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Ruée vers l'Est : les bruxellois remontent de Montlouis à Chablis

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Ruée vers l'Est : les bruxellois remontent de Montlouis à Chablis 
 
 
 
Le périple alsacien réalisé il y a un an avec ce même groupe de potes nous avait après-coup donné envie de réitérer l'expérience un prochain jour. Dont acte. Je prends donc à cœur d'organiser un nouveau trip de quatre jours dans une région qui reste à portée de voiture de notre chère Belgique sans avoir à poser toute la semaine de congé. Je me décide à leur proposer un road trip d'ouest en est qui remonte de Tours à Chablis en passant par Cheverny et Sancerre. Y a de quoi se marrer 😊 … et accessoirement, c'est un petit cadeau d'anniversaire de moi à moi-même. On n'a que le bien qu'on se donne !

Bref, vous l'aurez compris, on commence les hostilités en région tourangelle. J'avais envie de proposer 4 domaines de 4 appellations voire même carrément de 4 sous-régions différentes. Sachant qu'on allait déjà tâter du sauvignon blanc à Cheverny et à fortiori à Sancerre, il fallait bien que je trouve un plan pour du chenin. Tiens donc, je crois me souvenir qu'il y a un petit domaine montant pas trop connu dans le coin … si on y passait ? (/modeblagueoff)
  
 
Domaine de la Taille aux Loups, Montlouis-sur-Loire

  
 
A l'époque où j'avais contacté le domaine pour fixer une dégustation, bien sûr, les choses étaient très différentes : le pilier fondateur, l'inébranlable Jacky Blot, était encore parmi nous. Apprenant le coup de tonnerre dans l'intervalle, je m'encours bien sûr de contacter le domaine en leur disant que je comprendrais tout à fait que la dégustation ne soit plus faisable. Mais rien n'en fut, on me répond qu'on nous recevra avec plaisir, comme Jacky l'aurait voulu. On se sent d'autant plus honorés d'être reçus au domaine, où l'émotion est peut-être encore décelable dans le regard de Jean-Philippe, qui nous recevra magnifiquement pour une dégustation intimiste et passionnante de 2h30. Rentrons dans le vif du sujet si vous le voulez bien.


La faute tout à la fois à une période de passage au domaine un peu dans le "creux de la vague" (relativement tard pour le millésime 21, mais trop tôt pour gouter les 22 en bouteilles – Rémus 22 est mis en bouteilles précisément ces jours-ci), et à la productivité plutôt faible du millésime 21, plusieurs cuvées en blanc ne sont plus disponibles à la vente (Michet, Mosny, Venise) et certaines plus à la dégustation (Rémus, Bretonnière, Venise). Qu'à cela ne tienne, vous verrez qu'on n'a pas été en reste.


On commence par un classique de la maison qu'on ne présente plus :


Triple Zéro, base 2020 (code inconnu)

Belle entrée en matière sur un effervescent à la bulle discrète comme habituellement, avec une aromatique précise et ô combien typée sur le chenin mûr mais sans excès, les notes de poire et de coing sont matinées d'une coque cireuse, presque pommadée, qui évoque (pour les amateurs de whisky à qui ça parlera) des aromatiques de vieux Clynelish ou Craigellachie. La longueur n'est pas énorme mais on prend bien du plaisir déjà avec cette bulle au beau rapport qualité-prix.
Très bien - / 15.5/20


Triple Zéro, millésimé 2012

On sait qu'il tenait à Jacky d'explorer le potentiel d'évolution sur lattes de ce qu'il a toujours appelé à juste titre son "grand vin pétillant". On le perçoit bien ici puisque le profil est en effet fort différent, sur de très belles notes d'évolution champignoneuses et forestières au nez, avec une mâche briochée et encore un beau coing en bouche. Plus tertiaire, moins frais et dans un style forcément moins apéritif, je dirais que qualitativement les deux se valent sur des équilibres bien sûr très différents. Comparaison édifiante en tout cas.
Très bien - / 15.5/20


Triple zéro rosé (base inconnue, probablement 2020 ? code inconnu)


À ma surprise mes amis le gouteront tous très bien (et en achèteront d'ailleurs) alors que personnellement je ne parviens pas à me défaire d'une réduction extrêmement tenace au nez, sur le chou à fond les ballons. On voit bien que au-delà de ça le vin doit certainement être très appétant puisque la bouche ne présente aucun défaut sur des gouts de dessert au fruits des bois et à la meringue, disons pavlova fruits des bois. En l'état difficile de me projeter mais un bon coup d'air ou un peu de patience devraient améliorer les choses. C'est peut-être d'ailleurs uniquement cette bouteille qui en souffrait.
NN


On attaque les blancs de Montlouis-Sur-Loire. A regret nous ne dégusterons pas les ex-Vouvray 2021 comme dit précédemment (et ça peut se comprendre), mais Bretonnière étant encore à la vente je déciderai sans crainte d'en acheter deux à l'aveugle, vu que le profil du millésime, très différent des précédents comme je vais tenter de vous l'illustrer, me plait plutôt bien.


