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Voyage sur l'Etna

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Voyage sur l'Etna a été créé par bertou

Nous avons passé, ma compagne et moi, 10 jours sur le versant nord de l'Etna. Voilà donc tout simplement les impressions que m'ont laissées cette montagne et ses hommes. Tout ceci avec un travail de recherche pour approfondir mon voyage. Et si nous avions choisit cette destination, c’est que tout simplement j’aime beaucoup les vins de l’Etna. Je les ai découverts il y a trois ou quatre ans et j’ai été très rapidement émerveillé. Une visite sur le terrain s’imposait d’elle-même.

Tout d'abord, toute personne qui est allée dans la partie ouest de la Sicile, ne peut nier que le volcan impose sa présence sur toute cette partie de l'île. Son panache permanent de fumée se voit à des kilomètres à la ronde.
Néanmoins nous sommes arrivées depuis la côte Tyrrhénienne après un séjour d'une semaine sur les îles Eoliennes et le volcan ne se dévoile pas aussi facilement. On s’élève depuis la mer par une route tortueuse au travers des monts Neibrodi avec leurs villages perchés sur des cailloux. On arrive bientôt à plus de 1000 m d’altitude dans un paysage de forêts vertes. Arrivé au col la masse sombre de l’Etna frappe par sa présence et on lève les yeux plus hauts que l’on aurait imaginé pour admirer le sommet. De l’autre côté du col en descendant vers la vallée de l’Alcantara, c’est un désert que nous traversons avec les flancs de la montagne brûlés par le soleil et des hameaux abandonnées.


L’Etna depuis les Neibrodi, la ville de Bronte à ses pieds

Le contraste avec le flanc vert de l’Etna de l’autre côté est saisissant : arbres fruitiers, choux, légumes près de la rivière, vignes, oliviers et pâtures.
Les sommets couverts en permanence de neige offre un apport en eau tout au long de l’année. Neige et glaciers ne sont pourtant pas visibles en cette période. C’est lorsque nous monterons vers le sommet que nous les découvrirons couverts de scories.


Les scories recouvrant un glacier


Carte de la DOC Etna

Comme la carte le montre, les vignobles inclus dans la DOC (Dominazione di Origina Controllata) s’étendent tout autour du volcan en évitant la partie ouest du volcan trop fraîche. En allant donc vers l’ouest, le Nerello Mascalese, cépage roi de l’Etna, cède la place à l’Alicante et aux pistachiers. Ces derniers faisant la fierté de la ville de Bronte.
En outre les limites de la DOC excluent certaines vignes parmi les plus hautes de l’appellation. C’est surtout le cas au nord du volcan et des vignes situées au dessus de la route Quota 1000 (route haute qui relie Linguaglossa à Randazzo). Les vins issus de ces vignes se retrouvent donc sous l’étiquette de la vaste appellation IGP (Indicazione Geografica Proteta) Sicilia ou Vino da Tavola (Vin de Table). Certains, parmi les meilleurs vins de l’Etna : Quota 1000 de Graci, Rampante de Franchetti et Magma VA de Cornelissen (à noter que toute les productions de ces derniers sont en IGP ou Vino da Tavola).

Parlons tout d’abord des cépages avant de poursuivre sur le climat.
Pour l’élaboration des vins rouges DOC Etna, le cépage principal est le Nerello Mascalese. Il doit entrer pour au moins 80% dans l’assemblage. On retrouve beaucoup de cuvées 100% Nerello Mascalese surtout dans les cuvées phares des domaines. Le Nerello Cappuccio (ou Nerello Mantellato) est l’autre cépage rouge, autorisé jusqu’à 20% dans les assemblages.


Un pied de Nerello Mascalese taillé en alberello

Le Nerello Mascalese possède des arômes de fruits rouges, cerise. Il possède une excellente structure tannique et acide. Beaucoup le compare avec le Nebbiolo ou le Pinot Noir. Pourtant une étude ADN de 2008 a montré qu’il serait issu d’un croisement naturel entre le Sangiovese toscan et le Mantonico Bianco. Outre certaines similitudes d’un point de vue aromatique et dans la structure des vins avec le Pinot Noir et le Nebbiolo, le Nerello Mascalese exprime aussi de nombreuses nuances selon le lieu où il est cultivé.
Son compère le Nerello Cappuccio est aussi sur des arômes de fruits rouges (plus sur la fraise) mais il est moins précis, plus souple. A ma connaissance et d’après le pavé de Robinson / Harding / Vouillamoz, Wine Grapes, seul Tenuta di Fessina, Calabretta et Benanti élaborent des vins 100% Nerello Cappuccio.
Il n’y a aucune relation phylogénique entre les deux Nerello.
Ce sont tout deux des cépages tardifs et les vendanges commencent début octobre pour se terminer début novembre dans les vignes les plus hautes (plus de 1000 m d’altitude). Dans les assemblages, le N. Capuccio assouplit la fermeté du N. Mascalese.

Pour les cépages blancs, la DOC Etna bianco impose 60 % de Carricante minimum, 40 % de Catarratto maximum, les cépages comme le Minella, Trebbiano ne doivent pas excéder 15 % de l’assemblage.
La DOC Etna Bianco Superiore impose 80 % de Carricante et 20 % de Catarratto ou Minella.
En outre, les raisins doivent provenir exclusivement de la localité de Milo.
Le Carricante est un cépage local des environs de l’Etna et est planté sur toute l’île. Un cépage qui a tendance à donner de hauts rendements. D’où l’importance de vieilles vignes ou d’une taille sévère pour limiter les rendements. Les vins sont acides et la fermentation malolactique est réalisée pour les assouplir. Les vins présentent des arômes d’agrumes, anis, miel et ne sont pas puissants (12 / 12,5 % d’alcool). Quant au Catarratto bianco, il va apporter des notes de fruits mûrs et de l’alcool.

Revenons sur le climat de l’Etna qui est frais et est incroyablement agréable lorsqu’on veut éviter les chaleurs torrides de la côte, surtout pour moi habitant sous des latitudes septentrionales.
Ce n’est pas non plus la Bourgogne car l’olivier prospère mais la différence entre le jour et la nuit est très importante. Et ceci est une des clefs de l’aromatique fraîche et l’excellente acidité des vins de l’Etna.

Le climat est sec (partie nord et sud), frais, le vent souffle beaucoup. Des conditions idéales pour éviter les maladies cryptogamiques. L’agriculture biologique peut être facilement mise en œuvre dans d’excellentes conditions. La forte différence d’altitude (entre 400 et 1000 mètres, certaines vignes à plus de 1300 m mais hors territoire de la DOC) influe aussi énormément sur les températures et explique pourquoi les vendanges peuvent s’étirer sur plus d’un mois et demi.
Mais il y a une grande diversité sur toute la DOC. D’abord beaucoup s’accordent sur la supériorité indéniable de la face nord entre les villes de Linguaglossa et Randazzo pour les vins rouges. Marco de Grazia de la Tenuta delle Terre Nere la considère comme la Côte d’Or de l’Etna. Climat le plus sec et frais et plus on s’avance vers Randazzo, plus les températures baissent. L’écart est de 3°C entre Randazzo et Passopisciaro distant seulement de 8 kilomètres.


Le village de Randazzo et la coulée de lave de 1981

Sur le versant est de l’Etna, le climat est trop frais et le Nerello Mascalese est délaissé au profit de l’Alicante.
Sur la zone ouest, le climat est lui aussi plus frais mais surtout beaucoup plus humide et pluvieux. On retrouve les cépages blancs, principalement le Carricante. Certains pensent que cette zone ne vaut pas grand-chose (Cornelissen, Marco de Grazia). La plupart la considère parfaite pour l’élaboration des meilleurs blancs (Michele Faro de Pietradolce, Benanti). La commune de Milo est la plus réputée est fait l’objet d’un traitement spécial car la DOC Etna bianco Riserva est réservée à cette commune. Le plus connu des vins de Benanti (Pietramarina Bianco) en est issu.
En parlant des vins de Benanti, je souhaite faire un aparté sur ce domaine et la confusion sur le nom de ses vins. Rovitello, Casele, Pietramarina sont des noms de villages de l’Etna mais les vins ne proviennent pas du tout de ces villages.
La partie sud est considérée comme plus faible d’un point de vue qualitatif par l’ensemble des personnes que j’ai rencontrées. Néanmoins, ces personnes travaillent toutes sur la partie nord. Je n’ai pas pu avoir de rendez-vous avec Benanti sur la partie sud est, pour essayer d’avoir un autre regard. Son Serra della Contessa est d’un très bon niveau. Un autre domaine hautement qualitatif en rouge sur la partie sud-est du volcan est Ciro Biondi avec les vins Outis et Monte Ilice. Celui-ci m’a fait forte impression sur le millésime 2007.

L’Etna, c’est aussi des coulées de laves (sciara en dialecte sicilien) qui donnent le caractère si particulier mais magnifique à cette montagne. Quand le temps est clair, ces stries noires donnent un caractère incroyable à l’Etna. Un guide du Parc m’a affirmé qu’il faut plusieurs centaines d’années avant de pouvoir cultiver les nouvelles coulées de lave. Néanmoins, la végétation reprend ses droits beaucoup plus rapidement. On peut donc trouver des bandes de laves noires, d’autres couvertes de végétation et livrées aux bergers et d’autres dédiées à la culture côte à côte. C’était pour moi particulièrement visible dans la partie nord. Beaucoup de zones cultivables sont à l’abandon, surtout celles en terrasses.
Pour ce qui est de la viticulture, ces coulées, vont donner un micro relief, avec différentes expositions, différents abris par rapport aux vents, différentes pentes…
Ajoutez des sols volcaniques tout aussi variés : très caillouteux, d’autres plus sableux, d’autres plus riches, la roche plus affleurante…
N’oublions pas les différences d’altitude.
Et vous obtenez une grande diversité dans les terroirs de l’Etna. Tout ceci peut changer très rapidement, à l’intérieur d’un cru, à l’intérieur d’une vigne.
Le sol d’origine volcanique est riche et induit donc des densités importantes qui varient de 8000 à 12000 pieds par hectare pour limiter la vigueur de la vigne. Le système de conduite le mieux adapté était la taille en gobelet et reste pour certains encore le meilleur système même si son coût en travail est important. C’est le seul système utilisé dans les terrasses étroites. Le gobelet permet en outre une meilleure résistance au vent et une meilleure maturation, avec le soleil qui tourne autour du pied.
En outre, ce sol volcanique qui par endroit peut être très sablonneux à permis à certaines vignes d’échapper au Phylloxera. L’Etna possède ainsi un patrimoine de vignes plus que centenaire exceptionnel. Salvo Foti et son projet viticole I Vigneri peut s’enorgueillir d’avoir une vigne avec des pieds de Nerello Mascalese de 225 ans !
Enfin le volcan va imprimer sa présence dans les vins avec des arômes de fumé, cendre assez typiques que ce soit en rouge ou en blanc. A moins que ce soit une extrapolation de l’esprit du buveur…


