dégustation de prestige pour les 20 ans du groupe

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    bibi64 a créé le sujet : dégustation de prestige pour les 20 ans du groupe

    Préambule sur mes notations :
    0 = raté 1 = médiocre 2 = correct 3 = bon 4 = très bon 5 = excellent
    avec des demi points, des + et des – qui permettent d’affiner le jugement et de classer les vins entre eux.


    Le groupe de dégustation dont je fais partie a fêté ses 20 ans ; ses achats de jeunesse sont désormais théoriquement arrivés à maturité. C’est pourquoi le président nous propose une séance sur le thème des « plus prestigieuses vieilles bouteilles de la section ».

    Cette dégustation phare se décline autour de 2 thèmes, dont chacun aurait aisément pu constituer à lui seul un thème de soirée :
    • Horizontale Chapoutier 1997 (6 bouteilles)
    • Bordeaux GCC 1995 (6 bouteilles)

    Avec en bonus une 13e bouteille dégustée à l’aveugle, un 1er GCC de Bordeaux 1985.

    Nous commençons par l’horizontale 1997 des cuvées de Michel Chapoutier, avec 3 blancs et 3 rouges :


    Les plus perspicaces auront noté qu’il y a un intrus dans ce thème 1997…

    Avant de déguster, petit topo sur le millésime 97 dans le Rhône :
    printemps précoce, floraison précoce et sécheresse durant l’été. Globalement, tous les experts s’accordent à dire que c’est un bon millésime (3/5) au potentiel de garde moyen.

    Vérifions cela avec les travaux pratiques !

    St Joseph Blanc Les Granits 1997, Michel Chapoutier
    Cépage : Marsanne. Sélection des plus vieilles vignes sur les meilleurs terroirs.
    Vendanges manuelles.
    Sol : Coteaux granitiques très pentus.
    Vinification : Pressurage du raisin entier. Débourbage de 24 à 48 heures. Fermentation pour moitié en cuves et moitié en demi-muids.
    Elevage : sur lies pendant 8 à 10 mois, avec bâtonnages.



    Le vieux bouchon a fait des difficultés…

    La robe est ambrée.
    Le nez est ouvert, plutôt oxydatif, avec du coing, de l’encaustique et un léger rancio.
    L’attaque est souple. La bouche est souple, ronde, élégante, avec une petite tension et une petite amertume et fraîche. La retro confirme le nez et permet d’y ajouter un d’amande séchée.
    Apparition d’une petite note muscatée dans la finale saline assez longue.
    Conclusion : c’est intéressant mais pas grand.
    Note : 3,5/5

    Ermitage Blanc De L’Orée 1997, Michel Chapoutier
    Cépage : Marsanne. Vielles vignes (60 à 70 ans), rendements faibles.
    Vendanges manuelles.
    Sol : parcelle des Murets. Alluvions fluvio-glaciaires.
    Vinification : débourbage au froid pendant environ 24 heures. 50 % est vinifié en demi-muids avec bâtonnages réguliers, le reste en cuves.
    Elevage : sur lies avec des bâtonnages réguliers, 10 à 12 mois.




    La robe est un peu plus claire que sur le vin précédent, on est sur de l’ambré/doré.
    Le nez est ouvert, très joli, sur le miel, l’abricot sec, un léger grillé, de l’encaustique et une pointe florale que je n’arrive pas à préciser.
    L’attaque est souple et suave. La bouche est relativement ample, avec un côté un peu pâteux au début qui s’estompe grâce à une belle tension qui se fait ressentir, couplée à une belle sensation de salinité. En retro, on retrouve toute la complexité du nez avec en plus de la figue sèche.
    La finale est saline et aromatique, avec une très très belle longueur.
    Conclusion : c’est très bon, classe, avec une longueur exceptionnelle.
    Note : 4+/5

    Ermitage Blanc Le Méal 1997, Michel Chapoutier
    Cépage : Marsanne. Vielles vignes.
    Vendanges manuelles.
    Sol : coteau du Méal. Alluvions fluvio-glaciaires, avec de nombreux galets.
    Vinification : Pressurage du raisin entier. Débourbage de 24 à 48 heures. Fermentation pour moitié en cuves et moitié en demi-muids neufs.
    Elevage : 10 à 12 mois en fûts avec bâtonnages réguliers.