Clos Michet 2021

Très pur, on est déjà très bien, le chenin fin est facilement identifiable. La conjonction du terroir chaud et "rond" avec le millésime frais arrive à un résultat équilibré, sur des notes de poire très pures, un côté yaourt très agréable (jusque dans la texture), des notes patissières et de verveine. La bouche n'est trahie par aucun sucre et est dotée d'une jolie trame acide, que le nez ne laissait pas forcément espérer. Ce sera d'ailleurs, comme vous l'imaginez, une trame commune.
Très bien - / 15.5/20


Clos de Mosny 2021


Proche, on voit bien la parenté, mais on monte d'un cran à tous les niveaux. Il y a ici plus de sésame grillé au nez (comme sur le merveilleux 2020 récemment chronique) et Jean-Philippe nous apprend que l'élevage seul ne peut en être totalement responsable puisque l'élevage est rigoureusement le même que sur Michet, qui ne présente pas ces notes quasi-bourguignonnes. La bouche présente ce même équilibre enchanteur entre notes "assimilables à des notes d'élevage" va-t-on dire et un éclat tranchant, cristallin, centré sur une belle acidité qui finira en pur jus de citron sur les gencives longtemps après. A l'aération, le nez se pare d'une belle complexité sur des notes glaiseuses et de végétal aromatique. Très belle bouteille, au potentiel certain.
Très bien + / 16.5/20


Les Hauts de Husseau 2021


On change d'univers. Dès le nez on a un équilibre tout à fait différent, moins enjôleur, ces notes d'"élevage" sont ici pratiquement absentes au profit d'une minéralité presque poudreuse, comme de la poussière de craie qui vole, qui part vers la gentiane, les agrumes, la fumée. Le tout est pour l'instant assez retenu, presque enfoui, mais très beau et d'une grande pureté. La bouche est classique du cru sur une énorme matière sèche quasi tannique autour d'une colonne acide vibrante, très longue, et très pure. Moins d'évidence aromatique mais le potentiel est, bien sûr, majeur.
Très bien / 16/20 mais grand potentiel à prévoir


Le millésime 2021 en blanc s'annonce très bon, sur des équilibres plus frais et acides que je n'ai l'habitude du domaine, donc avis aux amateurs de fraicheur. On est ici vraiment en présence de chenins "droits comme des i" qui ne font aucune concession au simplisme aromatique ou à la lourdeur de bouche.

Le contact avec Jean-Philippe passe très bien et il voit notre enthousiasme. On leur ferait pas goûter des trucs sous le manteau pour qu'ils apprennent un peu, les petits jeunes ? Ah nous, on ne va pas se faire prier ! C'est donc avec un grand plaisir qu'on se dirige ensuite vers une mini-verticale du Clos de Mosny, en commençant très fort par


Clos de Mosny 2017

Encaustiqué à fond, coing, propolis, truffe, pétrole, presque légèrement viandeux type salaison, la complexité aromatique est assez dingue. La bouche est nettement moins large que ce que le nez pouvait faire croire, extrêmement dynamique sur les terpènes, le coing, le propolis et une superbe acidité.
Excellent - / 17/20


Clos de Mosny 2016


On avait peine à croire qu'on pouvait monter encore d'un cran mais la voilà, la claque de la journée. Superbe définition aromatique entre évolution et jeunesse sur un profil proche de 2017 mais peut-être encore plus complexe, sur la violette, la truffe, le cuir, le camphre, le pain d'épices, tout ça amène, et c'est difficile à croire, vers une bouche d'une pureté simplement exceptionnelle avec une définition aromatique d'une précision jouissive et une sensation cristalline autour de l'eucalyptus et du citron vert scintillant, il y a ce bref instant de grâce où on sait pourquoi on a fait 6 heures de bagnole la veille en se tapant les bouchons de fin de journée à Bruxelles, tout ça n'a plus d'importance !
Excellent / 17.5/20


Clos de Mosny 2012


On perçoit bien l'ADN commun mais on revient ici vers quelque chose que je qualifierais de plus "classiquement chenin" avec une dominante aromatique sur les fruits blancs et jaunes mûrs, une belle impression "pommadée" comme souvent, pomme golden, belles notes d'élevage, ici le maitre-mot serait plutôt la gourmandise.
Très bien / 16/20


Clos de Mosny 2011


Le Mosny des origines ! Et c'est sur celui-ci que s'opère une vraie transition tertiaire qui cette fois-ci part à nouveau vers des territoires qui me rappellent Clynelish avec des notes cireuses, fermières, légèrement fumées, avec du champignon mariné, du végétal noble type céléri. La bouche est passionnante, incroyablement surprenante de complexité et de définition aromatique sur un festival d'épices, curry en poudre (mais pas du tout le curry de l'oxydatif), cumin, garam masala d'une intensité incroyable, et un cortège de notes racinaires qui à nouveau évoquent le céléri rave et la gentiane. Passionnant ! Profil unique et qui destine ce vin à des accords gastronomiques pointus.
Très bien + / 16.5/20


Jean-Philippe nous confie qu'il nous a "épargné le 2013 parce que c'était franchement …" et on devine la suite. "C'est si terrible que ça ?", demande-t-on, la curiosité piquée. "Faites-vous votre avis 😉"


Clos de Mosny 2013

On sent effectivement un vin légèrement éteint, on est bien un niveau en-dessous du reste. Mais il reste quand même du monde et de belles notes de bergamote sont bien là. La bouche est très acide et légèrement stricte, cependant aromatiquement il y a des choses intéressantes comme la cendre et le fromage blanc. Doit fonctionner très bien sûr un fromage de chèvre.
Bien +  / 14.5/20


Pour revenir sur un autre profil tertiaire et remonter au temps où Mosny n'était pas encore, Jean-Philippe décide de clore cette remontée dans le temps par un dernier très beau vin :


Clos Michet 2010

Sur un profil d'évolution tertiaire à nouveau passionnant, proche de Mosny 11, mais peut-être encore un peu plus complexe et plus austère. Grand cortège de notes racinaires et fumées, superbe empreinte minérale en bouche, très calcaire, finale sur les fruits secs après une présence en bouche monumentale.
Très bien + / 16.5/20


Il est temps de quitter les blancs pour nous attaquer aux rouges du Domaine de la Butte. Ces Bourgueil illustreront bien la versatilité du Cabernet Franc, qui n'est pas mon cépage favori, sur ce genre de terroirs.