Partie de la contrada Santo Spirito

Le dernier projet du Consorzio di Tutela dei Vini Dell`Etna qui a été avalisé par le Ministère de l’agriculture il y a plus d’un an, est la différenciation des crus. Ces crus sont appelés Contrada et la traduction directe en français est « quartier ». D’ailleurs j’utiliserai le terme contrada à la place de cru car la définition d’une contrada n’a pas grand-chose à voir avec notre approche du terme cru que l’on associe souvent à la Bourgogne. On dénombre 133 contrade en tout, dont 81 sur les communes de Linguaglossa, Castiglione di Sicilia et Randazzo. Celles-ci formant « la Côte d’Or » de l’Etna selon Marco de Grazia.
Ces contrade sont souvent de grandes identités géographiques qui ont une unité discutable lorsqu’on a une approche par terroir. La surface est grande, des variations importantes dans les sols, des différences d’altitude notables. Par exemple, la contrada Rampante sur le village de Solicchiata. C’est une longue bande de terre qui s’étale entre les routes SS 120 qui relie Linguaglossa et Randazzo au nord et la route Quote Mille au sud. Une longueur de plus d’un kilomètre et une différence d’altitude d’environ 150 m. Je n’ai pas pu encore vérifier s’il y avait un dénominateur commun entre les vins issus d’une même contrada produits par différents domaines.
Par contre ces contrade peuvent se justifier d’un point de vue géographique et historique. Souvent les limites sont des coulées de laves, routes… En outre, une contrada était parfois la propriété d’un seul domaine il y a de cela des années. Comme la Villa Santo Spirito sur Passopisciaro qui a donnée son nom à la contrada Santo Spirito.
Lorsqu’on déguste les vins issus de plusieurs contrade d’un même producteur, il y a une différence indiscutable. Je parle dans ce cas des vins de Franchetti, Terre Nere, Cornelissen et Girolamo Russo que j’ai goûtés.
Ce système d’identification des contrade a ses partisans et ses opposants. Marco de Grazia de Terre Nere en est un fervent défenseur. Pour lui c’est une première ébauche, et la différenciation plus précise des différents terroirs sera le travail de la prochaine génération. Il permet surtout d’éviter des utilisations abusives de noms de lieu pour des vins qui n’en seraient pas issus.
Pour les opposants, où plutôt ceux qui pensent que d’autres aspects de la DOC devraient être renforcés afin d’assurés la qualité des vins, le manque de cohérence au sein d’une contrada est cité. Par Michele Faro de Pietradolce par exemple. Il considère aussi qu’il y a peu de justifications historiques car les vins de l’Etna n’ont jamais été vendus avec une indication géographique aussi précise. Enfin, il craint que cette pléthore de contrade perde le consommateur.
Pour Roberto Silvaz de la Tenuta di Fessina, la contrada n’est absolument pas contraignante et n’implique pas un respect du terroir. Il prend l’exemple d’un producteur qui a acheté des vignes en terrasses, a tout rasé, aplani au bulldozer et apporté de la terre exogène argilo calcaire avant de planter.

L’Etna c’est aussi une histoire viticole ancienne avec les premières traces qui remontent au Vème siècle av. J-C à l’époque de la domination grecque. Il est probable que cela soit bien plus ancien. Au IIIème siècle av. J-C, l’Etna possédait de larges surfaces de vignes célébrées par les romains. Les conquérants suivant de l’île feront la même chose.
A la fin du XIXème siècle, les surfaces cultivées atteignent leur apogée et l’Etna devient la plus grande région viticole de Sicile (50 000 ha selon certains, 2 700 ha à l’heure actuelle). Ceci grâce à l’invasion du Phylloxera en France, l’Etna devient ainsi un gros fournisseur de vin pour la France. Les vins étant expédiés depuis le port de Riposto et acheminés grâce à la voie ferrée Circumetnea qui existe toujours. Néanmoins l’avancée du petit insecte était inévitable et l’Etna est frappé à son tour au début du XXème siècle. Perte des marchés d’exportation qui se relèvent de la crise du Phylloxera, Guerres Mondiales, émigration massive, éruptions importantes (1928, 1949, 1971) font que les surfaces déclinent. Sans oublier que la Sicile se tourne à partir des années 1950 vers la production de masse et en vrac. Les vignes en terrasses de l’Etna ont des coûts trop élevés. La réputation des vins de l’Etna est oubliée et appartient au passé.
Il faudra attendre la fin des années 1980 pour voir les prémisses du renouveau sous la houlette de l’Azienda Vinicola Benanti. Le Dr. Giuseppe Benanti se passionne pour les vins de l’Etna et souhaite faire revivre le glorieux passé viticole du volcan. Il étudie les sols les plus aptes à la production de qualité, réalise des sélections massales des meilleurs plants de vignes. Le tout en utilisant les techniques modernes de vinification, mais en ayant en permanence en tête le respect des traditions et du style de vin produit autrefois. Pour cela il travaille avec Salvo Foti, œnologue local qui est un amoureux de l’Etna et un défenseur farouche des traditions. La qualité est au rendez-vous et le domaine devient vite une référence en Sicile et même dans toute l’Italie. Son vin blanc Pietramarina fait partie des meilleurs blancs italiens.
Il ne faut pas oublier certains producteurs connus qui ont toujours produit du vin sur l’Etna comme Murgo, Nicosia, Calabretta… Mais ils n’ont jamais eu la portée de Benanti.
Entre 1999 et 2002, de nouveaux domaines apparaissent. Soit créés par des locaux comme Vini Biondi au sud ou par des étrangers à l’Etna comme Passopisciaro d’Andrea Franchetti, Frank Cornelissen, Tenuta delle Terre Nere. Tous démontrent que l’Etna peut produire des grands vins. A partir de là, tout le monde veut participer, le nombre de domaines augmente rapidement, le prix des vignes explose. Les investissements proviennent de l’Italie continentale, de l’étranger (le chanteur de Simply Red s’y est mis) et les grands domaines siciliens (Planeta, Firriato, Tasca d’Almerida…) produisent désormais du vin sur l’Etna.

Ce qui m’a frappé, c’est aussi comment certains producteurs sont attachés à la tradition et aux méthodes de culture et de vinification ancestrales. Salvo Foti est en le meilleur exemple. Cet œnologue local a commencé ses recherches sur les cépages, terroirs viticoles de l’Etna au début des années 1980 avant de travailler chez Benanti. Il ne jure que par la taille en gobelet, approche biologique dans les vignes, intervention minimale en cave, utilisation exclusive de botti (large tonneaux). Certains producteurs ont une approche poétique, esthétique de leurs vieilles vignes en gobelet et il est vrai que certaines vignes sont magnifiques. Il ne viendrait pas à l’idée à certains de mettre leurs vignes en espalier même si les coûts seraient plus faibles (et peut-être avec des résultats similaires ?). L’élevage est exclusivement en botti, surtout pas de barriques.



Les vins de l’Etna sont devenus extrêmement à la mode et cela devient « branché » de connaître les vins de l’Etna surtout dans le milieu du vin anglo-saxon. Malheureusement, dois-je dire car j’évite la mode et les modes. N’empêche je suis un amoureux des vins de cette région sicilienne et je suis le mouvement comme tout le monde. Le succès est donc au rendez-vous avec un nombre de plus en plus important de vins couronnés dans les guides italiens et mondiaux (regardez les nombre de vins de l’Etna dans le Gambero Rosso et le Veronelli entre 2005 et aujourd’hui disponible sur LPV). On pourrait même dire que le succès est fulgurant et je connais peu de régions qui soient passés de l’ombre à la lumière aussi rapidement.
Pour certains le Nerello Mascalese a acquis ses lettres de noblesse et figure parmi les meilleurs cépages italiens rouges. Le Nebbiolo et le Sangiovese trônent au dessus et l’Aglianico et le Nerello Mascalese suivent de prés. Même si ce dernier à encore besoin de temps pour s’installer définitivement.

J’espère que les prix des vins vont se stabiliser à leurs niveaux actuels. Les vins de l’Etna sont chers : il faut compter quelques euros pour les vins les plus simples et monter à 15 / 25 € pour avoir d’excellentes cuvées. Les chères se retrouvent à 50 / 60 €. Franck Cornelissen proposant le vin le plus cher avec son Magma à plus de 100 € (c’est une politique que Franck assume, ce prix élevé lui permet de proposer ses cuvées Munjebel et Rosso del Contadino moins chères).

Finalement, j’espère que les producteurs ne vont pas se reposer sur leurs lauriers et que les vins de l’Etna vont affirmer leurs qualités et caractères.
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03 Mar 2013 16:00 #1

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Réponse de bertou sur le sujet Andrea Franchetti / Passopisciaro

Un domaine récent crée en 2001 par le propriétaire de la Tenuta di Trinoro en Toscane. Il est situé sur la Contrada Guardiola au dessus du village de Passopisciaro. La particularité de Franchetti est qu’il a planté du Chardonnay, du Petit Verdot et du Cesane d’Affile (un cépage provenant du Lazio). Andrea ne croit pas dans les capacités du Carricante pour faire un grand vin blanc. En outre c’est un grand amateur de Bordeaux. Et enfin il ne veut pas renier ses origines romaines d’où le Cesanese. Voilà pourquoi ces plantations !
Andrea Franchetti est tombé amoureux de la Sicile lors d’un séjour près de Syracuse et il a cherché un climat frais pour la culture de la vigne pour faire son vin. Il est tombé assez naturellement sur l’Etna. Son chemin est donc différent de la plupart des nouveaux vignerons « étrangers » qui sont venus en Sicile pour l’Etna comme Cornelissen ou De Grazia.
Au début, Andrea a voulu faire son vin et a employé les techniques mises en place sur Trinoro : maturation poussée, extraction importante et élevage en barriques neuves. Le résultat n’a pas été probant. Il s’est adapté aux Nerello Mascalese avec des maturités plus équilibrées mais des extractions douces et des botti. Le Nerello s’exprime au mieux dans une certaine finesse.
Le domaine organise chaque année depuis 2008 dans ses locaux, un salon des vins de l’Etna avec de nombreux producteurs pour présenter les vins de l’Etna (nouveaux millésimes et certains plus anciens). Cet évènement se déroule au mois de mars où avril et est ouvert principalement aux professionnels.

Le domaine propose un Chardonnay : Guardiola. Un mélange Petit Verdot / Cesanese ou 100% Petit Verdot selon les années : Franchetti (son vin le plus cher). Bien entendu le Nerello Mascalese reste maître sur le domaine avec 5 vins différents :
- le premier issu d’un mélange de différentes contrade (Favazza, Guardiola, Arcuria, Feudo di mezzo, Santo Spirito) plantées de vieilles vignes (70 à 100 ans).
- Ensuite 4 vins avec identification des contrade : Porcaria, Sciaranuova, Rampante et Chiappemacine. Ils sont issus de vieilles vignes, certaines centenaires.

Nous sommes accueillis par Letizia qui s’occupe du service clientèle. Nous débutons par les vignes récemment plantées de Chardonnay, Petit Verdot et Cesane dans l’amphithéâtre de terrasses qui dominent les bâtiments. La première chose qui frappe est l’incendie qui a ravagé toutes les broussailles qui entourent les vignes et par la même occasion une partie des vignes. Le feu a échappé, ce début d’été, aux bergers qui pratiquent l’écobuage. Certains affirment que les bergers auraient sciemment laissé le feu déborder sur les vignes de Franchetti. Une certaine animosité était perceptible dans les mots de Letizia. De même lorsqu’elle nous affirme qu’ils montent des gardes la nuit pour éviter le vol de raisins dans les vignes. D’ailleurs, j’ai été surpris de voir les vignes entourées de haut grillage et barbelés.
Frank Cornelissen et Alberto Graci rencontrent les mêmes problèmes sur une vigne située à plus de 1000 mètres d’altitude : feu et vols de raisins. Tous les trois travaillent ensemble pour faire face à ces problèmes.