    La robe est dorée intense.
    Le nez est assez discret, avec un peu de miel et de pin des Vosges.
    L’attaque est souple et fraîche. La bouche est élégante, fine et fraîche. En retro, on retrouve le pin des Vosges et le miel, ainsi qu’une pointe épicée et un léger rancio.
    La finale est salivante, avec des salées de céleri et un côté noix. Très belle longueur.
    Conclusion : c’est très bon, élégant.
    Note : 4-/5

    Après cette belle triplette de blancs, qui se sont tous bien comportés sans signe de fatigue malgré leurs 22ans, il est temps de voir si les rouges ont aussi bien supporté les années en cave.

    Côte Rôtie La Mordorée 1997, Michel Chapoutier
    Cépage : Syrah. Vieilles vignes.
    Vendanges manuelles.
    Sol : micaschistes chloriteux et ferrugineux.
    Vinification : égrappage 100 %, vinification en cuve béton. Remontages quotidiens.
    Elevage : Vieilli entièrement en fûts de 225 L, avec une certaine proportion de fûts neufs, de 14 à 18 mois.


    La robe est pourpre brun, assez intense.
    Le nez est ouvert, sur le fumé, le jus de viande et les fruits noirs.
    L’attaque est souple et fraîche. La bouche est ample, aérienne, fraîche et tendue à la fois. L’aromatique est complexe et gourmande avec du cuir, des épices, du lard fumé et une note d’encens. En finale, on est plus sur la cerise à l’eau de vie et le jus de viande. Très belle longueur.
    Conclusion : c’est très très bon, jeune, énergique. Je me régale.
    Note : 4,5/5

    Ermitage L’Ermite 1997, Michel Chapoutier
    Cépage : syrah.
    Vendanges manuelles.
    Sol : au sommet de la colline de l’Hermitage, au lieu-dit l’Ermite. Terroirs très pauvres, pure arène granitique.
    Vinification : égrappage 100 %, vinification en cuve béton. Macération de 4 semaines à température <32°C. Seule le vin de goutte est gardé.
    Elevage : en fûts neufs et fûts d’un an pour un élevage de 8 à 20 mois environ.


    La robe est pourpre brun, d’intensité assez faible.
    Le nez est ouvert, et le mélange de cuir, humus, fruits à l’eau de vie et léger fumé donne fortement envie de goûter.
    L’attaque est souple et fraiche. La bouche est d’une élégance absolue, fraiche et soyeuse, tout en étant ample. A cette élégance répond un mélange fondu de fruits à l’eau de vie, de cuir, de léger fumé et de notes florales. La finale, aromatique et fine, est très très longue.
    Conclusion : excellent, voire fabuleux. Grand vin. Une grande émotion vinique qui sera forcément sur mon podium de 2019.
    Note : 5/5

    Nota bene : ce vin est encore à la vente sur la boutique en ligne de Chapoutier, pour la modique somme de 390 euros.

    Après avoir pu comparé l’effet terroir entre 2 appellations différentes de 1997, nous allons pouvoir comparer l’effet millésime en goûtant l’intrus de cette horizontale 1997 :

    Ermitage Les Greffieux 2008, Michel Chapoutier
    Cépage : Syrah.
    Vendanges manuelles.
    Sol : lieu-dit les Greffieux au pied de la colline de l’Hermitage. Terrasse d’alluvions glacières composée de galets roulés et d’argile.
    Vinification : égrappage 100 %, vinification en cuve béton. Macération longue.
    Elevage : 14 à 18 mois en fûts, un tiers de neufs et le restant en fûts de un ou deux vins. Pas de collage.


    La robe est pourpre , assez intense.
    Le nez est ouvert, sur les fruits noirs mûrs, un léger jus de viande et un léger fumé. On sent aussi un peu d’alcool volatile.
    L’attaque est ample et ronde. La matière est belle, acidulée, dotée d’une belle frzicheur et de tanins corrects. En retro, on trouve un mélange de fruits noirs, de poivre, de jus de viande, de cuir et de réglisse. Les fruits à l’eau de vie complètent le tableau dans la finale tannique de très belle longueur.
    Conclusion : c’est très bon, ça arrive à son apogée tranquillement. Ça peut se fondre encore un peu.
    Note : 4/5

    La première partie de cette belle soirée est terminée, sur un excellent bilan : tout est au minimum très bon, à l’apogée, sans fatigue. Aucune trace de lourdeur ou d’amertume dans les blancs. L’Ermitage de L’Orée a dominé les débats grâce à sa classe et sa longueur exceptionnelle. Cela a été le blanc préféré par la majorité des dégustateurs (11/15).
    Les rouges ont fait encore mieux, avec une très belle Côte Rotie encore jeune et énergique, qui est presque passée pour sauvage en comparaison du splendide Ermitage L’Ermite qui a été préféré par 15 dégustateurs sur 16 (un retardataire a râté les blancs :cheer: ).