Pied de la Butte 2021

Couleur plutôt peu concentrée, nez très lisible de framboise, poivron rouge mûr, betterave. Belle spontanéité de fruit en bouche, touche florale, finale épicée fraiche. Relativement simple mais très cohérent et belle entrée en matière.
Bien + / Très bien - / 15/20


Haut de la Butte 2020


Ah, là on cause. Il y a une profondeur florale et terreuse supplémentaire, c'est indéniable. La bouche commence sur un tanin plus sérieux mais retrouve très rapidement après un côté incroyablement juteux et aromatique sur la framboise fraiche, la violette et le paprika. Le nez à l'aération révèle de superbes notes de pivoine. Entre Pied de la Butte et Mi-Pente, ce Haut de la Butte est pour moi en l'état le compromis idéal entre profondeur et immédiateté de plaisir.
Très bien + / 16.5/20


Mi-pente 2020


Concentration et profondeur sont ici les maitre-mots, étoffe bourguignonne au nez mais extrêmement dense, pas encore totalement lisible, sur des touches balsamiques appuyées ainsi que des notes terreuses et de cuir. Bouche florale, poudrée, à la texture magnifique et à la grande profondeur, minéralité "noire" que je ne saurais mieux définir, ici à l'exact inverse de HdB le tanin se construit crescendo et non pas decrescendo, ça commence fin mais ça prend un grain et une place dans la bouche qui deviennent gigantesques à force de le mâcher. Il y a moins de "jutosité" et de plaisir immédiat mais c'est potentiellement une grande bouteille en devenir, grande garde assurée.
Très bien / 16/20 mais potentiel majeur


Allez, vous prendrez bien quelques sucres avant de partir, faudrait pas faire une syncope ! (Je précise qu'on n'a toujours rien avalé de la journée 😊)


Moelleux 2020

Contraste entre un nez assez discret en l'état et une bouche superbement expressive (ce sera une caractéristique commune à tous les sucres d'ailleurs, peut-être qu'on ne leur laisse pas assez de temps ? peut-être qu'on a les narines qui saturent ?). Ici la bouche est une quintessence de ce que je désigne peut-être à tort comme les "notes d'élevage" dans Mosny par exemple, c’est-à-dire magnifique cortège d'amandes caramélisées, pop-corn, et beau fruit sur la pomme mûre. Miam !
Très bien / 16/20


Cuvée des Loups 2018


Plus riche et plus doré en couleur d'ailleurs, doré en aromatique aussi en fait, pomme golden, joli rôti, mais n'a pas ce côté "élevage" pour lequel je craque sur le précédent. Un peu simple mais le plaisir est bien là.
Bien + / Très bien - / 15/20


Romulus 2020


Très beau, digeste malgré sa liqueur, notes d'abricot sous-jacentes sur lesquelles se greffent des nuances mellifères, résineuses.
Très bien / 16/20


Bretonnière Moelleux 2003


Quelle magnifique manière de clore cette dégustation de rêve ! Cette bouteille, je dois dire, dépasse les autres sucres dégustés d'une bonne tête. Sa complexité aromatique est merveilleuse et d'une grande fraicheur (en plus au vu du millésime, ça doit être le terroir qui parle !) sur des notes d'agrumes et de violettes cristallisées qui rappellent de grands riesling SGN, avant de finir sur une note de tarte tatin d'une précision diabolique, rappelant qu'ici, c'est, c'était, et ça restera le royaume du roi Chenin.
Excellent - / 17/20


Quelle dégustation ! Nous repartons enchantés, encore mille mercis au domaine et en particulier à Jean-Philippe pour ce moment privilégié, de savoir que ce domaine mondialement couru nous accueille encore nous, petite bande de jeunes de 27-28 ans, avec cette qualité d'accueil … Respect ! Il ne fait aucun doute que le domaine a encore un futur splendide devant lui et qu'il a toutes les cartes en main pour entamer cette nouvelle étape de son histoire.

La suite arrive ... ;)

Brieuc
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15 Jui 2023 09:54 #1

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Le lendemain, cap sur Cheverny pour un domaine dont plusieurs membres de notre petit groupe sont tombés amoureux pour certains rouges il y a quelques années. En réalité, deux d'entre nous cinq sont déjà venus au domaine il y a trois ans, et c'est via eux que le reste de la bande avait découvert, les yeux écarquillés, la magie d'un grand pinot méconnu en la présence d'un magnum d'Ouvrage 2013 à tomber par terre.

Vous l'aurez peut-être deviné, nous nous rendons au

 
 
  Domaine des Huards, Cour-Cheverny
 
 
 
Nous commençons la dégustation sur un mode d'accueil qui initialement nous intimide un peu je crois, très différent de la veille : Olga, qui nous reçoit, veut nous tester, presque nous diriger. Elle se dit peut-être "voilà une bande de petits jeunes qui sont peut-être arrivés chez moi comme ils auraient pu arriver dans n'importe quel autre domaine, on va voir ce qu'ils valent". Ou simple affaire de tempérament, je ne sais pas. Toujours est-il qu'elle se montre, au début, un peu rigide, voire un peu professorale, nous servant à l'aveugle un vin à la robe gris-rose et nous demandant tout de go d'en faire une analyse organoleptique et de dire ce qu'on pense que c'est. On s'exécute.