Contrada guardiola de Franchetti. Les vignes du haut brûlées par un écobuage non contrôlé

Nous dominons désormais les vignes de Guardiola et pouvons remarquer que la terrasse supérieure est découpée par des bandes de plastiques. Le sol sur cette partie est très changeant, il influe sur la maturité du Chardonnay qui est vendangé en plusieurs fois. Il n’est pas impossible qu’à l’avenir des vins issus de chaque découpage soient proposés, tant la différence est notable selon Letizia. Je n’ai pas pu goûter moi-même.

Nous continuons notre balade par les vignes de Nerello Mascalese. Elles sont toutes en taille gobelets et travaillées à la main.
Chiappemacine est la plus basse, située à 550 m d’altitude à mi-chemin entre les villages de Solicchiata et Castiglione di Sicilia. C’est un des épanchements de lave de l’Etna le plus éloigné. Le basalte est fin et les racines plongent dans le sous bassement calcaire. Les vins sont ronds et assez puissants.
Porcaria se situe à 650 m d’altitude juste sous le village de Passopisciaro. Le basalte est assez friable et les vins sont puissants, structurés.
Sciaranuova est située sous le domaine à 850 m d’altitude en terrasse. Comme son nom l’indique la coulée de lave est récente, le sol caillouteux. Les vins sont plus fins que les précédents, le fruit plus frais.
Rampante est la vigne la plus haute à 1000 m d’altitude, en terrasse. Le sol est plus sableux donnant des vins parmi les plus fins dans l’aromatique mais plus fermes dans l’acidité.


Contrada Rampante de Franchetti

- « Pourquoi proposer des vins issus de ces quatre contrade et pas des autres que le domaine possède ?
- Ces quatre contrade couvrent les différentes facettes que propose l’Etna. On aurait pu proposer d’autres contrade mais avec le risque de confusion. En outre le vin Passopisciaro, qui est un mélange de différentes contrade, est une sorte de synthèse de l’Etna, nous répond Laetizia.
- Pourquoi y a-t-il une différence de prix entre les différentes contrade ?
- C’est Andrea qui décide tout simplement. Rampante devrait augmenter dans les prochains millésimes. »
Je reste un peu sur ma faim. Cela n’a rien à voir avec les coûts de production. Un peu sur la qualité des vins. Mais pourquoi une telle différence entre Rampante et Porcaria (10 à 15 €) qui sont considérés par beaucoup comme les deux meilleurs vins ?


Botti dans la cave de Franchetti

Retour au domaine et visite de la cave. Elle est située sur plusieurs étages et la gravité est utilisée au maximum. Mais tout d’abord, vendanges à la main et en cagettes suivi d’un passage sur la table de trie.
Les rouges sont éraflés. Les fermentations se font dans de petites cuves en inox thermo-régulées et parcelle par parcelle, voire morceau de parcelle par morceau de parcelle selon les maturités. Le Petit Verdot et le Cesanese vont subir la fermentation malolactique et être élevés en barriques neuves et de 1 an. L’élevage est d’environ 20 mois et varie selon les conditions du millésime. Quant aux Nerello Mascalese, la FML est réalisée en botti tout comme l’élevage. La durée est variable, autour de 18 mois.
Le Chardonnay est pressé, débourbé à froid. Il est transféré dans des foudres pour les fermentations alcooliques et malolactiques puis transféré en cuve ciment. 10 mois d’élevage environ.

CR: Guardiola 2011 :
Nez frais et très net sur la pêche, poire, citron. Touche florale délicate. Supplément de complexité grâce à des notes fumées. Sensation de fragilité.
En bouche, il est assez puissant, élégant avec une belle sensation tactile presque soyeuse. L’acidité tend ensuite le vin et nous conduit sur une belle finale nette, saline avec ce côté fumé qui ressort et fait jeu égal avec le fruit frais.
Très bien
Il y a plus d’un an, j’ai gouté le 2009 qui était plus travaillé, plus gras et beurré. Il ne m’avait pas enthousiasmé. Je suis ravi de la direction dans l’expression de ce vin.

CR: Passopisciaro 2007 :
Couleur qui tend vers le tuilé.
Nez évolué sur des fruits secs, humus, cuir, légère touche truffée. Quelques petits fruits rouges. Sensation fumée et terreuse qui s’exprime pleinement. Un petit côté Nebbiolo. C’est net et précis.
Un vin fin, de puissance moyenne. Toucher soyeux avec des tannins polis glissants. Côté aérien dans la sensation en bouche malgré une aromatique sur l’humus et la terre fraîche. Belle intensité et concentration.
Très bien +.

CR: Porcaria 2010 :
Superbe nez avec un fruit mûr et noir mais qui reste très frais avec des parfums de petits fruits rouges. Sensation terreuse et fumé. Présence de fines notes épicées et florales. Superbe volume. Un vin multi dimensionnel.
Bouche puissante avec de la richesse mais remise en place dans son équilibre par une superbe trame tannique et acide. Les tannins sont géniaux, fins et mûrs. Ils laissent une belle empreinte en bouche mais se fond largement dépasser par l’aromatique assez similaire au nez avec un côté fruits rouges acidulés et fumé qui reste longtemps.
Excellent +

CR: Franchetti 2010 :
100 % Petit Verdot
Couleur violet/noire et opaque qui laisse sa trace sur le verre.
Nez intense, très précis sur du fruit noir, boysenberry, mûre, encre, épices, herbes sèches, graphite et léger toast. Très profond. Beau mélange de noirceur et de fraîcheur.
Puissant, riche. Le vin emplit la bouche. Légère sensation huileuse qui est balayée par l’acidité et une grosse trame tannique. Qualité des tannins superbes, enrobés et gras. Il y a un côté confiture qu’on ne retrouvait pas au nez. Très grande longueur.
Excellent +.
03 Mar 2013 16:05 #2

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Réponse de bertou sur le sujet Tenuta delle Terre Nere / Marco de Grazia

Nous sommes accueillis par Marco De Grazia. Un homme jovial qui dégage une certaine assurance et beaucoup d’enthousiasme. D’ailleurs il ne tarit pas d’éloge sur le millésime 2012 qu’il considère comme exceptionnel. La plupart des personnes rencontrées sont beaucoup plus modérées, c’est une année très sèche. Par contre tout le monde est unanime pour le millésime 2011. Pendant la journée que nous allons passer avec lui, les mots « amazing, beautiful » seront utilisés à foison dans la plupart de descriptions : vins, paysages, raisins… C’est aussi quelqu’un de très accessible et simple qui nous invitera à partager son déjeuner avec une salade de tomate (de chez Giuseppe Russo du domaine Girolamo Russo), une ricotta locale à se damner, un peu de charcuterie du voisin. Bref, Marco est un bon vivant.
Le domaine est créé au début des années 2000. Auparavant il exportait du vin aux Etats Unis, il a été un acteur important sur le marché des vins italiens de qualité aux USA. Il propose des cuvées issues des différentes contrade. Marco a été un des moteurs de la différenciation des crus. L’avenir de la région passera par une recherche de plus en plus affinée des terroirs de l’Etna. Sa génération réalise un travail de dégrossissage au travers des contrade et la génération future poussera plus loin avec une différentiations des climats au sein de chaque contrade. Telle est la vision de Marco qui est fortement inspirée par la Bourgogne autant dans l’idée du vignoble de l’Etna que dans les vins.

Le domaine couvre 28 ha situé sur grosso modo quatre contrade avec en général deux vignes par contrada :
- Feudo di Mezzo, la plus basse en altitude. Cultivée en gobelet.
- Calderara Sottana qui donne deux vins, celui indiquant le nom du cru et La Vigne de Don Peppino, Prephylloxera. Une parcelle de vignes centenaires que Marco a reprise à Don Peppino à la seule condition que Marco la cultive presque comme un jardin. Ce cru ce situe près des caves et Marco en cultive 12 ha.
- Santo Spirito, près du village de Passopisciaro au dessus de la route qui le relie à Randazzo. Un mélange de terrasses et de vignes plus plates à la fois en espalier et en gobelet.
- Guardiola, la plus haute en terrasses et taillée en gobelet.


Les ceps centenaires qui composent la cuvée Don Pepino

Comme nous avons pu le constater chez Franchetti, les sols sont variables au sein même d’une contrada. Un exemple frappant nous a été montré sur Calderara Sottana avec une partie très caillouteuse proche d’une autre partie sableuse. Les maturités sont différentes, les vendanges ne se feront pas au même moment.
Marco propose 10 cuvées différentes :
Tout d’abord les vins rouges : les cinq vins présentés ci-dessus issus de Nerello Mascalese à plus de 95 %, le restant planté de Nerello Cappuccio issus de vieilles vignes dont certaines sont centenaires. Un Etna Rosso issu des jeunes vignes du domaine. D’ailleurs à ce sujet lorsque nous marchions dans le cru Santo Spirito, nous avons dégusté des baies issues des jeunes et des vieilles vignes. La différence est frappante : des raisins aromatiques, plus intenses, des peaux épaisses sans agressivité pour les vieilles vignes. Pour les jeunes vignes, moins d’arômes et des peaux qui laissent de l’amertume. Et pourtant, ces jeunes vignes allaient être récoltées une semaine plus tôt que les vieilles vignes.
Concernant les cépages rouges, cette fois-ci il compare la complémentarité des Nerello avec la complémentarité du Cabernet Sauvignon et Merlot en Médoc. Le Cappuccio ayant un grain plus gras et aide à rendre le vin un peu plus souple comme dit dans la première partie. Par contre, seul, il ne peut pas donner de grands vins.
On retrouve également dans la gamme, un Etna Rosato ainsi que deux blancs : Etna Bianco issus de Carricante, Catarratto, Grecanico et Inzolia et Etna Bianco Vigne Niche issu uniquement de Carricante. Il produit également un autre blanc sous l’étiquette Le Vigne de Eli qui est un 100% Carricante.
Marco est très enthousiaste (comme d’habitude !) concernant ce cépage local qui pour lui peut donner des grands vins blancs. Il n’hésite pas à comparer les Carricante de l’Etna au Chablis. Et lors de notre dégustation, son blanc avait une acidité métallique que j’ai rencontré dans de nombreux Chablis.
Il n’y a qu’une fois où l’enthousiasme de Marco s’est estompé. Un coup de fil lui annonçant des rendements inférieurs à 50 % par rapport à l’an dernier sur une vigne. Après deux minutes où il nous explique le manque à gagner, il conclue par : « but the quality will be outstanding !».

Parfois quelques remarques en disent bien plus long que des discours. Et la philosophie de Marco se dévoile petit à petit.
Lorsque nous montons sur sa vigne de Guardiola, il peste sur une vigne récemment plantée dont le sol est étrangement crème alors que les alentours sont bien entendu tout noir. « Pourquoi ramener des tonnes de terre argilo-calcaire sur cette plantation ? Comment peut-on produire un vin de l’Etna en détruisant une si belle parcelle ? ». Pas besoin de réponses aux questions de Marco. Et celui qui a fait cette plantation semble avoir marqué les esprits de beaucoup (Tenuta di Fessina dans la première partie).
Un peu plus loin au milieu d’une vigne jeune, Marco nous signale la beauté de deux arbres énormes. Et il fait remarquer que si ces arbres prospèrent aussi bien sur cet endroit c’est que tout simplement le sol est très riche et incompatible avec une viticulture de qualité.
Nous passons ensuite devant certaines parcelles dont le sol n’est pas travaillées et montrent des signes de faiblesse avec la sècheresse qui sévit (les feuilles tournent au jaune). A côté, les vignes de Guardiola de Marco sont superbes, autant d’un point de vue esthétique que de l’état des ceps avec un feuillage bien vert. Il nous signale que la différence vient du travail du sol. Les vignes piochées à la main quand elles sont en gobelets doivent plonger profondément leurs racines dans le sol afin de trouver l’eau. Les vignes non-travaillées auront tendance à produire des racines superficielles sensible à la sècheresse.