    Nous ne relâchons pas le rythme, il est temps d’aborder la 2e partie de cette soirée de prestige, avec les Bordeaux 1995 (et le bonus Mouton 1985) :



    Petit topo sur le millésime 1995 à Bordeaux : hiver doux et pluvieux. Débourrement précoce. Floraison fin mai. Eté très chaud et sec. Vendage précoce, abondante et qualitative.
    Globalement, la presse et les critiques s’accordent à dire que c’est un très grand millésime (voire exceptionnel), homogène, au grand potentiel de garde. Vérifions donc cela sur pièce.

    Un seul blanc au programme :

    Château Smith Haut Lafitte 1995, Pessac Léognan Blanc
    Cépages : 90% sauvignon blanc, 5% sauvignon gris et 5% sémillon.
    Vendanges manuelles.
    Sol : 11 hectares de graves günziennes (sur 56 ha au domaine) .
    Vinification : fermentation en barriques (50% neuves, 50% 1 vin).
    Elevage : sur lies avec bâtonnages réguliers pendant 12 mois.


    La robe est jaune dorée intense.
    Le nez est ouvert, thiolé sur le cassis, avec une note pâtissière et un peu de fruits de la passion.
    La bouche est ample et fraîche, fruitée, et presque tannique. En retro, on retrouve le cassis (fruit + bourgeon), la passion, mais aussi du citron et du pamplemousse. Il y a une belle trame acide qui rend ce vin énergique et qui porte loin la finale aromatique.
    Conclusion : c’est très bon, énergique, et finalement encore très jeune. A l’opposé des notes de presse qui conseillaient de le boire avant 2012. Une belle surprise.
    Note : 4-/5

    La dernière ligne droite de la soirée se fera autour des rouges.

    Château Giscours 1995, Margaux 3e grand cru classé
    Cépages : 60% Cabernet Sauvignon et 40% Merlot.
    Vendanges manuelles.
    Sol : croupes de graves, altitude 17 à 20 m, orientées Est-Ouest.
    Vinification : cuves béton et inox.
    Elevage : élevage en barriques (dont 50% en bois neuf) de 15 à 18 mois.


    La robe est pourpre.
    Le nez est ouvert, sur le poivron, et le cuir.
    L’attaque est souple et fraîche et débouche sur une bouche un peu simple aux tanins corrects. La retro est dominée par le poivron, avec un léger fumé et des fruits cuits. Une touche de cacao fait son apparition dans la finale tannique de belle longueur.
    Conclusion : c’est bon, sans plus, et même un peu ennuyeux. En revanche, pas dépassé ou sur le déclin comme prévu par les critiques (JMQ ou RP), mais ça ne devrait plus s’améliorer.
    Note : 3/5

    Château Carbonnieux 1995, Pessac Léognan
    Cépages : 60% Cabernet Sauvignon, 30% Merlot, 1% Petit verdot, 7% Cabernet franc, 2% Malbec (hors millésime).
    Vendanges manuelles.
    Sol : graves profondes.
    Vinification : cuves béton et inox.
    Elevage : élevage en barriques (dont 50% en bois neuf) de 15 à 18 mois.


    La robe est pourpre et de faible intensité.
    Le nez est ouvert, sur le café, les fruits cuits et une petite note de sueur.
    L’attaque est souple et fraîche mais devient rapidement un peu asséchante. En retro on retrouve les arômes du bouquet, complétés par du poivron rouge. Ce poivron perdure jusqu’en finale, qu’il signe avec des notes de graphite et de fumé. Belle longueur.
    Conclusion : c’est bon, à l’apogée.
    Note : 3+/5

    Clos Fourtet 1995, St Emilion 1er grand cru classé B
    Cépages : 90% Merlot, 10% CS.
    Vendanges manuelles, 45 hL/ha.
    Sol : plateau argilo-calcaires.
    Vinification : fermentation alcoolique en cuve inox 28 jours. Puis fermentation malolactique en barriques (innovation de cette année 1995).
    Elevage : élevage en barriques (80% neuves) pendant 18 mois.


