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Les problèmes de la dégustation à l'aveugle

Envoyé par mauss 
Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 08:09:09
Comme il y a sur LPV de grands amateurs de musique, je peux penser qu'au moins quelques uns lisent régulièrement la revue Diapason.

Dans le dernier n° (5395), Jean Marie Piel y a écrit deux éditoriaux absolument fascinants sur l'aveugle appliqué à la musique :

a : d'abord sur le classement qualitatif d'oeuvres écoutées à l'aveugle (en référence à l'émission de Frédéric Lodéon sur France Musique)

b : ensuite sur l'appréciation de matériel "haute-fidélité".

je vais lui demander l'autorisation de reproduire ces deux éditos qui, appliqués au monde du vin, sont éblouissants de clarté, d'idées, d'intelligence, de modestie.

Vraiment fascinant.
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 12:05:43
avatar
ça sera très intéressant.
Ce qui m'étonne, c'est que si la vue conditionne le goût, pour l'oreille, je me l'imagine moins bien.
Boire un grand vin rouge dans une chope en grès me paraît impossible.
Mais entre écouter une oeuvre yeux ouverts ou yeux fermés, j'attends avec impatience cet article qui t'a emballé.
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 12:54:36
'Ce qui m'étonne, c'est que si la vue conditionne le goût, pour l'oreille, je me l'imagine moins bien. '

C'est exactement la remarque que je suis fait en lisant cela.

A suivre...

Jmm
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 13:13:22
François Audouze a écrit:
-------------------------------------------------------

> Boire un grand vin rouge dans une chope en grès me
> paraît impossible.
> Mais entre écouter une oeuvre yeux ouverts ou yeux
> fermés, j'attends avec impatience cet article qui
> t'a emballé.


J'imagine que dans ce cas l'expression "écouter à l'aveugle" signifie:
"sans savoir qui est le chef d'orchestre, l'orchestre, le soliste, l'ensemble, le chanteur, le lieu d'enregistrement, les micros utilisé, le mixeur, la marque du piano, l'origine du cuivre du cor, etc". Donc une musique écoutée à l'aveugle peut l'être fait "les yeux grand ouverts ou fermés".

Mais je me demande si ce n'est pas moi qui ne comprends pas la remarque de François et Jmm. Quand la réponse est trop simple, c'est souvent que l'on a pas saisi l'enjeu de la question!

Frédéric




Modifié 1 fois. Dernière modification le 26/08/06 14:31 par satristim.
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 14:44:03
avatar
si vous fermez les yeux, votre attention n'est plus détournée par le bruit visuel,
ergo vous écoutez / percevez la musique de façon plus intense ...


inconvénient, le moindre bruit parasite prend aussi une importance acrue parcequ'il est plus difficile de zoomer avec l'ouïe, les yeux fermés
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 17:54:09
Mea culpa : Satristim a compris mon mauvais français : il s'agit évidemment d'écouter, par exemple, une sonate de Beethoven sans savoir si c'est Horowitz ou Claudio Arau, ou s'il s'agit d'un steinway ou d'un bösendorfer imperial grand.

J'espère que Mr Piel me passera le droit de reproduire cet article, vraiment fascinant par sa clarté, ses nuances, son commentaire.
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 18:27:10
avatar
ce n'est vraiment pas difficile de savoir si une sonate de Beethoven est jouée par Arau ou Horowitz, tant leur style est différent ...

le Steinway a généralement un son plus brillant, surtout dans le registre médium-aigu qu'un impérial de Bösendorfer, mais là c'est plus difficile puisque entrent aussi en ligne de compte: l'état du piano, les microfones et la technique d'enregistrement

pour compliquer un peu Arau tire par son toucher un son Bösendorfien d'un Steinway, alors que Horowitz avec ses doigts électriques parvient même à faire étinceler une vieille passoire
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 19:00:38
Je le dirai plus facilement de S. Richter : même sur des pianos épouvantables, il arrive à en tirer de la musique : lui non plus, à "l'aveugle", on le reconnaît très facilement.
Il m'arrive, puisqu'on parle des sonates pour piano de Beethoven, de réfléchir parfois à la façon d'accompagner certaines d'entre elles avec des vins.
A brûle pourpoint, je siroterais volontiers la Hammerklavier par Richter (version Prague) avec un vin racé, fougueux, lumineux et un peu rugueux. Une dominante de sangiovese, e.g. Tignanello 90 (celui qui me vient à l'esprit), ou un cru bordelais tel Léoville Barton.
Avec Serkin, j'imagine un vin plus austère encore, plus acide, un Bandol de Tempier ou un Bourg de Clos Rougeard.
Pour Guilels, pour sa vision imposante, passionnante et maîtrisée à la perfection, j'imagine être en compagnie d'un Léoville Las Cazes, peut-être Lafite ou Latour. Le Haut-Brion 1985 dégusté récemment me revient en mémoire... quelle douce sensation !
Gulda... le génie visionnaire, la pureté de la ligne, la finesse et la liberté des formes, le tout encadré par un construction implacable : un Chambertin ou Musigny de Prieur.

