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LES FEMMES DE JURANCON

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Cheesecake a créé le sujet : LES FEMMES DE JURANCON

LES FEMMES DE JURANCON

Et si la roche mère, le totem de jurançon n’étaient point le poudingue de jurançon mais la femme béarnaise ? Si derrière les épaules carrées de troisième ligne de rugby, le physique imposant et les allures fières du vigneron béarnais se cachait un cœur d’artichaut et une sensibilité féminine.
La vraie force, les qualités viriloïdes ne sont-elles pas l’apanage des femmes en Béarn, ce qui leur confère aussi une beauté et un érotisme peu commun, en plus d’une redoutable efficacité à la vigne et au chai?

Toujours est-t-il que j’ai pu relever, inscrit dans les pas des figures d’autorité masculine de l’appellation, un réel dynamisme féminin dans l’appellation. Que ces femmes soient vigneronnes comme Anne Marie Barrère, Gisèle Bordenave ou Irène Guilhendou ; propriétaire active comme Yvonne Hégoburu au domaine de Souch, œnologue comme la très sympathique Bénédicte Lebec ; ou encore salariées de la maison de la route des vins à La Commande.

Les raisons de cette fausse impression de société patriarcale tire ses origines dans l’histoire locale.

Le Béarn a été indépendant jusqu'en 1620. Louis XIII, fils d'Henri IV roi de France et de Navarre, a annexé définitivement cette région à la France en permettant à cette population de continuer à exercer leur droit coutumier, les fors.

Il convient de retenir, jusqu'à la mise en œuvre du Code Civil (1804), 3 échelons importants dans les Pyrénées :

- La maison, « Ostau » était l'unité de base. Celle-ci représentait non seulement les murs, mais aussi les biens, le rôle social et le nom. Ainsi, « l’Oustau béarnais s’avère à lui seul une parfaite représentation du réel, une image synthétique de l’intégration des hommes au milieu naturel, à la culture locale et aux traditions. L’habitat comme le vin, plus encore que l’aspect du paysage, sont ici des révélateurs de l’histoire de la région, pour traduire de manière constante, de générations en générations, un style de vie et l’état d’esprit béarnais. En somme une incarnation du terroir. »

- La communauté, qui réunissait les chefs de famille d'un même village.

- La vallée d’Aspe

Le statut des femmes y était exceptionnel, par le droit de primogéniture.
Il s'agit d'un droit d'aînesse intégrale. Les familles, assez pauvres en général, constituaient un groupe autour de la maison. C'était leur patrimoine et il était impensable de le morceler entre plusieurs enfants.

C'est pourquoi seul l'aîné(e), l’aïnat, héritait de la maison. Le chef de maison, le "cap d'ostau", était responsable des cadets vivants sous son toit.

Une femme pouvait donc être héritière, devenir chef de famille, gérer les biens de son groupe et voter!

Quand une héritière se mariait, c'est son conjoint, l'adventice, qui venait vivre chez elle. Il apportait également une dot.

A propos du mariage d'une héritière, il faut également mentionner que la femme avait le droit de prendre un mari à l'essai!
Ils vivaient ensemble quelques temps sans être mariés pour voir s'ils s'entendaient suffisamment. Imaginons que le couple décide de se séparer et qu'un enfant ait été conçu durant cette période : c'est la communauté qui prenait en charge l'éducation de cet enfant.

Lorsqu'un cadet épousait une héritière, il ne pouvait transmettre son nom à leurs enfants. Ces derniers prenaient le nom de la maison. Ce n'est pas un régime patriarcal et la généalogie est loin d'être linéaire!

Avec la révolution, est arrivé le temps de l'égalité…

Tous les enfants devaient recevoir une part égale de l'héritage…
Mais en Béarn, le droit coutumier était tellement fort que la majeure partie des cadets renonçait à ce partage.

Les habitudes coutumières demeurèrent intactes au moins pour ce qui concernait la vie dans les maisons. Paris était un autre monde!

C'est surtout en 1804, avec l'apparition du Code Civil, que le droit coutumier disparaîtra petit à petit.

Aussi, dans la tradition agricole, c’est l’aïnat des garçons qui recevait la charge de poursuivre le travail de la ferme. Jusqu’il y a encore peu, l’activité était de la polyculture avec une part importante d’élevage et de culture de fraisiers. Jusqu’aux années 1950, les fruits de la vigne étaient amenés à la coopérative.

Ce n’est que dans les années 1980 que le mouvement des vignerons indépendants à pris son essor avec les célèbres Bru-Baché et Ramonteu, puis Hours, Larrieu et toute une jeune génération.
Les femmes ont alors profité de ce mouvement pour un retour à la terre, en même temps qu’émergeaient des femmes de vin au niveau national.
Mais c’est sans doute à Jurançon que l’esprit collectif a le mieux pris le pas sur le machisme ambiant qui règne encore dans la filière vitivinicole.
Peut-être que cela explique la très belle réussite promotionnelle de l’appellation et de la route des vins ces dernières années.

