30 ha de replantées) que le cuvier et les chais à barrique. Nous nous trouvons dans la cour du (des) château(x). A notre gauche, Léoville Las Cases, à notre droite Léoville Poyferré. Florence Cuvelier nous explique que depuis 1840, la cour et le bâtiment sont coupés en deux, y compris le parterre et les bégonias (1500 chacun), et qu’il n’y a pas grand chose à y faire, même si ça embête tout le monde… Nous traversons l’ancien cuvier et arrivons dans une autre cour. Là, dit-elle, vous avez le bâtiment qui nous sert à loger nos vendangeurs. On va tout raser… Ce n’est plus aux normes…Autant repartir de zéro. De toute façon, j’adooore les travaux ! dit-elle en riant… Pour les vendangeurs, continue-t-elle, nous avons des accords avec des écoles danoises. Ils nous envoient leurs élèves à la date que nous leur indiquons. Une fois sur place, si nous n’en avons pas besoin une journée, on les envoie à la plage. Et dès que c’est nécessaire, au boulot ! Cela donne une souplesse difficile à avoir avec des vendangeurs classiques. Et puis, quand ils arrivent, ils boivent du coca ; quand ils repartent, ils ne jurent que par le Poyferré ! Nous en faisons des futurs consommateurs qui en convertiront d’autres… Que du positif ! Par contre, ils ont bon appétit : 4000 repas servis durant les vendanges… Nous traversons la route, puis un bâtiment encore en travaux (un chai à barrique) pour arriver au nouveau cuvier entièrement en inox. Ce côté froid, métallique est réchauffé par les murs enduits de chaux rouge-orangé (à refaire tous les ans, soupire-t-elle). Avant de partir déguster le 2004, nous passons à proximité du premier chai à barriques de toute beauté et très chaleureux grâce à l’utilisation du bois et des lumières. Nous arrivons dans une salle de dégustation lumineuse et très fonctionnelle: une grande table pour poser les échantillons des différentes barriques, et des crachoirs escamotables qui sortent par magie au gré des besoins. Un des murs témoigne du passage des personnalités venues avant nous: il sert de livre d'or où chacun note ses appréciations du moment. Je demande si je peux rajouter quelque chose. Non. "Juste les stars et les journalistes". Je lui demande si elle participe aux assemblages avec Michel Rolland. Oui, elle a juste le droit de regarder, mais c'est fascinant de voir le magicien opérer. Il se rappelle de tous les échantillons bus et des associations qu'il pourrait faire avec. Il a un récipient où un assemblage est déjà fait. Il goûte. "et si on rajoutait un peu de celui-là" en allant chercher un verre à l'autre bout de la pièce, il en verse un peu, et l'assemblage est transformé... Et le 2004, donc? robe noire violine opaque. Nez très mûr, gourmand, myrtille, mûre, cassis, épices. Bouche riche, séveuse, sur le cassis et la mûre. Les tannins sont veloutés et d'une belle densité. Finale longue toute en douceur sans aucune accroche... Très beau vin qui pourrait être bu dès maintenant avec beaucoup de bonheur! Nous avons passé avec Florence Cuvelier l'heure la plus sympathique et la plus joyeuse de notre séjour dans le Médoc. Ce petit séjour finit en apothéose! Merci, Madame, de votre accueil ! |