Contrada Guardiola de Terre Nere

Il se désole aussi de voir d’excellentes parcelles à l’abandon rachetées par certains vignerons qui ne font rien. Alors que d’autres se ferait un plaisir de les planter. Néanmoins, il n’est pas dupe et comprend bien que replanter des vignes sur ces terrasses demandent beaucoup de travail et d’argent.
Comme vous l’aurez compris, Marco travaille dans le plus grand respect de ses terroirs et l’agriculture biologique est pour lui un moyen d’aller vers son objectif.

CR: Le Vigne di Eli – Etna Bianco 2011
100% Carricante
Nez assez intense à la fois frais sur du citron, pomme verte et plus mûr sur la poire, pêche. Côté minéral prononcé pas si éloigné de Chablis avec des notes d’embruns, coquille broyée. Très grande netteté.
En bouche, le vin est élancé, droit avec une acidité tranchante mais mûre et balancée par un léger gras et une belle matière. Sensation minérale et salivante. Belle longueur.
Très bien -.

CR: Tenuta delle Terre Nere – Etna Rosato 2011
Nez fin et délicat de bonne intensité sur des fruits rouges, rose. Notes fines de foin et d’herbe. Très précis.
Moyennement puissant avec un attaque ronde qui s’affine lorsque l’acidité s’affirme. Belle intensité sur ce côté framboise, groseille et foin. Longueur bien.
Un très beau rosé.

CR: Tenuta delle Terre Nere – Etna Rosso 2011
Nez intense sur un fruit mûr sur la cerise et des petits fruits rouges. Complété par des épices et des herbes sèches. Superbe et un cran au dessus des précédents millésimes.
Assez puissant, côté gourmand. Matière volumineuse et trame tannique qui s’avance et imprime sa force mais en finesse. La qualité des tannins est bien. Longueur très bien.
Très bien -.

CR: Tenuta delle Terre Nere – Etna Rosso Santo Spirito 2011 en botti
Nez élégant, fin et profond. Il couvre l’horizon. Côté féminin. Arômes de fruits rouges, cerise noire, floral avec un côté terreux et fumé. Superbe.
En bouche, le vin est fin, élégant soutenue par une acidité qui élève le vin. Trame tannique et acide fine et mûre. Longueur très bien +.
Excellent.

CR: Tenuta delle Terre Nere – Etna Rosso Calderara Sottana 2011 en botti
Vin nettement plus puissant avec un fruit plus mûr et noir. Côté épicé et riche avec toujours ce côté terreux, fumé.
En bouche le vin est puissant avec un fruit mûr en milieu de bouche. Structure musculeuse qui laisse sa marque dans la bouche. Très belle persistance.
Excellent.

Lors d’une soirée dégustation à la pizzeria Cave Ox, nous avons pu déguster Le vigne di Eli bianco, Santo Spirito, Calderara Sottana, Guardiola et Don Peppino. Je n’ai pris aucune note mais la différence entre les vins était flagrante avec un Guardiola fin et frais. Don Peppino étant le vin le plus puissant et le plus volumineux mais qui réussit à garder de la finesse. Constat similaire pour Le vigne di Eli bianco que lors de la dégustation chez Marco.
03 Mar 2013 16:09 #3

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Réponse de bertou sur le sujet Azienda Agricola Frank Cornelissen

Rendez-vous nous est donné au téléphone à la pizzeria Cave Ox à Solicchiata par Frank. J’ai bien compris qu’en période de vendanges, Frank évite soigneusement les visiteurs.
Nous avons à peine débuté les salutations que nous nous sommes aperçus que le dialogue pourrait se faire en français. Frank est surpris de rencontrer des émigrés français en Norvège. On aurait pu dire la même chose sur lui. Nous avons juste choisit les directions opposées ;-)

Frank est en pleine vendange des cépages blancs, et la première chose qui nous frappe c’est le stress qu’il dégage. D’emblée, il nous parle des difficultés de ce millésime pour les blancs en replaçant sans cesse sa casquette, en passant sa main dans sa barbe. Le manque d’eau cette été, les maturités très hétérogènes en blanc l’amenant à faire un compromis entre sur-maturité et sous-maturité. Dans son travail, Frank semble être un éternel insatisfait.
Entre le jovial et positif Marco de Grazia et Frank plein de stress, la différence est frappante.

Nous comprenons que notre visite sera de courte durée. Nous n’avons tout simplement pas envie de le déranger en plein travail.

Comme Andrea Franchetti et Marco De Grazia, Frank Cornelissen est arrivé sur l’Etna au début des années 2000. Ce belge d’origine recherchait un lieu pour faire un grand vin et après avoir vagabondé dans toute l’Europe, il est tombé littéralement amoureux du terroir de l’Etna Nord.
Le domaine s’étend sur 12 hectares répartis en une douzaine de parcelles sur l’ensemble du territoire nord entre Solicchiata et Randazzo. Frank ne cesse de s’agrandir et va faire l’acquisition de nouvelles parcelles. Les vignes en production sont en gobelet et toutes travaillés à la main et beaucoup de vieilles vignes dont certaines plus que centenaires. Il a aussi replantées certaines vignes franches de pied. Le coût de revient est important pour tout ce travail manuel et il a des difficultés à rentrer dans ses frais pour son vin de base le Rosso del Contadino (rouge du paysan en italien) qui est son principal vin en terme de volume. Il se pose la question de mettre certaines vignes en espalier.
Le travail de Frank à la vigne est issu de différentes philosophies : agriculture biologique, biodynamique et naturelle. Son but est de faire des vins de l’Etna et il n’a cure des chapelles. Ses vins doivent s’exprimer par eux-mêmes. L’homme ne doit pas être interventionniste mais accompagnateur. Et cela passe par un nombre important d’heures dans les vignes et les mains de Frank parlent d’elles-mêmes. Il essaie au maximum de ne pas traiter ses vignes et il y arrive dans de nombreuses années. Beaucoup de vignes de Frank sont un peu différentes des autres car on y retrouve des arbres fruitiers et d’autres plantes (sarrasin) au milieu des ceps. Les densités de plantation sont donc plus faibles que ce que l’on retrouve ailleurs sur l’Etna. Son but est d’avoir des vignes ventilées et surtout de créer un écosystème qui s’autorégule. Le travail du sol est réduit à sa plus simple expression. Néanmoins, il a utilisé la houe sur ces jeunes vignes cette année. Rien n’est fixé et tout dépend des conditions qui vont être rencontrées.

Le travail à la cave est sans ajouts de quoi que ce soit. Il travaille sans soufre. Lorsque nous rentrons dans la cave, la propreté et l’hygiène sont frappantes. Je crois que je n’ai jamais vu une cave aussi propre. On pourrait manger sur le sol. Et sur l’hygiène, Frank est très très tatillon. Cet homme est extrêmement minutieux. D’ailleurs, lorsque nous avons fait tomber une goutte de moût en fermentation sur le sol, il attrape de suite une éponge. Et quand nous nous éloignons des lieux après notre visite, il nettoie le sol aussitôt derrière nos pas.
Cette hygiène extrême se retrouve dans les cuves de fermentations qui sont des bacs en plastique facilement nettoyable qui ne laisse aucune aspérité où des micro-organismes néfastes pourraient se loger. Pour éviter des débuts de fermentations poussives et potentiellement à risque pour le développement de levures non souhaités, Frank réalise toujours un pied de cuve qui va lui permettre d’ensemencer les différentes cuves. Les raisins sont toujours égrappés et les jus fermentent avec les peaux pour les trois couleurs (rouge, rosé, blanc). Ainsi le vin blanc est un vin orange, le vin rosé un mélange de raisins blancs et rouges. Pour les vins rouges il peut utiliser les rafles qu’il aura préalablement fait sécher dans des bacs sous atmosphère protégée pour éviter toute contamination. Les macérations sont longues et varient selon le vin et le millésime. Les élevages sont courts et en cuve plastique sauf pour le Magma qui se fait en amphores émaillées à l’époxy.


Dans la cave de Franck

En ce qui concerne les cépages, le Nerello Mascalese est le seul cépage qui soit digne d’intérêt en rouge, le Nerello Cappuccio étant de faible intérêt. Même si il utilise d’autres cépages comme l’Alicante, Minella Nera, Uva Francese pour son Rosso del Contadino. Comme il l’affirme : « les ceps sont au milieu des autres, ils se retrouvent dans le vin ». Pour les blancs, Frank ne trouve aucun intérêt dans le Carricante qu’il compare au Riesling. Trop acide et toujours le même type d’arômes fruités facile à aimer. C’est son point de vue et il a le mérite d’être clair. Il préfère le Grecanico Dorado qu’il compare au Chenin Blanc avec son amplitude, son corps et ses arômes miellés. Le seul qui puisse donner d’excellents vins.

Frank propose les cuvées suivantes et elles sont toutes en appellation Vino de Tavola :
- Susucaru : un rosé issu d’un mélange de raisins blancs et rouges fermentés et macérés ensemble. Cépages Malvoisie, Muscat noir et Nerello Mascalese.
- Rosso del Contadino : son vin rouge le plus simple issu d’un mélange.
- Munjebel Bianco : Le nom Munjebel est issu de Mongibello qui est un autre nom de l’Etna (de « mons » en latin et « djebel » en arabe qui signifient tout les deux montagne) : vin blanc de macération ou vin orange issu des cépages Grecanico Dorado (70%), Catarratto (15%), Carricante (10%) et Copa di Volpe (5%).
- Munjebel Rosso : issu uniquement du Nerello Mascalese de différentes contrade. On retrouve aussi Munjebel VA pour Vigna Alte issu de contrade situées entre 800 m et 1000 m d’altitude (Barbabecchi, Barbabecchi "Cuttuaru", Guardiola et Tartaraci). Munjebel MC pour Monte Colla qui est le nom de la vigne dont est issu le vin.
- Magma Rosso est une sélection rigoureuse de Nerello Mascalese produite dans les meilleurs millésimes lorsque le vin peut être qualifié de grand selon Frank. Le plus souvent issu de la contrada Barbabecchi à 1000 mètres d’altitude et portant l’indication VA. Pour ce vin, la sélection est drastique et chaque grappe est inspectée minutieusement avant les vendanges afin d’éliminer les grains dont la maturité est insuffisante.

Sur l’Etna, Frank est considéré comme ayant des pratiques peu orthodoxes mais tout le monde respecte son acharnement au travail, son approche sans compromis couplée à un bon sens paysan.


Contrada Barbabecchi dont est issu Magma

Enfin, parmi les aficionados de vins nature, Frank Cornelissen est considéré comme un incontournable même si il considère qu’il ne fait que des vins de l’Etna. Par le passé, j’ai eu des rencontres plus ou moins heureuses avec les vins de Frank. De nombreux vins déviants et c’était un peu la loterie lorsque j’ouvrais des bouteilles. Désormais, les vins ont beaucoup moins de problèmes si l’importateur prend bien soin de les transporter dans d’excellentes conditions. La nouvelle cave de Frank qui est opérationnelle depuis le millésime 2010 et sera entièrement terminée pour les vendanges 2014 n’est peut être pas étrangère à ce fait.

