Les Vacances d'Eric, sur les chemins de La Passion du Vin Jour 9 Le Médoc est tout de même une région étonnante avec ces châteaux aux styles très disparates qui se succèdent le long de la D2. Margaux, joue une sobriété relative et se tient un peu à l’écart. Il faut le chercher pour le découvrir un peu après cette église. Et vous tombez, derrière une grille, sur ça :
Bon, je vais sûrement en décevoir beaucoup, mais ça n’est pas par là que l’on rentre, et on ne visite pas le château. On dérangerait la maîtresse des lieux, Corinne Mentzelopoulos. En fait, on rentre par là, c’est pas mal non plus…
Il y a d’autres personnes qui attendent, et elles ne parlent pas français (ils sont allemands, apparemment). Et en voilà d’autres… Damned ! La guide nous réunit tous, et explique qu’elle fera la visite en deux langues, car plusieurs personnes ne parlent pas français. Nous allons tout d’abord dans une salle d’exposition où trône une maquette de la propriété. Elle raconte l’historique du château, puis donne la surface et l’encépagement du domaine. Je note avec surprise qu’elle donne dans la traduction la surface en acres, ce qui montre le professionnalisme de la dame… Nous visitons ensuite le cuvier, composé d’une trentaine de cuves tronconiques, dont certaines ont une cinquantaine d’années. Chose rare en Médoc : elles ne sont pas thermo-régulées. Il y bien des tuyaux inox qui longent discrètement le long des murs, mais ceux-ci ne font qu’amener le raisin du fouloir aux cuves. Ici, tradition oblige, c’est un pressoir vertical (qui doit dater au moins de la dernière guerre) qui est utilisé. Le chai de première année ne présente pas d’intérêt particulier, si ce n’est qu’il n’est pas vide au mois de juillet, ce qui n’est pas normal. En fait, ils ont eu une telle récolte 2004 que le chai de 2 ème année ne peut contenir toutes les barriques… Le chai souterrain de 2 ème année est un des premiers chais souterrains construits dans le Médoc. La moisissure recouvrant les murs voûtés et la lumière rare font oublier le béton brut, et on a l’impression que chai est là depuis toujours… Seuls le vacarme des humidificateurs en action quasi permanente rappelle que cette ambiance est artificielle. Nous faisons un petit tour à la tonnellerie, plus là pour la tradition et le folklore qu’autre chose : Margaux achète pour compléter sa production de barriques chez 10 tonneliers différents. Et c’est la fin de la visite… Ce n’est pas un oubli : IL N’Y A PAS EU DE DEGUSTATION !!! Cela ne nous est jamais arrivé ailleurs dans le Médoc. D’autant plus surprenant que les LPViens qui ont visité Margaux parlent de dégustation (et le propriétaire de notre maison d’hôtes nous l’a également confirmé). Etait-ce dû au nombre trop important de personnes (8 je crois) ? Nous envisageons d’envoyer un courrier (aimable) au château pour leur poser la question. Nous mangeons le midi au Savoie (restau à la sortie de Margaux). Rien à dire de particulier : c’est correct, sans plus. Idem pour le vin bu : un pouilly fumé de Ladoucette 2003, très acide pour ce millésime, et manquant vraiment de charme… Lynch-Bages : le bon point, c’est que nous ne serons pas nombreux pour cette visite. A part nous deux, il n’y a qu’un élève-sommelier qui travaille aux Caudalies (Smith Haut Laffite). Cela aura le défaut de rendre la visite un peu scolaire, car il a une fiche à remplir sur les caractéristiques de chaque château visité… Ben sinon, Lynch, c’est l’anti-margaux ! Nous sommes ici dans la modernité affichée : inox, carrelage blanc, pressoir pneumatique, thermo-régulation assistée par informatique, etc…Et c’est chébran : vous avez des œuvres d’art contemporain dans tous les coins et recoins. L’exemple le plus frappant, c’est l’utilisation de l’ancien chai de vinification en musée/galerie d’art : les cuves en bois sont toujours là et servent de faire-valoir aux œuvres alentour. Le tout dans un éclairage très chiadé… Trop fort !!! Et les vins là-dedans? Bon allez, on les goûte : (pris dans la salle de dégustation de Lynch-Bages
