Les Vacances d'Eric, sur les chemins de La Passion du Vin

Jour 2

Nous avons rendez-vous à 12h à Saint-Séries chez Robert Creus (Domaine Terre Inconnue pour ceusses qui ne connaîtraient pas encore). Il restait donc une petite plage horaire pour voir un domaine conseillé par les deux Phil vendéens (85 et R.) : Grès Saint Paul. Je les en remercie profondément.

Monsieur Servière étant avec d’autres clients, c’est ce que je suppose son fils qui s’occupe de nous. Nous ne le regretterons pas : il connaît le domaine et les vins sur le bout des doigts et sait le faire partager.

Certains des vins dégustés ne sont qu’élevés par la propriété et sont vendus sous la marque « la grange Philippe ». Ils seront notés GP sur mon compte rendu…

Rolle 2004 (GP) : nez expressif sur les fleurs blanches et l’agrume, bouche fraîche très pamplemousse, bonne persistance. Très agréable !

Chardonnay 2004 (GP) : Beau nez de fleurs blanches et de miel, bouche d’une grande fraîcheur surprenante pour un Chardonnay du Sud, bonne persistance. Bon vin.

Sauvignon 2004 (GP) : nez peu expressif, bouche très citronnée, beaucoup de fraîcheur. Sympa, sans plus.

Libertine 2004 , 100% muscat petit grain(sec) : nez très expressif sur la rose, le pamplemousse, la pêche. En ce qui concerne la bouche, c’est une des expériences œnologiques les plus intéressantes que j’ai pu faire : on ne retrouve aucun des arômes cités au nez, mais des arômes de caillasse chauffée au soleil, des notes fumées, on a l’impression d’avoir de la pierre en bouche ! Vin à caser sur le fameux débat de la définition de la minéralité… Vin surprenant…. et bon.

Rosé 2004, 60% syrah 40% grenache : robe de clairet (issu de saignée), nez expressif sur le bonbon, la fraise et la framboise, bouche charnue, fraîche, très fruitée, belle persistance. Très bon rosé (on a l’impression de boire du vin, quoi…)

Syrah 2004 (GP) : robe rouge sombre, nez sur la réglisse, le poivre et la mûre, bouche gourmande, tanins fondus, arôme de noyau et de poivre, fin de bouche correcte. Bon rapport qualité prix (4€90).

Romanis 2002, 70% syrah, 20% grenache, 10% mourvêdre : robe sombre, nez complexe, mûr, très épicé (poivre, cannelle, réglisse), bouche charnue, sensuelle, épicée, belle finale encore un peu tannique (mais le vin est jeune et vient d’être ouvert). Bon vin !

Antonin 2002, 80% syrah, 10% grenache, 10% merlot : nez envoûtant sur des notes orientales, bouche charmeuse, riche, belle matière, finale longue sur les épices… Miam !!

Côté sud 03 (GP) 100% merlot (22hl/ha, 12 mois barrique) : nez surprenant sur les épices, le caramel, les fruits confits et le tabac blond, bouche onctueuse, riche, soyeuse, finale à l’avenant… Très bon vin !

Syrrhus 2002, 100% syrah : nez magnifique, confit, grande complexité, bouche massive mais très sensuelle, envoûtante, finale superbe, waoohh , quel vin! (qui a dit que 2002 n’était pas terrible dans le Languedoc ???)

Bohémienne 2004 (100% muscat petit grain, vendange passerillée non mutée) : nez de muscat confit absolument splendide, bouche onctueuse sans lourdeur aucune, très belle finale.  Un régal à un prix dérisoire (9€80).

Sévillane 2004 (Muscat petit grain muté): nez charmeur, profond, bouche très onctueuse, liquoreuse, avec un bon équilibre sucre/acidité, superbe finale. Très bon vin.

Rosanna 2004 (Muscat petit grain muté élevé en demi muids) : nez élégant, floral, bouche de SGN, avec beaucoup de gras mais d’une grande délicatesse (de la dentelle !) et d’une très grande complexité. Longueur quasi interminable. Superbe !

Autant dire que cette heure a été d’une grande intensité, et que nous n’avons pas regretté le détour. Nous devons filer : Robert nous attend.

Nous ne remercierons jamais assez l’inventeur du GPS qui nous a permis en quelques minutes d’aller de Grès Saint Paul à Saint Séries. Par contre, celui-ci (le GPS, pas l’inventeur) a un peu pédalé dans la choucroute pour trouver la rue exacte qu’il situe 10 mètres plus loin… Après avoir fait demi-tour, nous arrivons à bon port.