Les vins ci-dessous ont été bus sur l’Etna, dans un restaurant qui possède des conditions optimales de conservation.

CR: Magma VA 8 2009
Le vin est réduit et présente du CO2 à l’ouverture. Avec l’aération, il s’ouvre sur un superbe nez d’une grande complexité sur les fruits rouges, prune fraîche, herbes sèches, épices et cette patte fumée, terreuse qui signe de nombreux vins de l’Etna. Un mélange de finesse et de puissance superbe. Le volume est vraiment impressionnant.
En bouche, le vin est puissant avec une certaine richesse (15 % d’alcool) mais doté d’un raffinement assez extraordinaire. L’équilibre est magistral et la matière est dense, concentrée mais aérienne. Qualité des tannins remarquable très bien intégrée. Longueur impressionnante en fraîcheur avec des notes d’herbes sèches, fenouil et terreuses complétées par les petits fruits rouges.
Grand vin.

Frank, entre dans le restaurant et nous offre deux fonds de bouteilles.

CR: Magma VA 2011 pas encore mis en bouteille.
Le vin présente les mêmes caractéristiques que le 2009 mais il est plus puissant, mûr. La structure tannique toute aussi fine est plus importante mais avec toujours cet équilibre magistral. La concentration est du même acabit.
Grand vin

CR:Rosso del Contadino 2011
Clairement plus simple il propose un joli fruité croquant pur et net. Arômes sur les petits fruits rouges, cerise, complétés par quelques épices. Vin puissant avec une belle acidité. Forte structure tannique un peu rustique. Bonne longueur.
TB -.

CR: Magma VA 7 2008
Le nez est peu réduit et s’offre rapidement au plus grand plaisir de notre nez. Grande pureté et netteté sur un fruit plus frais que le 2009 avec de la fraise, petits fruits rouges, délicate touche florale. On ressent aussi du fruit noir couplé à un côté terreux, fumé et d’herbes sèches. Un vin multidimensionnel.
La bouche est assez similaire au 2009 mais l’équilibre tend encore plus sur la finesse. Sensation tactile et cet équilibre fabuleux entre puissance et raffinement. La longueur est exceptionnelle.
Grand vin.

CR: Munjebel 10th Anniversary 2010
Ce vin est un magma déclassifié.
Le nez est superbe sur les fruits rouges, groseille. Profond et puissant. Par contre il n’a pas l’amplitude des Magmas.
Le vin est puissant avec un bel équilibre mais il manque un peu de volume. L’équilibre est moins jouissif et les tannins au grain plus gros. Il ne faut pas croire que ce vin est mauvais pour autant. C’est vraiment superbe. La longueur est excellente mais sans l’allonge des Magmas.
Excellent.

CR: Munjebel VA 8 2011
Le vin demande de l’aération car il présente du CO2.
Vin très jeune marqué par des arômes amyliques. Sirop de grenadine, fraise Tagada. Au cours du repas il prend des notes de groseille, framboise, griotte. On retrouve bien caché des herbes sèches et ce côté fumé, terreux. Il n’est pas très complexe mais possède une belle précision.
En bouche, il est assez puissant marqué par sa colonne acide et une structure tannique carrée. La matière est dense avec un bel équilibre et la longueur est très bonne.
Très bien mais à patienter.
03 Mar 2013 16:13 #4

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Réponse de bertou sur le sujet Azienda Pietradolce – Michele et Mario Faro

Nous retrouvons Michele Faro devant le parvis de l’église de Solicchiata. Les caves se situent près de la mer à Carruba di Riposto sous le village de Zafferana à une grosse demi-heure de route. Nous préférons faire un tour dans les vignes et mieux comprendre le terroir.

Le domaine s’étend sur 11 hectares répartis sur deux zones : une vigne de Carricante sur Milo pour le blanc situé sur le versant est du volcan. Et sur Solicchiata pour les cépages rouges. C’est un petit domaine que Michele ne souhaite pas agrandir, sauf s’il trouve une vigne remarquable. Cette surface lui permet une gestion précise et minutieuse de ses vignes. De création récente (2005), le domaine se fait remarquer dès son premier millésime (2007) dans le Guide Gambero Rosso avec trois verres, la mention la plus haute du guide. Depuis, les vins se retrouvent régulièrement dans de nombreux guides qu’ils soient italiens où internationaux. A noter que le célèbre œnologue Carlo Ferrini (Fonterutoli, Poliziano, Barone Ricasoli, Sette Ponti entre autres) est consulté. Carlo Ferrini est célèbre pour ses vins relativement noirs et mûrs avec des élevages en barriques. Pour Pietradolce, les tonneaux en bois français de 500 à 700 litres sont privilégiés respectant plus la finesse du Nerello Mascalese. Il faut souligner que Carlo Ferrini conseille de plus en plus les élevages en tonneaux.

Sur Milo, l’acquisition est récente. Michele, lors d’une balade, est tombé amoureux d’une vieille vigne centenaire, franc de pied. A l’origine, il ne souhaitait pas faire de blanc mais comme il le dit lui-même, il ne pouvait laisser cette magnifique vigne aller vers un abandon certain ou dans les mains d’un autre. Elle couvre un hectare et demi avec des rendements oscillants entre 0,5 et 1 kg de raisin par pied. Le premier millésime sur le marché est le 2011.
Michele nous affirme que le Carricante est un cépage qui peut donner de grands vins, il suffit qu’il soit planté sur les bons terroirs et avec des rendements faibles. Le cépage ayant tendance à donner de haut rendement naturellement. Il rajoute aussi que si les anciens avaient planté le Carricante sur Milo avec son climat froid et pluvieux, c’était tout simplement que cette zone était la plus apte à donner les meilleurs blancs. Il ne pense pas mettre en doute cet état de fait et s’appuie beaucoup sur le travail réalisé par les générations précédentes.


Contrada Zottorinoto de Pietradolce

Pour le Nerello Mascalese, le domaine possède des vignes sur deux contrade : Zottorinoto avec des vignes âgées de 50 à 70 ans en espalier. Et contrada Rampante avec des jeunes plantations près de la route Linguaglossa / Randazzo (au plus bas de la contrada) et des vieilles vignes de 60 à 70 ans en alberello plus en altitude à 900 m.

Le domaine va lancer un nouveau vin rouge à partir du millésime 2010 issu des vieilles vignes en alberello de Rampante. Il portera le nom de Barbagalli, le nom de cette vigne. Il est élevé un an de plus en foudre que l’Archineri Rosso afin d’affiner ce vin puissant et tannique. James Suckling, critique américain, a récemment goûté ce vin et risque de lui mettre la note maximale de 100, nous affirme Michele. Il obtient finalement la note de 99/100 lors de sa publication en novembre 2012. N’ayant pas tout à fait les mêmes goûts que Mr Suckling, j’attends impatiemment de me faire une idée quand le vin sera disponible en Norvège. Mais je ne peux que féliciter Mario et Michele pour cette superbe note.


Vigna Barbagalli de Pietradolce

Le domaine travaille en agriculture biologique mais ne souhaite pas de certification tout simplement pour éviter la paperasserie et afin que ses vins ne se vendent pas pour ce label. Cette méthode de travail est pour Michele, un des meilleurs moyens d’exprimer le terroir dans ses vins et de protéger le patrimoine de vieilles vignes qu’il a reçu.

Michele est un fervent défenseur de la tradition et essaie de faire le pont entre le savoir-faire de générations de vignerons sur l’Etna et la modernité par l’utilisation des dernières technologies afin que le vin s’exprime au mieux. La technologie n’est jamais utilisée à outrance. Ainsi, il ne tarit pas d’éloge pour les vignes en alberello. La nouvelle plantation est d’ailleurs plantée selon cette méthode malgré les coûts de travail supplémentaires que cela représentent (une vigne en alberello en terrasse coûte environ 3,5 fois plus qu’une vigne en espalier selon Michele). Et lorsque nous nous baladons dans la vigne Barbagalli, Michele ne cesse de nous vanter la beauté de cette vigne et d’affirmer tout simplement qu’une vigne magnifique aux yeux ne peut que donner un excellent vin. Il ne cessera d’appuyer le côté esthétique de la vigne et du vin tout au long de la visite.

La famille Faro a ses racines sur l’Etna et le grand père de Michele faisait du vin de Nerello Mascalese de son petit lopin de vigne comme de nombreuses familles à l’époque. Michele en garde quelques souvenirs plein de nostalgie et je comprends mieux pourquoi il est tant attaché aux traditions.

Enfin la famille Faro, c’est aussi un empire dans l’aménagement paysager, les espaces verts. Ils travaillent notamment pour le Louvre et le Roi Abdullah II Amman de Jordanie. Ceci pour signaler que l’apport financier n’est pas un problème pour le domaine. Ils possèdent également un hôtel restaurant haut de gamme.

Les différents vins produits sur l’azienda :
- un blanc : Archineri bianco
- un rosé
- deux rouges : Archineri Rosso et Barbagalli.

Nous n’avons pas dégusté de vins lors de notre visite car la cave n’est pas située sur Solicchiata. Mais Michele nous a offert une bouteille d’Archineri Rosso pour combler cet état de fait. Merci.
03 Mar 2013 16:16 #5

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Réponse de bertou sur le sujet Azienda Agricola Fratelli Grasso

Si je fais une présentation de ce domaine c’est avant tout pour montrer une cave traditionnelle de l’Etna qui élabore du vin. C’est la seule qui utilise encore le vieux palmento avec son pressoir traditionnel nous explique le propriétaire des lieux. Certains l’utilisent encore mais dans le cadre d’une consommation familiale. Des interviews de Salvo Foti que j’ai lues ultérieurement indiquent que ce système est interdit par l’UE à cause du manque d’hygiène. Salvo Foti ne cesse de pester contre cette règle. Je ne sais donc pas où est le vrai.

Cette azienda était avant tout notre lieu de villégiature. Nous y avons fait aussi une journée de vendange.

Ce domaine est dirigé par Michele et Mario Grasso sur la localité de Passopisciaro dans la villa Santo Spirito qui a donné son nom à une contrada.
Le domaine est principalement situé sur la contrada Santo Spirito et s’étend sur 10 hectares. Michele et Mario ont tourné leur domaine viticole vers le tourisme par la création de chambres d’hôte, d’un restaurant, d’un musée des traditions agricoles et l’accueil de nombreuses écoles. Certains jours, Michele avait plus de 100 enfants autour de lui qui l’écoutaient raconter la manière traditionnelle de faire du vin sur l’Etna.

Michele va maintenant sur ses soixante ans et nous avons vraiment aimé discuter avec lui. Un homme ouvert, intelligent qui possède un riche savoir, et un recul sur l’Etna et sur son domaine remarquable.
Il a pleinement conscience qu’il ne peut concurrencer les domaines précités en termes de qualité. Cela demanderait des investissements lourds, la perte de la plupart des clients qu’il possède que son père, grand-père avaient (il écoule sa production sans problèmes), la recherche d’une nouvelle clientèle... Un travail complètement différent de celui qu’il réalise à l’heure actuelle. Il faut respecter des demandes différentes en terme de vin, il y a de la place pour des viticultures différentes nous dit-il. Néanmoins, il est prêt à réaliser des changements si sa petite-fille qui étudie la viticulture / œnologie à l’école de Marsala souhaite s’installer.