En écoutant quelqu'un comme Serkin, où la beauté du son est secondaire, j'ai tendance à être moins sensible la qualité de l'émetteur, à savoir je ne recherche pas à tout prix le meilleur matériel. L'important, c'est le fond, ce qui est intangible, c'est le sens, la matière brute. Il en est de même avec le vin : peu importe après tout qu'on utilise le bon verre ou non, c'est la tructure du vin, la complexité naissance ou affirmée, son évolution, l'émotion apportée par un désir de rencontre avec le vin choisi qui m'intéressent le plus. Bien sur, si le matériel est à la hauteur de la beauté de l'interprétation ou si le vin est mis en valeur par des conditions appropriées, alors le bonheur est total.

Désolé pour cette disgression, parfois, malgré la raison, il faut que certaines idées sortent winking smiley

Phil

PS : je suis moi aussi un inconditionnel de l'émission "le pavé dans la mare", tout comme des dégustations à l'aveugle : des jeux forts délectables.
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 19:06:35
avatar
Et en écoutant Gould, tu boirais quoi? winking smiley

Un vin de Courtois, pour le côté dérangeant grinning smiley

Eric



Eric

Mon blog
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 19:15:22
Gould me dérange moins que Courtois!
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 19:27:21
… quand je disais qu'il y a de vrais fondus du classique sur ce site !

Justement, l'émission "le pavé dans la mare" va disparaître, et c'est cela qui a donné le motif de l'édito de JM Piel.
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 19:36:43
mauss a écrit : " quand je disais qu'il y a de vrais fondus du classique sur ce site !".

Il y a surement,au moins, un professionnel.smiling smiley
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 19:40:44
avatar
Richter, Guilels, Serkin, Gould ... quel bon choix! cela fait plaisir à lire winking smiley


et la Hammerklavier! ... de plus en plus sympa ce LVP grinning smiley
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 20:10:36
avatar
Puisqu'on en est aux grandes émotions musicales winking smiley

Les Goldberg par Perahia...

et la D960 de Schubert par Ashkhénazy hot smiley

Je pense que je reconnaîtrais les deux à l'aveugle grinning smiley (pour en revenir au sujet initial)

Eric


Eric

Mon blog
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 20:48:37
Je les ai, Eric. J'ai aussi Les Goldberg par Evgueni Koroliov qui valent le détour.

La D960 : depuis la version abyssale, baroque et hypnotique de Richer (Prague toujours), seule la version de Serkin m'a autant émue, par son épure. Là, je prendrais volontiers un Yquem 99.

Nous parlions de Beethoven, on parle de Goldberg... alors je pense évidemment aux Variations Diabelli : Richter, Serkin, Gulda, trio de choc, indétrônable,malgré une jolie version d'Anderszewski. Je goûterais bien un Soutard avec !

Gould... j'ai appris mon Bach en l'écoutant passionnément. Plutôt alors les vins de Foreau, car c'est par ce maître que j'apprends Vouvray. Avec les Goldberg par Gould, e.g. un verre de Réserve 89 pour savourer ce vin pendant toute la durée de cette oeuvre magistrale. Pour Courtois, je proposerais volontiers une oeuvre baroque voire de la Renaissance, avec instruments "d'époque", aux timbres acidulés, pour le côté flamboyant, original et rustique : dans ces musiques, il y a souvent au détour d'un air, de petits miracles sonores.

Mais on peut inverser le jeu : avec les grands pinots noirs de Bourgogne, je pense aux dernières oeuvres pour piano de Brahms.

Phil
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 21:38:18
avatar
Je vénère les diabelli de Serkin et j'avoue qu'Anderzewski est très intéressant (j'avais vu sa superbe interprétation sur Arte ). Avec soutard, ça doit pas être mal winking smiley

Si on vous dérange, vous le dites grinning smiley

Eric

Eric

Mon blog
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
samedi 26 août 2006 22:50:36
Eric,

Ne t'inquiète pas , d'autres doivent être comme moi et ne pas y piper grand chose, mais que c'est rafraichissant à lire...
Je me plais à imaginer ce à quoi peuvent ressembler ces oeuvres musicales en fonctions des vins proposés!

Amicalement

Vincent
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
dimanche 27 août 2006 00:50:38
Du grand Art : merci à ces passionnés.
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
dimanche 27 août 2006 11:54:47
Pour moi c'est Kings of Convenience et pinot noir
et Sufjan Stevens et chardonnay...

Docadn

Appuyez vous sur les principes, ils finiront bien par ceder.
Oscar Wilde
Re: Les problèmes de la dégustation à l'aveugle
dimanche 27 août 2006 12:13:19
avatar
J'avoue être bluffé par l'érudition et l'étendue des connaissances de certains.
ça m'impressionne.

Et immédiatement je me suis dit que je bois mes vins comme j'écoute la musique. Et l'image qui me vient, aussi bien pour le vin que pour la musique, est la suivante : je pousse ma barque qui repose sur la grève, je m'installe au creux de la barque, et je me laisse mener par le courant, et je jouis de ce qui se passe.

Ainsi, j'occulte la phase de reconnaissance du cépage ou du chef d'orchestre, je ressens la musique intérieure du vin ou du morceau pour comprendre pourquoi je vibre. C'est plus une démarche de jouissance que de purisme.

Quand j'écoute sur France Musique les émissions qui comparent les versions d'une oeuvre, je suis heureux d'être guidé pour comprendre les variations énormes d'interprétations. J'admire, mais ce n'est pas trop mon objet.

Il y a des musiques qui me font frissonner comme le font de grands vins.

Je suis plein d'admiration pour la qualité des contributions ci-dessus des passionnés de vins et de musique.
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