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Une dégustation autour d'un bon repas

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Une dégustation autour d'un bon repas a été créé par Manas

Groupe de 4 anciens collègues, nous aimons tous les 3-4 mois nous retrouver autour d’une planche de charcuterie pour s’échanger les dernières nouvelles. Généralement, on se contente d’une simple bière. Pour cette fois-ci, j’ai souhaité innover et leur ai proposé une dégustation pédagogique autour d’un bon repas au restaurant. L’objectif n’est pas de causer vin toute la soirée, mais simplement de leur faire découvrir de très bons vins, bien assortis au repas, leur présenter en 2 min l'essentiel, et faire passer quelques grandes idées. Il faut donc être très synthétique et comme certains partent de 0, ça m’oblige de mon côté à revenir aux fondamentaux, en me disant toujours : « comment aurais-tu aimé, toi, qu’on t’explique le vin face à une telle complexité, sans te noyer et en suscitant de l’intérêt » ? Je me suis donc limité à des explications géographiques, à la notion de cépage, au concept d’appellation. Je restitue dans les grandes lignes ce que j'ai pu indiquer à l’oral. Evidemment, tout cela sera grandement simplificateur et réducteur, l’objectif étant d’être le plus simple et clair possible. De transmettre aussi, tout simplement. La vérité sera ensuite dans le verre, parce qu’une bonne dégustation vaut mieux qu’un long discours, pour paraphraser pour partie une grande Gloire Française actuellement à la fête dans les salles sombres. 

CR: Château Thivin - Côte de Brouily - Les Sept Vignes, 2020

 

Pour accompagner une planche de charcuterie fromages. J’ai choisi ce vin du Beaujolais souple et charmeur. Nous partons au sud de Mâcon, sur le Mont Brouilly au cœur du Beaujolais. Le château Thivin est l’un domaines les plus réputés de l’appellation Côte de Brouilly. Si la réputation des vins du Beaujolais n’est pas bonne dans l'imaginaire populaire, j’explique qu’il faut rompre avec cette idée malheureusement fortement répandue. A l’aide d’une carte du vignoble (voir photo 1), je précise le concept d’appellation, ici en violet on fait du Beaujolais "ordinaire" lequel est souvent décrié, mais il existe aussi le Beaujolais-villages qui lui est supérieur (en rose) et, surtout, les « crus » du Beaujolais, que l’on peut considérer comme les terroirs les plus prestigieux du secteur. Chaque secteur constitue une appellation protégée, représentant des terroirs aux différentes qualités, certaines jugées plus qualitatives que d'autres. Nous allons donc goûter là l’un des meilleurs ambassadeurs d’une appellation qui est un cru prestigieux du secteur. Il s’agit par ailleurs de l’entrée de gamme du domaine, lequel propose des vins encore plus aboutis, et donc plus chers.

Le cépage, c'est-à-dire la variété du raisin, qui lui donne son identité, utilisé pour ce vin, est le gamay et à 100%.

La robe de ce Thivin scintille dans le verre.
Le nez est moyennement expressif mais séducteur, un fruité satiné émane du verre. Cela semble souple, gourmand et surtout parfaitement adapté à la planche de cochonailles présente sur la table. J’indique que c’est le rôle d’un Beaujolais tel que je le conçois, beaucoup de souplesse et de gourmandise pour bien commencer un repas sans saturer le palais. La bouche présente un joli fruité festif, un trait végétal, et du soyeux en bouche.

CR: Domaine Pierre et Jérôme Coursodon - Saint-Joseph - Olivaie, 2016

Comment pouvais-je organiser une dégustation sans un Saint-Joseph ? Nous partons cette fois un peu plus au Sud, niché entre Lyon et Valence, sur les bords du Rhône, et nous irons à la rencontre du cépage Syrah (voir pj n°2). De nombreuses appellations longent le Rhône septentrional, mais le cépage reste le même puisqu'ici c'est la Syrah qui est principalement utilisée pour les rouges. Le Saint-Joseph est produit uniquement sur la zone bleue turquoise. C'est un domaine que je connais bien et que j'affectionne beaucoup, c'est pourquoi j'indique que je suis heureux de le leur présenter. 

Tout le monde voit bien que nous n’avons pas du tout à faire au même type de vin, et c’est bien ce qui est intéressant ! Un nez beaucoup plus sombre, expressif et structuré. L'ensemble fait jeune. Il appelle clairement une autre cuisine : à savoir un magret de canard bien relevé au poivre. La bouche est riche, charpentée, poivrée, sur les fruits noirs intenses et somme toute marquée par un boisé qui enrobe un peu trop la matière et la rend massive. Ce que j'ai trouvé surprenant d'ailleurs car si le domaine n'est pas avare sur le bois, sur un 2016 donc un vin avec un peu de bouteille, un millésime plutôt tendre, et sur cette cuvée souvent équilibrée, je ne m'attendais pas à tant. Bonne longueur. J’explique ensuite quelques secondes le concept de « garde » du vin, et que si ce vin est bon, il mérite encore un peu à mon goût de digérer son élevage en cave, même pour l’hylophile que je suis.

Les collègues ont beaucoup aimé celui-là néanmoins, et ont particulièrement noté la grande longueur et la persistance de ce vin.

CR: Château Grand Corbin Despagne - Saint Emilion, 2010

Pour terminer cette dégustation, je voulais proposer un vin de Bordeaux sur une appellation  qui « parle », Saint-Emilion reste tout de même iconique, y compris pour le parfait néophyte. De plus, j’ai choisi cette bouteille pour montrer l’effet du vieillissement sur un vin. Ici nous passons sur un vin d’assemblage : plusieurs cépages sont utilisés pour produire ce vin, et nous irons à la rencontre du Merlot et du cabernet franc, ce dernier étant par ailleurs utilisé pour les vins de la Loire. Ce château travaille très bien et propose des prix très raisonnables. Contrairement aux deux autres secteurs que je connais plutôt bien, je parle peut-être avec moins d'aisance de cette appellation que je déguste moins régulièrement, et que je n'ai encore jamais eu le plaisir de visiter. 

Malheureusement, le vin n’a pas tenu ses promesses. Au Grand Tasting, j’ai superbement bien goûté les 2016, 2018 et 2020 proposés par le domaine, tous étaient parfaitement ouverts, même le 2016. Très beau souvenir d’un 2011 également. J’ai donc ouvert en confiance ce 2010 qui, semble-t-il, reste un 2010… à savoir massif et ici pas tout à fait ouvert, malgré une ouverture de 4h au préalable. Un coup de carafe aurait peut-être pu lui permettre sans doute plus d’expression, me dis-je. Le vin est encore dans son adolescence (ce que j’aime bien normalement) mais dans sa phase plutôt ingrate, avec un nez plutôt moyennement expressif sur les fruits noirs, très typé merlot dans un registre qui me déplaît. La bouche est très ample, plutôt veloutée mais peut-être trop riche voire alcooleuse justement ; l’ensemble gagnerait nettement à se fondre davantage.

J’indique que la magie de la dégustation, c’est aussi la surprise, à chaque fois, de constater que les bouteilles qu’on considère avant dégustation comme meilleures ne sont pas toujours celles qui se révèlent dans le verre. La dégustation est donc un exercice de modestie à renouveler en permanence. L’essentiel étant de prendre du plaisir, de passer un bon moment et d’être dans le partage ; ce qui était le cas ce soir-là, mes collègues sont repartis ravis.

Si nous continuerons bien sûr notre routine de la planche/bière, j’ai été heureux, l’espace d’une soirée, d’avoir pu leur partager ma passion.
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14 Déc 2023 20:22 #1
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