Nous commençons la visite par la partie haute du palmento avec son pressoir avant de descendre à la cave proprement dite.
Le moût fermente dans cette large cuve en ciment :

Le vin est ensuite soutiré et séparé de ses peaux et pépins :

Il s’écoule ensuite dans une rigole en ciment qui descend dans la cave. Elle est percée de petit tube de fer. Ces derniers sont situés au dessus de chacune des botti :

Une botte toujours en utilisation :

La plus grande botte du monde d’une contenance de 32 000 L qui va faire son entrée dans le livre Guinness des Records :

Les botti sont en bois de noisetier.
La gravité est utilisée à son maximum. Lorsque la cave a été construise, les pompes étaient tout simplement inexistantes.

Revenons au pressoir qui fait la grande fierté de Michele et Mario. Ce type de pressoir était utilisé par les Romains et il aurait été importé à Passopisciaro au VIIe siècle.

Le gros tronc est en bois de sorbier d’une seule pièce.
Du côté de la vis, une pierre taillée à la main d’un poids de 3 tonnes environ est pendue.

De l’autre côté, sous la table de bois, environ 3 tonnes de marc sont prêt à être pressés :

Le marc est maintenu par un jeu de cerceaux

Il n’y a plus qu’à faire tourner la vis pour que la table de bois vienne écraser le marc.

La cave a aussi été construite afin de garder au maximum une température fraîche. Seul le mur derrière les botti est contre la roche. La cave n’est donc pas complètement enterrée. Elle fait face au nord bien entendu. Autour du mois de juin, lorsque la route du soleil est située le plus au nord, les rayons du soleil s’arrêtent à seulement trois centimètres du mur. Les murs de la cave ne sont donc jamais en contact direct avec le soleil.
Le toit aussi a été construit avec le même souci de garder une température fraîche. Le mur contre la roche est élevé alors que celui de l’autre côté face au nord est court. L’air chaud monte dans la partie la plus haute contre le mûr froid situé près de la roche et se refroidit. Cet air froid redescend ensuite sur les botti Il se créé ainsi un mouvement d’air qui favorise au maximum la fraîcheur.

A noter aussi les ouvertures dotées de volets très épais :


Nous terminons notre visite par le musée des traditions agricoles situé dans l’ancien moulin à huile. Michele nous explique le pressage des olives lorsqu’il avait lieu dans le moulin il y a quelques dizaines d’années. Nous passons en revue toute une magnifique collection de vieux outils utilisés dans les champs, caves, moulin à huile dont Michele connait l’histoire et le fonctionnement.

L’accueil de Michele est vraiment superbe. Il passe du temps avec nous, nous conseille sur les visites à faire dans le coin et pas forcément les plus touristiques. Bref, un excellent endroit.

CR: Etna Rosso Don Eustachio 2009
100 % Nerello Mascalese
Nez moyennement puissant, sur un mélange de cerise, fruit noir, humus, cuir. On sent un peu l’alcool. Pas des plus profonds mais sympathique.
Assez puissant en bouche malgré une attaque fine. Les tannins sont bien présents et un peu rustiques. Intensité moyenne. Chaleur présente en finale. Longueur correcte.
Correct.
03 Mar 2013 16:22 #6

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Réponse de bertou sur le sujet Autres vins et sources

Vins dégustés sur place :

CR: Tenuta di Fessina – Laeneo 2010
100% Nerello Cappuccio
Couleur peu profonde rubis.
Nez fruité sur la framboise, fraise écrasée, compote de pomme. Touche de réglisse. Côté gourmand et immédiat.
Attaque, ronde gourmande avec une grande buvabilité. Moyennement puissant, acidité moyenne qui donne une sensation soyeuse au palais. Tannins moyennement présents, très fins avec une texture glissante. Intensité aromatique bonne et longueur bien.
Bien +, dans un style facile à boire.

CR: Ciro Biondi – Etna Rosso Monte Ilice 2007
Issu d’une seule vigne en forte pente dans la partie sud de l’Etna.
Couleur claire brique brillante.
Nez intense, très net sur un mélange de confiture de cynorhodon, griotte, kirsch, sous bois d’automne, truffe. Et au fil du repas, des arômes de fumé, pierre chaude, épices s’intensifient. Beaucoup de complexité, et volumineux qui joue sur la finesse avec beaucoup de notes légères.
Vin moyennement puissant en bouche qui joue sur la finesse et la suavité. Superbe toucher fin avec un fruit doux bien balancé par l’acidité. Tannins fermes mais fins et en complète union avec la matière. Sensation saline et minérale fantastique. Longueur excellente. Avec de la truffe et une pointe mentholée qui rafraichit la bouche. C’est très typé.
Grand vin.

J'espère tout simplement que ceux qui ne connaissent pas l'Etna tomberont, comme moi, amoureux de ses vins.
Enfin merci et félicitations à ceux qui auront tout lu ;)

Sources :
Livres :
- Robert V. Camuto : Palmento: A Sicilian Wine Odyssey
- Robinson, Vouillamoz, Harding : Wine Grapes
Sites et bloggs :
- Consorzio di Tutela dei Vini Etna DOC
- Jancis Robinson
- Tom Atkin
- Simon Woolf
- Aperitif.no
- Loren Sonkin
- les sites des producteurs
- et ceux dont j’ai oubliés les références
03 Mar 2013 16:25 #7

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Réponse de Luc Javaux sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Tout simplement exceptionnel ! (tu)
Merci à toi.

Luc
03 Mar 2013 18:37 #8

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Réponse de oliv sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Magnifique !! (tu)(tu)

Oliv
03 Mar 2013 21:51 #9

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Réponse de philippe03 sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

[size=medium]Magnifique reportage qui me rappelle de bons souvenirs.[/size] (tu)(tu)(tu)

Philippe
03 Mar 2013 22:14 #10

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Réponse de jpm sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

je me joins à tous ces commentaires élogieux, merci (tu)

Benoît.
03 Mar 2013 22:15 #11

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Réponse de bobfutur sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Bravo Bertrand !
Hâte de lire tout ceci demain à tête reposée, vu mon amour croissant pour les vins de l'Etna !

Paul
03 Mar 2013 22:55 #12

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Réponse de Patrick Bottcher sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Splendide !

Patrick Böttcher
VinsLibres.net
03 Mar 2013 23:53 #13

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Réponse de bertou sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Merci beaucoup pour vos retours !!!!
N'hésitez pas à compléter ou à corriger.
04 Mar 2013 06:31 #14

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Réponse de oenofafa sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Superbe reportage!
Du vrai travail de pro!!
Moi qui envisage de faire le même voyage (pour les mêmes raisons!), c'est une mine d'information...
François
04 Mar 2013 09:53 #15

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Réponse de oliv sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

En écho au travail superbe de Bertrand, un joli billet sur l'Etna, son ambiance, ses vins.

acevola.blogspot.fr/...
11 Juil 2013 17:13 #16

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Réponse de bertou sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Merci pour le lien Oliv. Un beau reportage (tu)

J'ai enfin réussit à mettre la main sur les vins de Salvo Foti. Je devrais ouvrir une première bouteille dans quelques temps et donner bien sûr mes impressions.

Cordialement,
11 Juil 2013 17:47 #17

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Réponse de Dom sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Je suis actuellement en vacances pas loin de Randazzo et je suis passe hier au Tenuta del Terre Nere a l impro pour une premiere. Personne pour me faire visiter, mais je suis repartit avec 2,3 quilles, enfin 6 parce qu ils prennent pas la carte. C est un domaine que je connais bien et que j apprecie depuis 4 ans, grace a mon caviste. Et j ai de suite ete sous le charme. J avais commence gros avec la cuvee pre phylo a l aveugle. Tellement different de tout ce que j avais pu gouter. On retrouve cette 'Etna touch' des la premiere cuvee, je trouve cela magnifique.

Un livre pour Foti: La montagna di fuoco, que j ai pas lu, pas trouve de version francaise....
Attention par rapport a Tenutta del terre nere, les vins de Foti, ne se devoile pas dans leur jeunesse et on besoin de quelques annees de bouteiles.

Dom
13 Juil 2013 21:22 #18

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Réponse de bertou sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Merci Dom,
nous avons eu une excellente discussion avec le caviste qui vendait les vins de Foti et effectivement il m'a dit que le rouge Vinupetra demandait du temps. L'Etna rosso étant plus accessible. Quant au blanc et au rosé, il n' y avait pas de soucis.
Des amis ont rendu visite à Salvo Foti à Pâques, ils ont été complètement sous le charme des vins (blanc, rosé et rouges).

Pour le bouquin, il est uniquement disponible en italien.
Je n'ai plus le choix, je vais commencer à apprendre cette langue.
15 Juil 2013 08:13 #19

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Réponse de edoucel sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

L''Etna touch', en effet elle m'avait marqué moi aussi, on reconnait vraiment l'importance que cela peut avoir sur le vin. De mémoire il s'agissait tous de vins très puissant, quand j'y étais passé il y a 5 ans.


"Le verre de pinot est une vraie drogue, qui chauffe les tempes, avec une sensualité incroyable, une sorte d’abandon sexuel".

"Le Bordeaux on sent la texture sous la langue : il existe toujours une retenue, on peut parler de réserve, de puritanisme"
15 Juil 2013 08:39 #20

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Réponse de bertou sur le sujet Article Enogea sur l'Etna

Un très bel article sur l'Etna qui date un peu (fin 2010) mais très intéressant mais en italien de la superbe revue Enogea.
Enogea 32 : Etna
27 Aoû 2013 15:34 #21

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Réponse de bertou sur le sujet Voyage sur l'Etna par ses vins

Le temps passe vite, et il était important de repartir à nouveau sur cette merveilleuse île qu'est la Sicile. Avec en point de mire, l'Etna qui domine le paysage. Malheureusement, impossible de prendre l'avion, de se balader dans les vignes, de sentir le soleil chauffer nos peaux blêmes de scandinaves. Il faut trouver un autre moyen de s'évader et cela s'impose tout simplement comme une évidence. Notre moyen de transport sera la table du salon avec les sens dans les vins de Sicile, une cuisine d'inspiration sicilienne.

Nous sommes 11 à faire ce beau voyage avec juste la Sicile comme pensée.

Nous faisons quand même une entorse pour l'apéritif avec :
CR: Vouette et Sorbée - Blanc d'Argile Extra Brut Base 2008
Joli nez de belle intensité avec un fruit mûr sur le citron confit, mirabelle. Belles notes de craies, de farine, brioche. Touche de miel sur le fond de verre.
Bouche assez puissante, on sent un fruit mûr et ample. Le vin se resserre grâce à une acidité importante mais "polie" et bien intégrée. Le vin montre une belle touche phénolique, amère qui prolonge le vin. Très belle longueur ample.
Très bien +.

Notre premier guide de l'Etna sera l'Azienda Vinicola Benanti. Elle va nous emmener sur le flanc est du volcan et nous montrer son interprétation du cépage blanc Carricante sur le terroir de Milo.
CR: Pietramarina 2004
Superbe nez ouvert, parfaitement évolué. Un beau mélange entre citron, miel, mousseron, pierre à fusil. Un côté chablis évident. Beaucoup de netteté et de la profondeur.
Bouche moyennement puissante avec un beau gras en attaque. Équilibre avec une acidité ciselée, fine. Belle énergie. Superbe intensité aromatique qui envahit la bouche et se prolonge longuement. Belle sensation saline en finale aussi.
Excellent +.