Le vin est gris-rose très pâle, le nez est bien défini sur des notes de groseilles assez typique mais avec quelques flash de fruit rouge un peu plus mûr et presque un côté légèrement patissier. Le contraste avec la bouche est intéressant dans la mesure où cette dernière est, à l'inverse, sur un équilibre totalement "blanc", sans fruit rouge, sur du pur agrume avec une trame acide importante. Rafraichissant et bien fait, sans plus de complexité que cela. On suggère du bout des lèvres un rosé à base de pinot, de gamay, ou d'un assemblage des deux. Il s'agit bien d'un 95% PN – 5% Gamay vinifié en rosé de pressée / blanc de noirs.
Bien + / 14.5/20

Cheverny rosé, Prose 2021



À mesure que la dégustation avance, les échanges vont se dérider et gagner en spontanéité. On enchaine sans transition sur des cuvées particulièrement plébiscitées par les amateurs pointus, vous aurez deviné qu'on parle du cépage roi du coin, le Romorantin. Ceux qui connaissent le cépage savent à quel point il est potentiellement extrême et clivant. On goutera les deux cuvées du domaine sur le même beau millésime : 2019


Cour-Cheverny, Romo 2019

Aaaah le Romorantin. On aime ou on déteste, effectivement. Pour moi ce cépage est vraiment l'idée platonicienne ultime qu'on peut se faire d'un vin "nordiste" : acidité très importante, sens de la "verticalité", tout en longueur filiforme et acérée sans la moindre largeur ou le moindre gras, tendu, long, minéral, austère. A jeun et "au débotté" après juste un rosé d'apéro c'est un peu challenge mais personnellement j'aime beaucoup, on a une vraie complexité aromatique proche de certains Riesling très austères, pierre ponce, craie, citron vert, céléri, énorme tension et impression de matière sèche colossale sur la langue. Ce truc doit pouvoir tenir 15 ans sans prendre une ride.
Très bien - / 15.5/20


Cour-Cheverny, Vieilles Vignes "François 1er" 2019


Du grand potentiel mais il va falloir attendre qu'on se fonde vers un profil moins extrême. En l'état l'équilibre est proche du "simple" Romo 2019 mais un peu moins facile d'accès, les curseurs sont poussés à l'extrême : encore cette austérité terpénique, très minérale et très acide avec une empreinte quasi tannique sur le milieu de la langue, mais ici se pointent également des notes de fruits exotiques et déjà des nuances mellifères. Il va falloir faire le trait d'union avec l'énorme austérité de texture car en l'état c'est encore très fougueux et assez enfoui. Aucun doute qu'une garde prolongée ne lui fera pas peur, que du contraire même.
Bien + / Très bien - / 15/20


On passe aux blancs de l'appellation Cheverny, qui sont donc très différents puisqu'en assemblage Sauvignon-Chardonnay (parfois complétés par des cépages accessoires). La question se pose de savoir si c'est vraiment optimal de les servir en dégustation après les romorantins, car il est indéniable que les Cour-Cheverny ont une structure beaucoup plus imposante.


Cheverny blanc, Pure 2020

Pas convaincu, et il est clair qu'on peut trouver de biens meilleurs rapports qualité-prix (16.5€ tout de même !) en dominante sauvignon en Loire, a fortiori en Touraine. Peut-être une bouteille pas très en forme mais cette cuvée est l'exemple type du fait que le domaine propose de bien meilleurs rapports qualité-prix sur ses cuvées haut de gamme que sur les bases (je reviendrai là-dessus en conclusion). Fruit jaune relativement simple sur la pomme jaune et les agrumes mais sans trame particulièrement appétante, et renfrogné par des notes de pneu/caoutchouc. Je passe
Assez bien / 13.5/20


Cheverny blanc, La Haute Pinglerie, 2018


Sol argileux, vieilles vignes et élevage bois pertinent : c'est le jour et la nuit. Ici on retrouve immédiatement le sourire grâce à ce profil inconditionnellement gourmand. Tout est fait pour arriver à un Cheverny Blanc "sexy", argiles et élevage sous bois amènent un très beau gras qui sied à merveille à l'aromatique opulente, plutôt baroque sur la tarte citron meringuée, la crème vanille et la mangue mûre, finalement proche d'un équilibre de joli Bordeaux Blanc. L'acidité centrale tient bien l'ensemble et évite toute lourdeur. Très beau vin, que certains pourraient qualifier d'un peu techno (… qu'est-ce que ça veut dire exactement encore ?), mais qui est indéniablement charmeur. Une qualité qui a également sont prix (24.5€), mais qui comparativement est une bien meilleure affaire que Pure.
Très bien / 16/20


C'est parti pour la troisième et dernière phase de cette dégustation, qui est, on ne s'en cachera pas, celle que notre groupe attend le plus : les rouges. Tous en appellation Cheverny, ils sont donc des assemblage Pinot Noir – Gamay dans des proportions variables, mais toujours en dominance Pinot. Olga nous confie que cette obligation du cahier des charges reste une frustration au domaine, qui aimerait faire valoir son savoir-faire sur du 100% Pinot Noir, considérant que le Gamay n'apporte rien au type de vins qu'ils souhaitent produire (ce qui est différent de dire que le Gamay est inutile dans toute l'appellation, notez). Je suis assez d'accord avec elle puisqu'à chaque fois que des rouges m'ont bluffé chez eux, c'étaient pour leurs qualités … de beaux Pinot. Bref. De là à quitter l'appellation pour faire du 100% PN en VDF, ils ne l'envisagent pas du tout pour le moment. Et on verra que parfois, le jeu des devinettes des pourcentages n'est pas si facile.