3 FEMMES DE VINS

- Anne Marie BARRERE, Domaine Barrère, Clos cancaillü, 64150 La Hourcade.

www.vins-jurancon.fr...

En 2004, j’avais déjà été subjugué par une cuvée d’assemblage tradition en moelleux issue de jeunes vignes en petits mansengs et de très vieilles vignes en gros manseng sur le millésime 2001. Une bombe aromatique et un vin équilibré, frais et digeste avec une très belle matière de grande maturité. L’élégance des sucres, sur le secteur de Monein dans cette cuvée d’entrée était tout simplement étonnant.
Outre qu’Anne-Marie Barrère possède un des plus jolis terroirs de cette partie de l’appellation et de très vieilles vignes, elle sait tirer la quintessence de ces dons de la nature par un travail accompli à la vigne et au chai.
Une vraie confirmation en 2010!

Domaine Anne-Marie BARRERE, Jurançon sec, Clos de la vierge 2010.
Belle robe jaune à reflets or
Très beau nez expressif, net, précis, premier registre floral (fleurs de verger). Puis sur les fruits mûrs à confits, les agrumes, le miel sec.
Le vin se montre rond, gras, doté d’une matière riche et traitée sans fard. L’équilibre est déjà là, fidèle au secteur, le vin s’exprime d’avantage sur la puissance que sur la finesse. Mais ici l’acidité tonique structure le vin et supporte des arômes de grande intensité. Le vin a beaucoup de réserve, ce qui lui assure une garde certaine. Grand vin de gastronomie. B+

- Gisèle BORDENAVE, Domaine Bordenave.

www.vins-jurancon.fr...

www.domaine-bordenav...

En 2004, Gisèle avait été une révélation lors d’une horizontale de l’appellation sur les millésimes 2001 et 2002 en sélection de purs petits mansengs en moelleux. Discrète et attentive à l’époque, efficace et pugnace à la vigne, elle est aujourd’hui totalement reconnue, par les restaurateurs et les cavistes mais aussi par un public averti.

Généreuse, elle organise régulièrement en famille des activités à caractère sociale où le vin joue un rôle de média, (concerts, courses d’attelage, slow food etc.…).

Contrairement aux clichés, ses vins n’ont rien de féminin. J’ai le souvenir d’un millésime 2001 puissant, riche, rôti aux arômes musqués uniques sur l’ensemble de l’appellation. Il lui reste à prendre encore d’avantage de risques, notamment dans une magnifique et pentue parcelle récemment acquise où affleurent des galets calcaires. Là elle envisage de sortir des schémas traditionnels pour planter en haute densité au-delà de 3600 pieds hectares.

Domaine Bordenave, Jurançon 100% PM, « Cuvée Savin » 2001, dégusté au printemps 2004, puis en décembre 2004, notes d’alors.
Robe or doré orangé à vieil or
Pointe de volatile au 1er nez. Puis le nez se montre puissant, extrêmement mûr, avec un fort caractère musqué évoluant sur les agrumes (grand marnier, cointreau, oranges sanguines et pamplemousse rosé). A l’aération Le vin exprime une franche minéralité, des notes d’épices poivrées, et de truffe.
La bouche est imposante, très grasse, puissante et riche. Le vin est plutôt bien construit autour d’une importante sucrosité, on l’aimerait un rien plus dynamique avec une acidité plus pointue encore. Nul doute que le temps lui restituera une certaine tension et toute sa minéralité quand le feu sera apaisé. Belle rétro olfaction sur les agrumes avec toujours cette note de fond sur le musc qui confère au vin un registre androgyne et sensuel. Finale savoureuse pour ce vin de caractère au potentiel énorme. Un vin très représentatif du terroir de Monein.

Domaine Gisèle BORDENAVE, jurançon sec, souvenirs d’enfance 2010.
Assez belle expression olfactive, sur les fruits mûrs et les fruits confits, notes miellées, beau végétal.
La bouche n’exprime pas encore tout le potentiel olfactif ressenti. On retrouve un beau registre végétal légèrement épicé. A ce stade, le vin manque de tension avec un léger creux en milieu de bouche, peut-être parce que l’acidité est très enrobée dans une matière riche et grasse. Ici, le vin s’exprime plus en largeur qu’en longueur. Il gagnerait à être carafé.

Ma préférence,

Irène GUILENDHOU, domaine Latapy.

www.vins-jurancon.fr...

Depuis Pau, en prenant la direction d’Oleron, après avoir dépassé la zone industrielle, dépassé Gan, et franchi pour la nième fois un rond point en sens giratoire qui vous donne plus sûrement le tournis que les contreforts des Pyrénées, on empreinte une route à gauche qui prend rapidement des allures de communale avant de finir en chemin à 4 x4 ou à tracteur.
On s’étonne de trouver au départ de cette route une imposante usine à miel de fructose comme un dernier vestige de la société de consommation !
Sur quelques hectomètres qui paraissent des kilomètres, on traverse des petites propriétés, des verts pâturages, des vignes déjà, des bois. Quand le chemin tourne, rétrécit et s'entrelace encore on arrive au détour d’une pancarte perdue à une ferme.