    La robe est pourpre avec des reflets tuilés, assez intense.
    Le nez est ouvert, sur le cuir, les fruits à l’eau de vie, une petite note pimentée et un peu de colle.
    La bouche est ample, fraîche et tannique. Aromatiquement, c’est discret : on retrouve les notes du nez complétées par du poivron et du fumé. En finale décèle des notes de bois frais (voire de très léger bouchon ?). Belle longueur.
    Conclusion : le nez est plus sympa que la bouche. Vin ennuyeux.
    Note : 3-/5

    Château Lafon-Rochet 1995, St Estèphe 4e grand cru classé
    Cépages : 61% Merlot, 39% CS.
    Vendanges manuelles.
    Sol : graves profondes et graves sur argiles.
    Vinification : en cuves inox thermorégulées.
    Elevage : élevage en barriques (50% neuves) pendant 14 à 16 mois.


    La robe est pourpre, intense.
    Le nez est ouvert et sympa, sur le bois précieux, les épices, un léger jus de viande et des fruits cuits.
    L’attaque est ample et ronde. Il y a une belle matière tramée par une petite amertume. En retro, on retrouve le bouquet ainsi qu’une pointe terreuse. La finale tannique est fumée avec une petite note végétale.. Belle longueur.
    Conclusion : bon mais un peu austère.
    Note : 3/5

    Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1995, Pauillac 2e grand cru classé
    Cépages : Cabernet Sauvignon (45%), Merlot (35%), Cabernet Franc (12%) et Petit Verdot (8%) (encépagement, car info indisponible pour le millésime).
    Vendanges manuelles.
    Sol : graves profondes, argiles.
    Vinification : en cuves inox thermorégulées.
    Elevage : élevage en barriques (50% neuves) pendant 18 à 20 mois.


    La robe est pourpre, intense.
    Le nez est ouvert, sur le caramel, les fruits cuits, le champignon, le cuir, l’humus et le fumé.
    L’attaque est ample et ronde. La matière est belle, fraîche et fondue, élégante. Retro complexe et assez gourmande sur les épices, les fruits noirs, le fumé, le caramel, le cuir et un léger jus de viande.Très belle longueur.
    Conclusion : c’est très bon, au début de son apogée. Enfin un Bordeaux rouge qui fait vibrer, il était temps...
    Note : 4/5

    Pour finir la soirée, un tenor servi à l’aveugle :

    Château Mouton Rothschild 1985, Pauillac 1er GCC
    Cépages : CS 75%, Merlot 12%, CF 10%, Petit Verdot 3%.
    Sol : croupes de graves.
    Aucune information trouvée sur la vinification et l’élevage.
    Illustration de l’étiquette: Paul Delvaux (1897-1994).




    La robe est pourpre tuilée.
    Le nez est ouvert, sur le bois précieux, les fruits rouges et noirs, le cuir, avec aussi un peu de poivron rouge et de menthol.
    L’attaque est souple et fraîche. La bouche est élégante, acidulée, fine et fondue tout en étant bien présente. C’est complexe : j’y trouve un côté sanguin, du cuir, du bois précieux, du menthol, du graphite, de l’orange sanguine et un léger fumé. Finale fondue de très belle longueur.
    Conclusion : c’est très bon à excellent, long, élégant, fondu et complexe. Il surclasse tous les 1995 bus avant. A l’apogée, et pour quelques années encore. La plupart des 16 dégustateurs ont trouvé qu’il était antérieur à 1995, et presque tous l’ont élu meilleur Bordeaux de la soirée.
    Note : 4,5/5

    La deuxième partie de la soirée, consacrée aux Bordeaux, aura été un peu cruelle pour la réputation des Bordeaux 1995. Le seul blanc a été une bonne surprise, mais les rouges ont été décevants et ennuyeux avant d’être sauvés par le Pichon Comtesse. L’ordre de service n’a peut-être pas joué en leur faveur, mais cela n’explique pas tout. Millésime surcôté ?
    Heureusement, la soirée a fini sur une très bonne note avec un Mouton à la hauteur de son rang, qui m’aura aussi permis de découvrir le peintre belge Paul Delvaux.

    Merci de m'avoir lu.
    Bibi
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