Cheverny rouge, Envol 2020
60% PN – 40% Gamay

Même "syndrome" que d'autres cuvées du domaine : le rapport qualité-prix des entrées de gamme (16,5€ à nouveau ici) est défavorable quand on les compare aux "grandes" cuvées qui ne coutent pas beaucoup plus cher (ceci dit c'est plutôt rare dans ce sens-là, hein la Bourgogne ! ;)). Le gamay semble fort présent dans l'aromatique finale, beaucoup plus que sur les autres rouges du domaine, sur un profil très/trop jeune et très/trop simple, trait végétal, gamay variétal sur la prunelle, réglisse, caillou chaud, peu complexe et pas très fin.
Bien / 14/20, mais sans plus en l'état


Cheverny rouge, Le Pressoir 2020
80% PN – 20% Gamay

On monte déjà d'un bon cran comparé à Envol, ici c'est plus fin, clairement un peu plus pinotant (il y en a d'ailleurs plus dans l'assemblage, jusqu'ici ça semble logique) mais sans être non plus une "évidence de pinot" je dirais. Croquant sur un profil de framboise et autres joyeuses saveurs printanières simples mais efficaces. Bon équilibre en bouche, peu tannique mais sans manquer de concentration pour autant, jolie acidité sans trop en faire. Bref une jolie dominante PN croquante sans chichi, bien fruitée.
Bien + / Très bien - / 15/20


Olga range les deux bouteilles et sort les deux dernières, cette fois-ci sur des millésimes un rien plus anciens. Difficile de comparer donc tous les vins sans interférence puisque les millésimes diffèrent.


Cheverny rouge, Le Vivier 2019
70% PN – 30% Gamay

Et là, ça y est on décolle. Après Envol relativement décevant et fort simple sur un profil dominé par le gamay, Pressoir était déjà meilleur sur quelque chose de plus évocateur du beau pinot. Ici avec Vivier ce n'est plus l'évocation du beau pinot : c'est l'idée-même, on est en plein dedans. On a ce merveilleux profil "profond" des meilleurs rouges du domaine (déjà croisé cette impression sur Ouvrage 2013) de fraise des bois écrasée, pétales de fleurs mauves et bleues, terreau humide marqué, superbe aromatique "pleine". Quand on pense que, à 20€, ce n'est "que" 3.5€ de plus qu'Envol alors que l'écart de qualité est à mes yeux gigantesques, ça fait réfléchir. Du coup, sans surprise, j'achète 😉

C'est pour ce vin que je disais tout à l'heure que le jeu des devinettes de l'assemblage n'était pas si simple : il y a ici un taux de PN qui est intermédiaire entre Envol (très typé Gamay) et Pressoir (typé PN mais pas non plus explosif), alors que ce Vivier est à l'évidence le plus pinotant des 3. Olga attribue cela à un facteur intéressant : la parcelle de Pinot utilisée spécifiquement pour le vivier est une parcelle protégée des vents frais et dont la structure en cuvette concentre l'exposition solaire pour arriver aux grappes de pinot les plus mûres et solaires du domaine. Eh bien ça se sent, et c'est une merveille.
Très bien + / 16.5/20


Et on finit sur la grande cuvée du domaine …


Cheverny rouge, Ouvrage 2018
95% PN – 5% Gamay – Élevage bois plus long

Superbe également, mais après le charme aromatique fou du Vivier il y a dans cet ouvrage plus de retenue, quelque chose qui se livre moins immédiatement. Le nez est fin, plus acidulé, sur les fruits rouges, la grenade, mais on le sent encore un peu sur la retenue. La bouche est en revanche magnifique et contient toutes les promesses d'une future grande bouteille (comme à chaque fois ?) sur un tanin extrêmement fin et velouté, et un profil de pinot unique avec la framboise, les notes balsamiques, la trame acidulée superbe et ces notes de grand café peu torréfié qui sont ravissantes.
Très bien + / 16.5/20


J'avais dit qu'on finissait ? Oups, j'ai oublié une dernière pour la route …


Cour-Cheverny, Vendanges Tardives "JM Tendresse" 2016

Très bon, on peut être rétif à l'idée de faire du moelleux avec le Romorantin quand on connait son aromatique en sec mais en réalité c'est évidemment sa haute acidité qui lui permet de donner naissance à des vendanges tardives de grand équilibre. On est proche de l'équilibre d'un Riesling VT de terroir austère type Ribeauvillé avec encore la grande minéralité presque âpre et tannique du Romo, les agrumes, la fumée, mais un beau sucre pour enrober tout ça, pour un rendu final assez cristallin. 28g SR/L.
Très bien / 16/20


On repart avec le sourire et la certitude que le domaine se trouve toujours assez haut dans la hiérarchie de ses appellations respectives, ça ne fait aucun doute. Deux remarques cependant :

- Les prix ont augmenté progressivement et de façon assez marquée ces dernières années. Certains vont dire "comme partout", et c'est vrai. Certains vont dire que ça reste quand même, toute proportion gardée, de bonnes affaires, et c'est sans doute encore vrai, mais pas sur toutes les cuvées. Je persiste à considérer que pour trouver un niveau de qualité comme celui d'Ouvrage (à maturité) en Bourgogne, il faut dépenser en moyenne minimum deux fois plus. C'est sûr. Mais le domaine en a conscience, et Ouvrage a pris près de 6€ (passant de ~19 à ~25) en 3 ans. Il va falloir voir où cette dynamique va s'arrêter.


- En revanche, il est indéniable que sans comparer à d'autres domaines ou vignobles, en interne de la gamme, les rapports qualité-prix sont disparates. Et c'est sans doute rare que ça aille dans ce sens-là mais la conclusion que j'ai est que les entrées de gammes sont globalement de mauvais rapports qualité-prix (Romo excepté) : je ne me verrais jamais mettre 16.5€ dans Prose, Envol ou Pure, a fortiori quand on voit ce qu'on peut avoir encore en Loire pour ce prix là, dans Romo par contre je peux l'envisager sans souci. En revanche, à quelques euros d'écart, à l'autre extrémité de la gamme, c'est le contraire, ce sont clairement des affaires à prendre : Vivier à 20€ et Ouvrage à 24.5€ sont de solides achats.