Si l’ami Robert est bien là pour nous accueillir, nous sommes en fait chez ses parents (le Papet et la Mamet) qui nous accueillent gentiment pour le repas de midi. A table aussi, la fille de Robert, et deux de ses neveux, élèves brillants de Grandes Ecoles devenus ouvriers viticoles le temps d’un été. Et deux invités surprises : P’titgarslahautsurlacolline, LPVien lui aussi de passage dans la région, et son père, qui vient de Montpellier (si j’ai tout compris). Une belle tablée réunie par la passion du vin. C’est un peu le miracle de ce forum…

Avec l’entrée faite par la mère de Robert (difficile à décrire, mais très jolie et très bonne), nous buvons un Godello originaire de la Galice, plus qu’agréable (franchement bon, même !). Il a tout : puissance aromatique, fraîcheur, bonne longueur. Slurp, comme dirait Robert…

L’IN du Mas Conscience que j’ai apporté paraît éteint à côté. Mais bon, il vient de subir 2-3 heures de voiture, un coup de frigo, pas l’idéal, non plus…).

Avec le plat principal (une daube de bœuf à l’orange, très très bon), on passe aux choses sérieuses : p’tit gars a amené une bouteille qu’il faut se dépêcher de consommer, le bouchon s’enfonçant depuis quelques jours dans la bouteille. Nous nous dévouons pour cette noble cause et entamons la dégustation de cette Mission Haut Brion 1959 : si des reflets cuivrés montrent une certaine évolution, la robe est encore sombre. Au plus, on lui donnerait une vingtaine d’années (elle en a 46 ). Le nez est superbe : cassis, fumée, cuir, tabac ; la bouche est pleine, riche, les tannins sont totalement fondus mais apporte une belle structure au vin qui lui permettrait encore de vieillir, en fin de bouche, le côté minéral du vin ressort avec ces notes de fumée qui signent le terroir de pessac. Impressionnant…

Nous changeons ensuite totalement de registre les 3 vins 2002 de Robert (Los Abuelos, Sylvie et Léonie). Je les trouve toujours aussi impressionnants de richesse et d’onctuosité. Est-ce encore du vin ? Nectar conviendrait mieux…

Robert nous décrit le programme de l’après midi. Tout d’abord visite d’un vigneron qui commence à faire lui-même son vin et que Robert suit de très près. Il veut que nous donnions notre avis sur sa production. Ensuite, visite du chai de Robert, de ses vignes et enfin, passage à la Croix St Roch premier domaine à avoir produit dans la région du Muscat non muté.

Direction domaine Bel-Crauze : nous dégustons chez ce nouveau vigneron (si je me souviens bien, pas pris de notes en direct) une barrique de merlot 2004 et une barrique de cabernet 2004 issues de vignes à très faibles rendements. C’est vraiment très bon. En gros, il faut imaginer Robert en train de faire du cépage bordelais, et on obtient ces petits bijoux noirs, concentrés, d’une richesse incroyable… Si ils font des primeurs, j’achète…

Nous avons goûté également un vin fini mélangeant merlot cabernet (à rendements plus élevés) et cinsault (sauf erreur) qui jouait plus dans le registre vin de soif, mais qui était très agréable. Bref, il faudra se souvenir de ce domaine qui fera sûrement parler de lui dans les prochaines années…

Nous refaisons quelques kilomètres et arrivons enfin au chai de Robert. Extérieurement, ça parait assez grand, mais quand l’on y rentre, on se dit qu’il ne pourra pas y rester encore pendant des années : c’est plein, archi-plein de barriques. Pour lui rendre service, nous commençons à les vider de bon cœur. Nous goûtons une barrique de Guilhem 03 (Robert, c’est déjà quoi, comme cépage ?), puis Sylvie qui ne sortira pas en 2003 (pas suffisamment au top), et enfin un assemblage Guilhem + sylvie qui donne une idée du vin qui sortira au final : somptueux. Nous passons ensuite à Los Abuelos 03 et 04 (très bien) puis à une cuve de Jus Soli qui traîne dans un coin (très bien aussi). Autant dire que l’on lutte activement contre la déshydratation (je rigole… on recrache tout !)

Au retour, nous visitons une partie des vignes de Terre Inconnue. C’est là que l’on se rend compte de l’importance du Papet qui passe une bonne partie de sa retraite à les chouchouter. On sent qu’il les aime : il en parle comme si c’était ses propres enfants.

Détour final à la Croix Saint Roch où nous dégustons des muscats atypiques (non mutés) où je découvre en plus des arômes habituels du Muscat des flaveurs de thym et de lavande. La dégustation finit en apothéose sur un moût partiellement fermenté de toute beauté et d’une longueur exceptionnelle…

Autant dire que cette journée fut, elle aussi, riche en découvertes et en émotion… Et qu’on ne but pas grand-chose au repas du soir.

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