Là, heureux d'être arrivé, le visiteur n'a encore rien vu, tant qu'il ne s’est pas avancé un peu.

Une petite femme en bleu ou vert de ferme vous accueille et si vous n’êtes pas charmé par sa présence et son verbe chantant, vous restez ébahi devant ce coin de bout du monde.
Car, ici, devant l’étable, la parcelle de vigne d’un seul tenant vous aspire dans la pente qui vous invite à vous prosterner devant la grandeur noble de la chaîne des Pyrénées.
Devant vous, le paysage ouvert sur des vallons et des coteaux boisés s’imprime en vous mieux qu’une image de carte postale. Un chef d’œuvre de la nature.

domaine-latapy.com/w...

Si curieux ou accompagné vous poursuivez votre courte marche parallèle aux montagnes, vous découvrez les réalités du terroir et du sol. Une ancienne carrière de calcaire, un temps exploitée.
Un terroir unique sur l’appellation entre calcaire et flish, en fait une barre calcaire rocheuse dure supportant un argilo-calcaire et parfois un calcaire dégradé (ou en cours de dégradation).

Irène conduit son domaine en agriculture biologique sans pouvoir le revendiquer encore. En conversion biologique, l’accréditation est pour bientôt.
Ses vins élevés le plus naturellement possible ne voient jamais le bois aussi bien pour les jurançons secs que pour les moelleux.
Traités sans fard, ils sont parfois austères dans la toute première jeunesse, notamment en vin blanc sec, avant de s’exprimer tout en fruits, (pêches blanches, agrumes) en tension et en minéralité, (truffe blanche, notes organiques « pétrolées »).

Profitez aussi des gites, vous ne le regretterez pas et c’est un point de départ idéal pour explorer le vignoble, rayonner en étoile, découvrir Pau, la vallée d’Aspe, le cirque de Gavarnie, les Pyrénées voire s’aventurer en Espagne.
A moins que vous ne préfériez une retraite contemplative et un retour sur vous-même avec toutes les joies de la nature et de la gastronomie locale. Ce, sans avoir à souffrir des inconvénients du chemin de Saint Jacques de Compostelle.

DOMAINE LATAPY, Irène GUILHENDOU, « Passion » 2001, élevage cuve, CR extrait de la revue « Le Rouge et le Blanc », parution en 2005.
Robe or doré
Nez minéral marqué par des notes d’hydrocarbures, de craie, avec une pointe de réduction. Apparaissent ensuite les flaveurs d’agrumes (ananas) et de pêche blanche avec en arrière fond un végétal discret de type fenouil.
La bouche confirme la légère réduction. L’ensemble est riche, puissant mais reste équilibré. Belle texture douce pour ce vin parfumé révélant un délicat registre aromatique floral et des saveurs de pain d’épice. Si la finale se montre puissante, une pointe de gaz rafraîchit ce vin charmeur et de plaisir dont on aime la pureté de la matière et le très bon rapport entre acidité et sucrosité.

Cette année j’ai dégusté au domaine un très beau et pur moelleux « passion » 2004.

Domaine Latapy, Irène Guilhendou, jurançon sec 2001, dégusté en septembre 2011, à l'aveugle.
Beau nez expressif qui évoque un vin moelleux. Au 1er nez, pointe d’acidité volatile qui disparait pour laisser place aux agrumes, (cédrat, ananas) et à la mangue. Puis des notes de miel, d’encaustique, de cire à bois. Enfin, le nez se fixe sur un registre empyreumatique, (amandes grillées), des notes épicées fumées et de champignons, de truffe.
La bouche est vive, nerveuse, dynamique, extrêmement minérale. Le vin est stricte, tendu, et en dépit de la force de l’alcool, il est équilibré entre la puissance d’une matière riche, l’élégance et la minéralité. Le support acide est magistral et soutient des aromes à titre d’oranges amères et d’ananas victoria. Finale longue, suave avec une agréable sensation de sucrosité qui finit sur une belle expression minérale et une amertume de grande noblesse. Grand vin, dessiné au burin, traité avec franchise et naturel.

Santat!

A suivre….

En persévérant, j'arrive à me persuader qu’en tout homme il y a du bon. Il suffit de s’inspirer de la nature et des éléments.
En dernier recours, l’homme peut encore s’élever en levant le coude et sortir ainsi des pires labyrinthes.
#1

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oliv a répondu au sujet : Re: LES FEMMES DE JURANCON

Superbe texte qui mérite de figurer dans Le Meilleur de LPV ! (tu)
Bravo !

Oliv
#2

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