Revenons deux paragraphes plus haut … j'écrivais " le domaine se trouve toujours assez haut dans la hiérarchie de ses appellations respectives". "Comment le savez-vous, jeune homme ?" me demanderez-vous certainement face à cette assertion gratuite ? Eh bien parce qu'en sortant de la visite du Château de Cheverny le lendamain, on fera un petit stop à la …
 
  
Maison des vins de Cheverny
 
 
Structure oenotouristique très bien faite, la Maison se trouve littéralement juste en face de l'entrée du château et draine quantité de touristes. C'est une affaire qui roule. D'autant que le concept est très bien exploité : pour 7€, on achète un verre et la possibilité de gouter 7 références au choix (doses de ~4 cl je dirais) de façon automatisée grace à un système de puce sous le verre et des structures murales d'où sortent des buses de service qui vous versent le vin de votre choix. La maison dispose je crois de plus de 150 références de très nombreux domaine en Cheverny (3 couleurs) et Cour-Cheverny (dont quelques moelleux). Petit compte-rendu à la volée des quelques références goutées, dont certaines on piqué ma curiosité pour de potentielles futures visites :


Domaine de Montcy, Cheverny blanc "Clos des Cendres" 2020

Beau nez pomme Golden et fleurs blanches et jaunes, pointe d'élevage intégrée qui crée les attentes envers une bouche effectivement crémeuse à l'entrée mais qui se resserre sur une très belle acidité agrumique suivie d'une très belle longueur.
Très bien - / 15.5/20


Clos du Tue-Bœuf, Cheverny blanc "Frileuse" 2022


Nez plein, un peu solaire avec des touches de fruits exotiques, la bouche présente un profil étonnant, rarement vu ailleurs, sur les épices avec un très gros extrait sec quasi tannique et des notes de fruits exotiques. Original et très convaincant.
Très bien - / 15.5/20


Domaine de Veilloux, Cheverny blanc "Argilo" 2019


Bon mais un peu monolithique sur la pomme Golden, bouche large effectivement suggestive de son sol, n'a pas l'énergie d'autres bons Cheverny blancs alors qu'il fait partie des plus chers, rapport qualité prix discutable par conséquent.
Bien + / 14.5/20


Domaine Le Portail, Cheverny rouge "La Moniale" 2022


Vraiment pas top, il a souffert d'une réduction invincible sur la salade de chou chinois, notes de gamay végétal, bouche aux tanins franchement rêches, difficile de trouver du plaisir en l'état.
Moyen / 12/20 (potentiellement ED mais ça pose la question du type de contenant qui se trouve derrière ces murs reliés à ces buses, cubi ? bouteilles comblées à l'argon automatiquement ?)


Domaine de Veilloux, Cheverny rouge "Les Veilleurs" 2019

Autant avant on était sur la réduction, ici c'est plutôt le contraire mais ça lui va à ravir. Super nez très fruité sur la fraise trop mûre et la confiture de cerise dans le chaudron, la combinaison du fruit solaire et d'une toute petite oxydation qui lui va bien rappelle des beaux grenaches fins. Bouche suave tout en fruit mais déjà un peu évoluée, fraise mûre, pointe d'alcool, juste ce qu'il faut d'acidité, c'est très gourmand et sympa.
Très bien - / 15.5/20


Clos du Tue-Bœuf, Cheverny rouge "La Gravotte" 2022


On est vraiment bien, mais sur un style opposé. Robe très pâle, nez initialement timide avec des notes de cirage et réglisse élégantes puis petits fruits rouges, mais c'est en bouche que la magie opère sur le sirop de fruits rouges léger, framboise, un côté parfum de jeune fille, églantier, belle acidité, moins simple qu'il n'y paraît dans ce style infusé. J'hésite entre 15 et 15.5, en tous les cas je retiens à nouveau une proposition très originale de ce domaine qui pique ma curiosité.
Très bien - / 15,5/20


Domaine de Montcy, Cheverny rouge "Louis de la Saussaye" 2020


Superbe clôture de dégustation, ce Cheverny rouge est ravissant sur une framboise comme je n'en ai simplement jamais vu dans un autre vin, en tout cas pas de façon aussi précise. On voit littéralement la framboise sur sa tige, prête à être cueillie. C'est bluffant. La bouche est dans la même idée. C'est pas forcément complexe mais c'est tellement bon que je suis obligé d'en prendre une bouteille, presque pour vérifier que je n'ai pas rêvé sur le coup.
Très bien / 16/20


Et voilà qui clôture notre passage par Cheverny !

Mais attention, vous n'êtes pas encore au bout de vos peines … la suite à venir !

Brieuc
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16 Jui 2023 11:00 #2

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Suite et fin de notre périple, nous voilà partis pour Sancerre.

Le domaine Claude Riffault précédemment envisagé n'a malheureusement pas pu nous recevoir, la faute à des travaux végétatifs de titan à entreprendre : toute la petite équipe est aux vignes, ce sera pour une prochaine fois.