CR: Pietramarina 2005
Beaucoup plus évolué que le 2004 avec une touche oxydative. Si le vin avait été ouvert seul, cela aurait été sans souci. Mais après le 2004, difficile. Donc le côté noisette, fruit sec ressort un peu.
Bouche assez similaire au 2004 mais le milieu de bouche retombe et la finale est très très loin de celle, superbe, du 2004.
Bien.

CR: Pietramarina 2008
Nez bien sûr plus jeune, un peu fermé avec un beau fruit frais sur le citron, pomme verte. Fines touches d'herbes sèches, touche végétale et un léger fumé.
Bouche sur la même structure que le 2004 mais c'est plus saillant. Sensation salivante sur la fin avec une très belle longueur.
Très bien.

Nous nous dirigeons désormais vers les vins de Salvo Foti. Ce grand œnologue de l'Etna, grand défenseur des traditions de l'Etna nous accueille dans une série de 5 vins. Une occasion formidable de connaître le bonhomme et sa vision au travers de ses vins.
CR: Vigna di Milo - Carricante 2011 bianco
Un vin qui demande de l'aération (CO2, réduction). Nez sur le citron vert, pomme verte, belles touches de poire, côté herbes sèches, fenouil.
Bouche légère, avec une grosse acidité omniprésente à peine équilibrée par un très léger gras. Intensité aromatique moyenne. Par contre, très belle énergie dans ce jus. Longueur bien +.
Très bien. Le lendemain, le vin est plus net et moins saillant.

CR: Vinujancu 2010 bianco
Superbe nez avec un fruit qui flirte avec des notes de mirabelle, pêche jaune, des notes de citron, zeste d'orange. De fines notes florales par ci, des notes de miel, de fumé par là. Très beau parfum.
Bouche moyennement puissante, énergique qui danse sur la langue. Équilibre génial entre acidité mûre et gras. Aromatique intense et cette finale qui fait travailler les papilles. Génial !!
Excellent +. Plein de caractère.

CR:Vinudilice 2010 rosato
La vigne la plus haute de l'Etna à 1300 m d'altitude. Une vigne complantée de cépages rouges (grenache principalement) et de cépages blancs (Grecanico, Minella). Certains cépages seraient inconnus de Salvo Foti.
Un bouchon gâche malheureusement la fête. Il est discret mais rédhibitoire. Néanmoins, il n'empêche pas de discerner un vin plein de finesse sur des petits fruits rouges, rose.
Bouche très élégante, fine, tactile. Sensation de fragilité. Et puis le goût de bouchon prend le dessus. Flûte, ma seule bouteille :(

CR: Etna Rosso 2010
Nez puissant sur un fruit mûr. Notes de confiture de fraise, épices, notes de cuir, garrigue, fumé. Très beau nez.
Bouche puissante, équilibre sudiste. Le vin est plein, énergique avec des tanins superbes d'un grain très fin. Mais très nombreux. Très belle longueur mais un peu chaude.
Très bien.

CR: Vinupetra 2007 Rosso
Nez superbe de profondeur avec un fruit mûr et noir, du cuir, tabac blond, figue, épices et côté fumé. Par contre on sent la puissance du vin.
Et c'est confirmé. Grosse bouche avec de la richesse soutenue par une bonne acidité mais surtout de nombreux tanins soyeux, jamais agressifs. La structure tannique est bien dans la matière. La longueur est très bonne. Là aussi, sensation de chaleur malheureusement.
Excellent -.

Cela bavarde autour de la table, de beaux sourires aux lèvres, des éclats de rire. Nous sommes tous immergés. Andrea Franchetti pointe le bout de son nez et il souhaite nous faire découvrir sa version du terroir de l'Etna nord et comment sa perception des lieux a évoluée au fil du temps. Ce sont CR: 5 millésimes du vin Passopisciaro qu'il nous fait découvrir.

Nous commençons par le 2006 évolué, à point sur des fruits secs, cynorhodon, herbes sèches, figue. Bouche puissante, solaire, structure polie et bien présente. Un peu plat en bouche néanmoins. Longueur bonne.
Le 2007 est plus fin avec une aromatique moins mûre. On reste clairement dans le même style. La bouche est plus fine mais reste puissante, la structure est plus marquée mais en parfait accord. Longueur bien.
Le 2008 apparaît plus jeune. Il y a plus d'amplitude, plus de fond. Fruit plus noir et moins évolué. Belles notes de charbon de bois, épices. La bouche est plus puissante mais aussi plus structurée. Pas de sensation de richesse. Longueur très bien.
Le 2010 est déjà bien différent. Il y a un saut entre ces deux millésimes. Le vin est certes plus jeune mais surtout plus nuancé, avec des fines notes plus présentes. La bouche est puissante mais possède une énergie, un jus que les 3 autres n’avaient pas. Belle acidité et belle structure tannique, encore saillante. Longueur très bonne.
On finit notre voyage chez Franchetti avec le 2011. C'est tout jeune mais il confirme le 2010 dans une orientation plus fraîche et plus parfumé. C'est très beau. La bouche est plus puissante que le 2010, plus de matière, plus de structure aussi. Mais il y a une plus grande harmonie, rien ne ressort, belle unité. Longueur très bien.

Cette fois-ci, on part à l'aveugle. Le voyage se fait plus hésitant et mes compagnons se concentrent sur les verres. Silence avant que les perceptions de chacun ne fusent.
Le premier possède un fruit noir, mûr, côté cuir, sous bois. Il manque de relief.
Bouche puissante, solaire avec une matière au touché doux. Structure tannique un peu en décalage qui agresse et assèche. La longueur est bonne.
Bien.
CR: C'est Benanti - Serra della Contessa 2003 Rosso

Le second est évolué, plus complexe, moins monolithique, plus volumineux sur un mélange de framboise sèche, cynorhodon, figue, datte, foin, garrigue, fumé.
Bouche puissante mais fine avec un beau touché en délicatesse. Le vin garde son côté solaire. Très bel équilibre, pas de lourdeur. Tanins fins, mûrs et soyeux. Sensation d'unité. Longueur excellente avec un côté salin.
Excellent +.
On descend du volcan pour un arrêt sur les vignes surplombant Messine. CR: Palari - Faro 2005 Rosso

Le troisième est plus jeune avec une robe claire, très pinot. Nez dans le même sens avec des fruits rouges, framboise, grenade, végétal noble, fumé. Fines notes florales.
Bouche en continuité sur la finesse, fraîche et croquante. La structure est fine, c'est frais. La longueur est bonne. Le vin est dans un registre différent. Plus difficile à cerner après la puissance
de 2 vins précédents. En même temps sa digestibilité est très agréable.
Très bien.
On remonte sur les pentes nord de l'Etna et c'est CR: Girolamo Russo - Feudo 2009 Rosso

Marco de Grazzia de la Tenuta delle Terre Nere souhaite lui aussi nous conter l'Etna au travers de 5 vins. Il souhaite nous montrer les différents crus de son domaine sur des millésimes différents. Évidement, pareille invitation ne se refuse pas.
CR: Calderara Sottana 2005
Très beau nez, évolué sur les fruits secs, confiture de cynorhodon,, fruits noirs, fumé, côté garrigue. Sensation de plénitude.
Bouche en pleine adéquation avec le nez. Plutôt puissant, assez riche mais sans lourdeur. Équilibre sudiste. Beaux tanins assez présents polis et gras. En adéquation avec la matière. La longueur est très bonne.
Très bien et du caractère.

CR: Feudo di Mezzo "Il quattro delle rose" 2007
Le nez est moins chaud que le Calderara Sottana, on sent plus les fruits rouges. Évolution plus sur la figue, cynorhodon, sous bois. Belles notes de fumé, herbes sèches.
Bouche plus fine, plus aérienne même si cela reste puissant. Par contre l'amplitude est moindre. Tanins fins, polis. Belle longueur également.
Très bien.

CR: Santo Spirito 2008
Le vin est plus jeune avec des notes de cerises, beau mélanges de notes mûres et d'autres plus fraîches. Très belle profondeur et un beau côté fumé, végétal noble.
Bouche plus marquée par la trame acide et les tanins. Le tout reste enveloppé dans la matière plus riche que les 2 autres vins. Très bonne longueur avec plus de fraîcheur.
Très bien.

Le clou de ce voyage chez Marco de Grazia nous arrive avec deux vins issus de sa vigne pré-phylloxérique : CR: La Vigna di Don Peppino. J'ai bien entendu en tête les excellents 2009 et 2010 qui avaient eu l'effet d'un choc.
Nous débutons avec le 2007. Le nez est beaucoup plus fermé que les précédents. Par contre il est aussi beaucoup plus plat, monolithique. Il est en outre comme empêtré dans une gangue de bois.
La bouche est puissante, serrée. Beau volume mais elle s'écrase devant un boisé envahissant. Les tanins s'assèchent. La longueur est très bonne.
Qu'en est-il du 2008 ? Et bien c'est assez similaire. Le fruit est plus profond, plus jeune et un peu plus éclatant. Mais il reste trop écrasé par le bois.
La bouche plus vivifiante que le 2007 mais le bois semble étouffer ce vin et les tanins séchants s'imposent. Longueur très bonne.

Discussion autour de la table, certains pensent que c'est encore trop jeune et que les vins sont dans une phase ingrate. Il faut patienter.
D'autres, dont je fais partie, pensent que l'élevage est trop appuyé et que le vin ne s'en remettra pas. Où sont les parfums des rouges de l'Etna ? Les nuances ? Disparus par le boisé. Autant au nez, le boisé est discret mais en bouche j'ai été très déçu. Il balaye tout. Dommage, car on sent qu'il y a un sacré jus derrière.
Ces deux déceptions m'ont mis un petit peu en rogne.

Nous quittons désormais l'Etna et nous le remercions chaleureusement de ce voyage. A la fois très instructif mais surtout il nous a donné énormément de plaisir. Cela ne veut pas dire que notre voyage s'arrête là. Nous continuons notre périple en direction d'une autre terre volcanique. A savoir, les Îles Éoliennes et celle de Salina pour être plus précis. Ici, le cépage roi est le Malvasia. Nous l'abordons par sa face sucrée avec :
CR: Hauner - Malvasia delle Lipari Passito 2006
Belle couleur orangée brillante.
Nez intense, net sur la confiture d'abricot, de pêche. Notes de dates séchées. On retrouve du miel, où plutôt des arômes de bonbon au miel. Côté épice, maquis assez enivrant. Avec ces arômes, je me retrouve facilement à me balader au travers les forêts de buissons de Salina. Très belle profondeur.
Bouche puissante, riche mais divinement équilibrée. Plus une sensation de volume que de lourdeur. Belle finale salivante et fraîche.
Excellent.

