Les Vacances d'Eric, sur les chemins de La Passion du Vin

Jour 11

L’aiguille, 11 heures du matin : nous arrivons au bout d’une allée, et nous voyons ça :

et ça :

des bâtiments assez banaux en apparence, mais lorsque l’on rentre dans le premier bâtiment, l’on se rend compte qu’il est creusé dans le sol et que l’on n’en voit que le sommet !... Je ne sais pas si vous allez rendre compte de la topographie du cuvier. Voici quelques photos prises de différents points de vue afin de se rendre compte du lieu :

Vue d’en haut (un peu floue, désolé)

Vue du niveau inférieur :

On peut remarquer un cercle extérieur de barriques en bois tronconiques et un cercle intérieur de cuves inox. Le niveau normal du sol arrivant au haut des cuves, celles-ci sont remplies naturellement par gravité. Le chai dispose de pigeurs automatiques qui rentrent en action au moment où les levures ont l’activité la plus forte (avec la température la plus élevée). Ceux-ci se déplient à l’intérieur de la cuve et retournent le « gâteau de marc» afin d’extraire au mieux la matière. Dans beaucoup de châteaux, c’est le délestage qui est habituellement utilisé à ce moment (cela consiste à vider totalement la cuve de son moût et de le reverser une douzaine d’heures après sur le marc). Le pigeage est moins violent et permet une meilleure extraction avec plus de douceur.

En parlant de douceur, Georges, le maître de chai nous montre le système de thermo-régulation des cuves : il est pourvu d’un mélangeur qui tient compte de la température des cuves et qui envoie d’une façon progressive le chaud ou le froid afin de ne pas provoquer de chocs thermiques.

L’environnement est également bien traité, puisque le domaine possède sa propre station d’épuration afin de traiter les effluents du chai. En parlant d’écologie, le toit du chai est isolé par… de la verdure qui pousse sur celui-ci…

Comme tout château qui se respecte, le domaine dispose de deux chais. L’un, très proche du cuvier dont on peut régler la température à volonté. Il permet de lancer les fermentations malo-lactiques à volonté et d’avoir un vin prêt à déguster pour les primeurs du printemps. Sinon, l’autre chai à barrique se situe dans le bâtiment visible sur la deuxième photo, et qui communique d’une façon souterraine avec le cuvier. A l’origine, ce chai à barrique était le cuvier de la propriété. Et il ressemble à ça :

C’est un lieu où l’on se sent extrêmement bien, et le vin aussi, puisque d’après Georges, le vin qui en sort est nettement supérieur à celui du premier chai. En tout cas, les malos sont plus longues à se faire, puisque fin juillet, elles n’étaient pas achevées…

Mais passons à la dégustation des 2004 du domaine :

Seigneur d’aiguille : robe quasi noire, nez intense de myrtille et de vanille, bouche pulpeuse, onctueuse, pleine, très fruitée. Belle finale. Du bonheur en bouteille !!!

Aiguille : robe noire, nez plus racé et plus en finesse, toutefois d’une grande intensité ; bouche plus imposante, les tannins sont plus présents mais très doux, la matière est superbe, riche, crémeuse, d’une grande complexité . Que dire… On frôle le sublime… Vin superbe !

Nous goûtons ensuite quelques barriques de l’ancien cuvier. Elles confirment la grandeur du millésime. Pour Georges, 2004 est le plus grand jamais réalisé par l’Aiguille : les méthodes de culture et de vinification instaurées par Stéphane Derenoncourt commencent à porter vraiment leurs fruits (c’est plus ou moins ce que l’on m’a dit aussi à Larcis-Ducasse…).

Nous repartons enchantés de cette visite qui clôt notre « marathon oenophile »….

Que dire de cette dizaine de jours ?

Il nous paraîtrait maintenant difficile de passer des vacances loin de lieux viticoles, tellement ces rencontres nous enrichissent, autant par le palais que par l’esprit. Nous n’allons pas rediscuter de l’importance de l’homme par rapport au terroir, mais nous avons vraiment l’impression de rencontrer des hommes qui accouchent d’une œuvre, et l’on sent que ça ne se fait pas toujours sans douleur, même si le bonheur est au bout.

J’ai beaucoup repensé à l’interview de Stéphane Derenoncourt sur Elitewine : il disait qu’un certain nombre de châteaux médocains ne se remettaient pas suffisamment en cause, et qu’ils pourraient faire beaucoup mieux, et faire ainsi honneur à leur terroir exceptionnel. Après avoir visité les uns et les autres, je crois que les grands crus médocains devraient se pencher sur les recherches de Stéphane et sortir des sempiternels foulages, délestages, malos avant mise en barriques, soutirages trimestriels, et voir si d’autres méthodes ne permettraient pas d’obtenir de meilleurs vins… On aurait certainement des surprises… Mais il est vrai aussi que leurs domaines sont souvent 10 fois plus grands que ceux de la rive droite et que leurs méthodes ont un côté plus … industriel…

J’ai beaucoup apprécié la journée où j’ai dégusté les 3 Léovilles : Las Cases, le plus viril, Barton le plus équilibré, même s’il a énormément de charme, Poyferré le plus féminin et séducteur dans la jeunesse. Je n’ose imaginer le vin qui pourrait naître de l’assemblage des trois, tel qu’il pouvait autrefois : certainement sublimissime !!!

J’espère vous avoir donné autant de plaisir que nous avons pu en avoir. Comme vous avez pu vous en rendre compte, ce fut d’une intensité rare, et les moments d’émotions furent assez nombreux.

Le vin est tellement autre chose que l’addition de 13% d’alcool, 86% d’eau et 1% de divers et assimilés…

Merci d’avance pour vos commentaires : ils me motiveront pour recommencer l’année prochaine…

Que vive la passion du vin !

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