J'avais prévu le coup et je dégaine donc un plan B qui a déjà fait ses preuves notamment pour ses beaux rapports qualité-prix. Nous poussons donc la porte du …
 
  
    
CR: Domaine du Pré Semelé, Sancerre  
  
 

De bon matin, une brève mais efficace dégustation s'offre à nous dans l'agréable salle de dégustation du domaine, fraiche et moderne. Victimes de leur succès, Montée de Saint-Romble et Camille 2020 ne sont plus dégustables mais il en reste quelques bouteilles à vendre. Ils ne seront visiblement pas produits sur le millésime 2021. Je n'aurai aucun scrupule à acheter des Montées 2020 à l'aveugle, étant très fan du style. Mais revenons à la dégustation qui commence donc par le nouveau né qu'est le …


Sancerre Blanc 2022

Sancerre efficace, tout en fruit et en jeunesse, sur de belles notes d'agrume avec un trait de fruit de la passion et une belle finesse de bouche autour d'un équilibre maturité-acidité tout à fait convaincant. Il n'y a pas, ou pas encore, l'épure minérale qu'on peut trouver dans d'autre cuvées, mais pour 14;5€ voilà certainement une valeur sûre en cuvée "de base" très accessible dans l'appellation.
Très bien - / 15.5/20


Sancerre Blanc "Le Cotelin" 2021


Aïe, ça se complique. Je continue à m'étonner que les grands guides et critiques me semblent si peu honnêtes sur les Sancerre blancs 2021 : on n'entend à qui mieux mieux qu'on a de belles fraicheurs et des profils à l'ancienne, millésime de vigneron, blablabla … mais quasi personne n'ose dire ce qui pourtant frappe quasi tout le temps : la majorité des blancs se prennent les pieds dans le tapis du millésime frais à faible maturité et ont d'énormes notes végétales type pyrazines très variétales. Ici ce Cotelin est hélas est un pur jus de piment vert, poivron vert, buis, agrumes en retrait. On ne jettera cependant pas la pierre au domaine car même les meilleurs n'ont pas pu complètement éviter ce côté végétal (Mellot, François Crochet, ...), mais par exemple chez François Crochet il y a largement assez de fruit et de finesse minérale que pour rester sur un profil équilibré et, in fine, délicieux. Je ne peux pas dire que ce soit le cas ici, loin s'en faut hélas. Le végétal du sauvignon, c'est comme les chasseurs. Le mauvais il sent le buis, le poivron vert, l'herbe coupée. Le bon c'est pareil … mais il est bon 😊
Assez bien / 13.5/20


Sancerre Blanc "Les Chasseignes" 2020


On soupire de soulagement. Nous voilà bien de retour en eaux calmes avec un très beau Sancerre de terroir, du début à la fin il n'y a pas la moindre note variétale mais simplement un jus d'une minéralité pure, sur la cendre, la craie tendre, une très légère acreté fumée, l'encre, en réalité ce Sancerre goute presque ce avec quoi il se marierait certainement magnifiquement : un Sainte-Maure-de-Touraine.
Très bien / 16/20


On finit sur un unique rouge, Camille n'étant pas disponible hélas.

Sancerre Rouge 2020

Plaisir simple et évident dans ce Sancerre Rouge classique mais très bien fait, parfaitement lisible sur un Pinot Noir mûr mais absolument pas confituré, il y a un très beau jus de fruits rouges et un joli dynamisme en bouche apporté par une acidité équilibrée et des petits tanins qui sautillent autour de ces saveurs de groseille mûre. Le vin est encore extrêmement jeune mais, à défaut d'être complexe, il est déjà ravissant de spontanéité pour l'instant.
Très bien - / 15.5/20


On repart très satisfaits et avec la certitude que l'effet des millésimes est assez franchement reconnaissable sur les cuvées dégustées. En l'état, rien n'est à mon sens arrivé au très haut niveau de qualité perçue à Noël dernier dans la Montée de Saint-Romble 2019, qui reste sans doute la cuvée la plus intéressante du domaine, même si Chasseignes 2020 est dans une belle forme aussi. Je serais curieux de gouter Cotelin sur un autre millésime qui me permette de mieux cerner l'identité de la cuvée.


Nous nous mettons en route vers Chablis pour un dernier domaine avant de remettre le cap sur Bruxelles. Tiens, comme par hasard, il est l'heure de manger un petit bout quand nous jetons l'ancre … Allez, c'est parti pour un …
  
 
Déjeuner au Maufoux, Chablis  
  
 
 
Je serai bref : si tous les restaurants de la planète pouvaient être comme ça, on se rapprocherait d'un monde idéal. Que dire entre l'excellent rapport qualité-prix du menu, la cuisine toute en simplicité et précision, gastronomique mais pas alambiquée, la salle élégante et calme, le service impeccable, … ah oui et j'allais oublier, la carte des vins aux prix simplement hallucinants, franchement c'est paradisiaque, à ce stade c'est de la philanthropie. A fortiori pour nous qui venons de Belgique, et même pire, de Bruxelles où la restauration est notoirement mauvais marché, on doit se frotter les yeux pour être certains qu'il ne s'agit pas du prix au verre mais bien à la bouteille. Allez, j'exagère, mais à peine. Bref, c'est le rêve et on passe un superbe moment. Puisque nous devons reprendre une longue route après et que le week-end a déjà été fort onéreux pour nos bourses de jeunots, nous décidons de nous contenter d'une seule bouteille (à ce stade du voyage nous ne sommes plus que trois, deux autres devaient – hélas pour eux !! – rentrer plus tôt vers le plat pays).


La chance a voulu que l'accord avec absolument toutes les assiettes fût payant : avec les œufs mollets en velouté de champignons, le filet pur de porc aux grenailles de mes deux acolytes (accord jouissif d'après eux, ça semble logique) mais également de façon plus étonnante avec mon cabillaud au beurre blanc et asperges blanches (délicieux au passage, comme tout le reste, cuisson parfaite), mais également avec la soupe de fraises du dessert.