On ne s'attarde pas sur Salina car les étendues de vignes plantées de Grillo de Marsala nous appellent. Et puis il y a beaucoup d'excitation autour de la table. Le voyage ne sera pas que géographique mais nous allons faire un voyage dans le temps également.
CR: Marco de Bartoli - Marsala Superiore 1860
Couleur brune très brillante, peu profonde, pleine de reflets or.
Nez très intense sur les fruits secs, noisette et noix séchées, huile de bois. Côté sel de mer, huile de bois, encaustique. Il est extrêmement volumineux et il dévoile tour à tour d'autres notes d'épices douces, vieux pecorino (?), gras de jambon pata negra (?). Mais c'est divinement agréable. On se laisse facilement enivrer.
Bouche puissante, chaleureuse. On est envahit par le vin. Acidité basse mais l'équilibre est superbe. Sensation tannique bien présente issu d'un très long élevage en fût qui apporte structure au vin. La finale est très saline, cela fait travailler les papilles et les glandes salivaires. Et quelle intensité en bouche qui ne cesse de venir par couche même lorsque le vin a disparu derrière la glotte.
Grand vin.
Un vin d'une autre époque où le Marsala était très renommé. Peut-être un vin non muté, un "vino perpetuo" qui doit sa force alcoolique à son élevage très long.
Évidemment, on essaie de mettre des événements historiques sur cette date : l'année où Garibaldi conquit la Sicile. Un an plus tard, l'Italie était unifiée. Nous nous perdons dans nos esprits et on reste pantois devant ce vin. Merci Jon pour avoir apporté cette bouteille.

On revient un petit peu sonné de notre voyage, l'arrivée est difficile. On a les yeux qui brillent encore de ce beau périple. Il est pourtant temps de nous séparer.
On se remémore les moments qui nous ont les plus touchés. Le Marsala de 1860 bien évidemment, les vins blancs de Salvo Foti, le Pietramarina de 2004, les belles séries de Passopisciaro et de Terre Nere, le Faro 2005 de Palari.

Un très grand merci à mes compagnons de voyage. On se retrouvera bientôt pour un autre périple.

17 Nov 2013 11:42 #22

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Réponse de Jean-Bernard sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna

Bertou, le Haroun Tazieff de LPV! :)

JB
17 Nov 2013 11:43 #23

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Réponse de oliv sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna par ses vins

Magnifique dégustation, très utile qui plus est pour ceux qui souhaitent découvrir les vins de l'Etna !

Merci Bertrand ! (tu)
18 Nov 2013 08:12 #24

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Réponse de cmch sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna par ses vins

Superbe dégustation, bravo(tu)
Vivement avril que je retourne sur ces magnifiques terres B)-
Salutations vineuses,

Christophe
18 Nov 2013 09:12 #25

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Réponse de a spurs fan sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna par ses vins

Superbe dégustation très instructive Bertrand !(tu)

Je connaissais la réputation des rouges de l'île mais je suis agréablement surpris par tes commentaires sur les blancs

En gamme de prix on se situe comment sur les blancs ?

Frédéric
18 Nov 2013 21:00 #26

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Réponse de bertou sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna par ses vins

Je pense qu'il faut compter entre 20 et 25 euros environ par bouteille.
Cordialement,
19 Nov 2013 07:06 #27

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Réponse de bertou sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna par ses vins

La dégustation date de quelques mois et je m'excuse de ne la publier que maintenant.

En cette journée de septembre, nous voulions organiser un petit match entre deux des producteurs les plus connus de l'Etna Nord, à savoir à ma gauche Andre Franchetti et son domaine Passopisciaro et à ma droite Marco de Grazia et son domaine Terre Nere.
Sur le ring le millésime 2011 uniquement.
Le match semble un peu perdu d'avance pour Marco de Grazia qui fait face avec 3 vins contre 6 pour Andrea Franchetti. Mais tout le monde sait que la qualité ne se fait pas sur la quantité.
Les vins arrivent sur le ring selon l'altitude de la vigne : de la plus basse à la plus haute. Néanmoins, le premier vin est un mélange de différentes parcelles.

Les vins ont été suivis sur deux jours et donc il y aura deux commentaires pour chacun des vins.

Accueillons donc tout d'abord.
CR: Passopisciaro - Passopisciaro 2011
Beau nez mûr et net sur la cerise, groseille, grenadine. Belles notes d'épices et d'herbes sèches. Transparent et de bonne intensité.
Bouche puissante mais avec une forte acidité. Vin incisif avec une grosse structure tannique bien intégrée. La structure est imposante et il faut aimer l'acidité et les tanins. Très bonne longueur salivante.
Jour 2 : Nez plus fin et délicat avec moins de grenadine. Tanins mieux intégrés et moins saillants.
Très bien.

Entre en scène, le vin issu de la vigne la plus basse (550 m), à savoir :
CR: Passopisciaro - Contrada Chiappemacine 2011
Le nez est plus fermé que le précédent et plus noir aussi avec des notes de foin, réglisse, garrigue. Fines notes de fruits rouges, grenadine. Belle pureté encore. Fruit mûr et frais.
Plus puissant et masculin, plus mûr avec des tanins moins saillants. Ce qui ne veut pas dire qu'il y en ait moins. La concentration est meilleure et le vin reste plus longtemps en bouche. C'est plus complexe.
Jour 2 : Là aussi le côté grenadine est moins présent, plus de dimension. Fruit toujours aussi mûr mais on trouve quelques notes florales, fumé. Bouche assez similaire au jour 1.
Excellent -.

On monte de 100 mètres avec le premier vin de Marco de Grazia avec :
CR: Terre Nere - Feudo di Mezzo "Il Quattro delle Rose" 2011
Nez mûr et noir avec de la cerise burlat, cassis, grenadine. Vin qui apparaît plus solaire que les autres. Belle netteté et profondeur grâce à des notes d'épices et d'herbes sèches.
Bouche puissante, riche, presque chaleureuse mais superbement bien balancée par une structure importante, autant tannique qu'acide. Les tanins sont fins et intégrés. La longueur est très bonne.
Jour 2 : Vin plus expressif qui propose des notes plus fraîches parmi son fruit mûr et noir. La bouche reste similaire.
Excellent -.

On reste sur la même altitude (entre 600 et 650 mètres) avec le second vin de Marco de Grazia en lice :
CR: Terre Nere - Calderarra Sottana 2011
Nez aussi mûr que le précédent mais plus épicé et marqué par de belles notes balsamiques. Des notes de grenadine et une pointe vanillée, de viande crue aussi.
Bouche puissante mais je trouve le vin plus transparent que le précédent. C'est masculin et les tanins sont plus gras. Cela reste fougueux quand même. Plus opulent aussi. Longueur similaire.
Jour 2 : Sensations identiques au jour 1.
Excellent -.

Encore 650 mètres d'altitude pour le suivant :
CR: Passopisciaro - Contrada Porcaria 2011
Nez en couche avec un vin qui délivre à la fois du fruit noir et mûr, du fruit rouge, des épices douces, du poivre, un côté balsamique. Complexe et plus profond que les précédents vins.
La bouche est par contre sur la retenue et elle manque de dimension. Le vin ne veut pas parler. Néanmoins, on ressent un vin très énergique, très fougueux avec une structure tannique massive. La longueur est superbe, la plus longue pour l'instant.
Jour 2 : Toujours fermé mais profond. Recroquevillé en bouche mais la structure est plus intégrée.
Excellent +.

On monte un peu plus haut en altitude entre 850 et 900 m d'altitude :
CR: Passopisciaro - Contrada Sciaranuova 2011
Le nez est clairement plus frais avec plus de fruits rouges. Touche végétale mais je ne la trouve pas négative. Il est moins complexe que Porcaria.
La bouche est puissante mais elle demeure plus fine que son prédécesseur. Plus de fraîcheur mais du coup les tanins sont plus saillants. La longueur est très bonne.
Jour 2 : Nez fin et délicat avec un panier de fruits rouges, foin. Les tanins sont mieux intégrés mais ils laissent leur trace sur le palais. Plus de finesse aussi.
Excellent.

Les vignes s'étalent entre 850 et 1000 m pour le prochain combattant. C'est le premier millésime de cette cuvée.
CR: Passopisciaro - Contrada Guardiola 2011
Le nez est plus fermé que le précédent. Le fruit est frais mais plus mûr avec des fruits rouges plus sur la fraise, côté compote. Le côté épices, fumé et bien présent. quelques arômes de poix.
Le vin est beaucoup plus souple que Sciaranuova, moins serré mais possède un volume moindre. Moins énergique. En tout cas, cela fait du bien dans cette série de trouver un vin avec une structure beaucoup plus "tranquille". La longueur est bonne.
Jour 2 : Nez plus expressif, fin et délicat. Il est plus fruité. Il y a un côté pinot noir. Bouche plus souple, plus légère et moins structuré que le jour 1. Côté fraise écrasée.
Excellent -.

On revient sur une altitude entre 850 et 900 mètres avec la version de Marco pour la même contrada.
CR: Terre Nere - Guardiola 2011
Le nez est fin avec un fruit mûr et un côté noyau de cerise. Le fruit rouge domine. On trouve aussi des notes florales, fumé, goudron et un léger boisé.
La bouche est fine, délicate avec une structure encore un peu décalée. Les tanins sont serrés. Mais il y a une sensation de calme que je n'ai pas trouvé dans l'expression de Franchetti. La longueur est très bonne.
Jour 2 : Vin plus expressif, c'est fin et délicat. La bouche est plus en place et elle reste tendue avec des tanins saillants et une sécheresse du boisé.
Excellent -.

Le dernier vin arrive. Il est issu d'une vigne située un peu au dessus de 1000 mètres.
CR: Passopisciaro - Contrada Rampante 2011
Vin fermé avec un fruit frais et plus fin. Le côté grenadine est presque absent. Fruits rouges acidulés complétés de fumé, épices, foin et une touche végétale. Beau volume.
Il apparaît moins puissant que les précédents mais plus acide aussi. Il est plus serré surtout à cause de l'acidité. Tanins très présents mais je les trouve bien intégrés. Touche un peu verte dans les tanins. La longueur est très belle.
Jour 2 : Toujours fermé. En finesse et élancé. Tanins mieux intégrés et avec moins de verdeur même si le côté saillant est indéniable.
Excellent.

Et voilà le match est terminé. Tout d'abord une conclusion sur ces 2011. Ce sont des vins puissants avec de grosses matières. Mais aussi et surtout des structures tanniques importantes et certains de mes collègues les ont trouvées agressives. Cette dégustation fut relativement éprouvante pour les gencives. Mais je sens des vins avec un très beau potentiel. Après 4 jours d'ouverture, ils ne montraient pas de signes de faiblesses dans l'aromatique, une acidité un peu plus plate seulement. Personnellement, j'aime bien ce millésime et il va être intéressant de voir son évolution et surtout l'intégration des tanins.

Après dans le match De Grazia / Franchetti, difficile d'indiquer un vainqueur. Les vins de De Grazia apparaissent un peu plus civilisés que ceux de Franchetti. Mais du coup ils n'ont pas cette énergie sauvage que dégagent les vins de Franchetti.

Enfin, cette dégustation a démontré que le Nerello Mascalese montre des facettes différentes selon les différents terroirs où il est cultivé. Je trouve que cela montre la pertinence du découpage de l'appellation en contrade (crus).

Cordialement,
26 Jan 2014 18:12 #28

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Réponse de jfrdz sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna par ses vins

Un grand merci pour le CR de cette double dégustation ! Ton CR montre qu'outre la prise en compte des paramètres habituels (producteurs, cépages, millésime, climat), on doit être attentif à un facteur supplémentaire avec les vins de l'Etna: l'altitude à laquelle se trouve la Contrada. Joli casse-tête pour l'amateur que je suis et qui en est à ses tous débuts avec cette région...

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16 Fév 2014 10:47 #29

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Réponse de oliv sur le sujet Re: Voyage sur l'Etna par ses vins

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12 Aoû 2014 16:30 #30

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