Ormes de Pez 97 (appartenant à la même famille), devenu cru bourgeois exceptionnel depuis peu : robe pas très intense, déjà bien évoluée, nez de prune, de terre et de cuir. Bouche ronde, séduisante, avec une bonne intensité aromatique. Fin de bouche correcte. Bon vin, prêt à boire. Lynch-Bages 99 : robe beaucoup plus sombre, nez de moka intense, un peu trop dominant. Belle matière en bouche, dense, assez soyeuse, les tannins sont bien fondus, la fin de bouche est d’une belle intensité, mais le tout reste plutôt monolithique, et manque de charme. A attendre. Direction Pontet Canet… (à 10mn en voiture). Tout d’abord le gag de la journée: nous retrouvons notre apprenti sommelier qui est autant surpris que nous !!! Se joignent à nous quelques autres personnes, dont des allemands (c’est reparti pour une visite bilingue !...) Si le château est du XVIIIème siècle, les bâtiments de vinification sont de la fin du XIXème siècle, construits par la famille Cruse. La propriété appartient à la famille cognacaise Tesseron (qui possède également Lafon-Rochet). A l’intérieur nous découvrons une charpente métallique de style Eiffel. Les cuves que nous voyons sont en bois et de forme tronconique. Ce choix est relativement récent. Pendant un certain temps, les gens de Pontet ont comme beaucoup craqué pour l’inox. Mais ils en reviennent. La moitié du chai est actuellement en réfection. Il est actuellement préparé pour accueillir d’autres cuves bois et des cuves en béton (si, si !!) Depuis peu, Pontet Canet est passé en bio-dynamie. Son régisseur, Jean-Michel Comme a fait des essais concluants dans sa propriété du Champ des Treilles à Ste Foy et il passe à grande échelle sur le château. La réception de la vendange se fait par petites caisses au premier étage, où sont déposées des tables de tri, l’égrappoir et le fouloir. Le raisin foulé tombe directement dans les cuves. Pour le reste, rien à signaler : tout se fait dans la grande tradition médocaine, et sous la houlette d’un certain… Michel Rolland Comment sont les 2004 ? Mes commentaires en exclusivité sur LPV… Hauts de Pontet 2004 : robe sombre aux reflets violacés, nez de mûre et de myrtille, bouche pulpeuse, tannins présents mais extraits en douceur, fin de bouche un peu sèche ? Pontet Canet 2004 : robe quasi noire, nez assez discret sur le cassis et les épices, bouche massive, mais aux tannins assez durs. Peu expressif aromatiquement. Difficile de faire plus austère. Vin fermé. Sur ces vins peu enthousiasmants, nous partons finir cette journée à Pichon « Baron ». Propriété de AXA-millésime, le château s’est donné les moyens de ses ambitions. Les anciens chais ont été rasés pour le remplacer par un chai de style pharaonique mais très fonctionnel. Le château :
Le Chai principal : Cela ne se voit pas de l’extérieur, mais le chai est circulaire. Toutes les cuves (en inox) sont réparties en cercle autour d’une cuve souterraine centrale, qui permet de récupérer le vin de presse, mais aussi de faire les assemblages sans avoir besoin de kilomètres de tuyau… Sinon, comme nous étions encore tout un groupe, il ne s’est rien passé de passionnant : la visite était tout ce qu’il y a de conventionnel… La dégustation : Tourelles de Longueville 2001 : nez fumé (silex), fruits mûrs, bouche ronde, assez fruitée, complexité moyenne, petite astringence en final. Vin agréable. Pibran 97 : nez évolué (humus, havane, fumée), bouche souple ; soyeuse, assez complexe aromatiquement, jolie finale. Bon vin, prêt à boire. Pichon Longueville 97 : Proche de Pibran en plus intense. Nez plus puissant et complexe. Bouche plus riche, élégante, avec des tannins soyeux. Belle finale, un peu sèche sur la fin. C’est un bon vin, mais on peut trouver nettement meilleur pour beaucoup moins cher… Fin de cette 1 ère journée en demi-teinte. Aucune des visites n’a été vraiment passionnante. Aucun vin ne nous a vraiment fait plaisir. Nous nous disons que si c’est pareil demain, nous ne sommes pas prêts de retourner dans le Médoc… |