Bon allez, au diable le suspense, il s'agissait d'un splendide


Dujac Fils & Père, Morey-Saint-Denis 2017

Si tous les négoces pouvaient être de cette qualité … Ça laisse rêveur quant à la qualité supposée du domaine. Touchée pour un (hallucinant, à nouveau) maigre 75€ sur table, soit sans aucun doute le tiers de ce qu'on aurait payé en Belgique, voire pire. De la robe à la finale, ce vin se montre en tous points magnifique, une forme d'évidence simple et conforme à ce qu'on peut attendre d'un beau Pinot Bourguignon sur un millésime 2017 qui a toujours fait partie de mes préférés, fin, friand, accessible, élégant. L'aération ne cessera de révéler de nouvelles subtilités aromatiques entre la rose fraiche du nez, la fraise, l'étoffe de soie en bouche, cette sensation d'une structure en strates qui ne dépend pas des tanins (quasi absents) mais d'autre chose de plus mystérieux, moins quantifiable, on ne sait pas quoi mais on le sent bien, et puis l'aromatique bien sûr, les fruits rouges, l'équilibre maturité-acidité ... bref, élégance, finesse, bonheur.
Excellent / 17.5/20


Allez, on se réveille de cette parenthèse d'esthète, un café dans le gosier pour se remettre les idées en place et sans transition cap sur le
 
  
 
CR: Domaine Charly Nicolle, Chablis  
   
 

 
Voilà une jeune adresse qui a tout de suite fait partie de ma "short list" pour les quelques commentaires élogieux que j'en ai entendus, et surtout pour les prix eux aussi assez angéliques.


On commence pour se mettre en jambes par le

Vézelay 2020

Raisins de négoce (c'est la seule cuvée du domaine où c'est le cas, excepté le Grand Cru où là c'est même de l'achat de moûts). Profil sympathique et une belle initiation avant de rentrer dans le reste de la gamme car illustre bien le fait que tout ce qui est fait dans l'Yonne n'est pas forcément chablisien de style. Ici en effet le chardonnay est rond, presque un peu variétal et pas très bourguignon pourrait-on dire, sur des notes de poire fraîche très présentes et un côté beurré et biscuité très classique.
Bien + / 14.5/20


Chablis "Per Aspera" 2021


Terroir différent et millésime différent … vin fatalement très différent. Ce simple Chablis est un très beau porte-étendard du style auquel le domaine a abouti en 2021, à savoir quelque chose d'extrêmement frais et épuré, agrumique, centré sur une acidité élevée et qui à défaut d'avoir une typicité Chablisienne aromatique évidente est néanmoins extrêmement convaincant par ses notes de mandarine, de vétiver, de chlore et de calcaire. Sacré canon de fraicheur.
Très bien - / 15.5/20


Chablis "Ante MCMLXXX" 2021

Allez, je fais un petit différentiel de score parce qu'il faut bien faire la différence avec la version non-VV du même millésime que je trouve un poil plus ouverte en l'état, mais le profil et l'équilibre global sont les mêmes : grande fraîcheur sur une acidité aiguisée, une matière plutôt étroite et de très belles notes d'agrumes frais et de sel. Cette version VV a simplement en l'état moins d'immédiateté et d'évidence, mais la garde l'amènera peut-être plus loin.
Bien + / Très bien - / 15/20


Chablis Premier Cru "Les Fourneaux" 2021


Superbe, on sent qu'on monte d'un cran avec ce nez typique du secteur chaud sur des notes sablonneuses et légèrement biscuitées type spéculoos (mais très mesurées) qui peuvent faire penser à certains Pouilly-Fuissé, avec quand même un côté plus nordiste. La bouche fait toujours preuve d'énormément de fraicheur, avec moins de fruit mais plus de minéralité et de pureté.
Très bien / 16/20 et belle affaire à 18€ !


Chablis Premier Cru "Mont de Milieu" 2021

En l'état ce Mont de Milieu ne se révèle pas encore complètement (et certains pourraient dire "c'est bien normal") mais propose un profil fin et étonnamment plutôt austère pour le terroir à consonance habituellement solaire. Ici le jus est vif, sans aucun des signes biscuités ou sablonneux qu'on peut trouver dans les Fourneaux, sur une pure expression du citron, de l'estragon et de la floralité autour d'une trame acide importante et d'une belle salinité. Vin en l'état un peu timide, dans un esprit minimaliste et extrêmement pur mais qui a le potentiel d'aller très loin. Toutes proportions gardées, il donne l'impression d'occuper au sein de sa gamme la même place que Hauts de Husseau n'occupe après Michet et Mosny lors de la dégustation à la Taille aux Loups, si le comparatif vous aide à comprendre.
Très bien - / 15.5/20


Chablis Premier Cru "Les Fourneaux – Ante MCMLXXX3 2020


Difficile de juger l'apport "net" des vieilles vignes par rapport aux Fourneaux de base car nous ne les dégustons pas sur le même millésime au domaine : 20 et 21 sont fort différents. Le millésime joue donc certainement sa part dans l'impression particulièrement riche que le nez dégage, sur des notes biscuitées encore plus appuyées que dans Fourneaux 21 ainsi qu'un fruité plus rond. Ça pète le crumble à la poire dans tous les sens. Plus étonnant, la bouche est très contrastée, sur une fraicheur bienvenue et une sensation de pureté type eau de roche qui fait du bien. Je suis un tout petit peu moins convaincu que le non-VV 2021 notamment pour ce côté contrasté entre nez et bouche, mais l'ensemble reste très joli et il y a du fond, et certainement du potentiel.
Très bien - / 15.5/20


Et c'est ce dernier vin qui clôt non seulement cette magnifique dégustation que Lucie Thiéblemont aura menée de main de maitre, mais qui clôt même ce long week-end dans sa totalité, qui ne nous laissera que des beaux souvenirs et des très bellles bouteilles, qui à leur tour ne manqueront pas de créer de futurs beaux souvenirs. Merci encore à tous les vignerons et à leurs équipes pour leur accueil, et à vous, LPViens, pour m'avoir suivi sans broncher jusqu'ici 😊 Allez, on rend l'antenne !

Brieuc
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19 Jui 2023 12:34 #3

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Modérateurs: GildasPBAESMartinezCédric42120Vougeotjean-luc javauxstarbuck